vendredi 6 février 2026

L'hypallage

 


L’HYPALLAGE

1. Définition

L’hypallage est une figure de style qui consiste à attribuer à un mot d'une phrase ce qui conviendrait logiquement à un autre mot de cette même phrase. Le plus souvent, il s'agit d'un adjectif que l'on déplace d'un nom concret vers un nom voisin (souvent un objet), créant ainsi une image inhabituelle.

2. Histoire

Très prisée par les poètes latins (comme Virgile), l'hypallage a été redécouverte et magnifiée par les poètes français, notamment Baudelaire et les Symbolistes. Elle permet d'infuser des sentiments humains dans les objets inanimés, créant une atmosphère onirique.

3. Figures proches

  • La Personnification : L'hypallage est souvent une forme de personnification, mais elle repose spécifiquement sur un transfert grammatical d'adjectif.

  • La Métonymie : Elles partagent le principe du lien logique (on remplace un élément par un autre proche), mais l'hypallage joue sur la qualification.

  • Le Transfert d'épithète : C'est le nom technique moderne de la forme la plus courante d'hypallage.

4. Fonctions et effets

  • L'Atmosphère : Elle crée une ambiance où le décor semble imprégné de l'émotion des personnages.

  • La Poésie : Elle rompt avec la logique banale pour offrir une vision plus sensitive et subjective du monde.

  • La Surprise : Elle force le lecteur à s'arrêter pour rétablir mentalement le lien logique.

5. Stylistique

L'hypallage fonctionne comme un "glissement". C'est une figure de la confusion organisée. Sur le plan grammatical, tout est correct, mais sur le plan sémantique, il y a un décalage qui rend l'expression mémorable et imagée.

6. Exemples célèbres

  • « Ce marchand accoudé sur son comptoir avide. » — Victor Hugo (C'est le marchand qui est avide, pas le comptoir).

  • « Les habitants de ces campagnes aventureuses. » — (Ce sont les habitants qui sont aventureux, pas les campagnes).

  • « Je suis d'un pas rêveur le soleil solitaire. » — Lamartine (C'est le poète qui est solitaire et rêveur).

  • « Rendre le fer jaloux à sa flamme asservi. » — Racine.

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