mercredi 4 février 2026

L'Épanorthose

 


L’ÉPANORTHOSE

1. Définition

L'épanorthose est une figure de style qui consiste à revenir sur ce que l'on vient de dire, soit pour le nuancer, soit pour le corriger avec plus de force, soit pour le rétracter tout à fait. C'est une forme d'auto-correction volontaire au sein d'une même phrase.

2. Histoire

Très utilisée par les orateurs de l'Antiquité pour simuler la spontanéité ou l'émotion sincère, elle devient un outil majeur de la littérature classique et baroque. Elle permet de donner au lecteur l'impression de voir la pensée de l'auteur "en train de se faire", avec ses doutes et ses fulgurances.

3. Figures proches

  • La Gradation : Comme l'épanorthose, elle peut intensifier un propos, mais l'épanorthose marque une rupture plus nette (une "reprise").

  • La Parastase : Accumulation de termes pour préciser une idée, souvent sous forme d'épanorthose.

  • La Prétérition : On affirme ne pas vouloir dire ce que l'on finit par dire encore plus fort.

4. Fonctions et effets

  • La Sincérité : Elle donne un ton naturel, presque improvisé, comme si l'émotion empêchait de trouver le mot juste du premier coup.

  • L’Intensification : Elle permet d'aboutir à un terme bien plus frappant que le premier mot utilisé.

  • L'Ironie : On peut corriger un mot par un autre pour souligner un ridicule ou une contradiction.

5. Stylistique

Elle se reconnaît souvent à l'usage de locutions de transition telles que : « que dis-je », « ou plutôt », « mieux encore », « disons même ». C'est une figure de mouvement qui brise la linéarité du discours pour lui donner du relief.

6. Exemples célèbres

  • « C’est un roc ! c’est un pic ! c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule ! » — Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac.

  • « J’espère qu'elle est morte, ou plutôt qu'elle n'est pas née. » — Madame de Sévigné.

  • « Votre prudence est telle, ou plutôt votre peur... »

mardi 3 février 2026

L'Epanalepse

 


L’ÉPANALEPSE

1. Définition

L’épanalepse est une figure de style de répétition qui consiste à reprendre un mot ou un groupe de mots après un intervalle, au sein de la même phrase ou d'une même strophe. À la différence de l'épanadiplose (début et fin), l'épanalepse place souvent la répétition de manière plus libre pour marteler une idée ou une émotion.

2. Histoire

Très présente dans la rhétorique ancienne et la poésie lyrique, elle a toujours été l'outil privilégié pour exprimer l'obsession, la passion ou la plainte. Les auteurs baroques et romantiques l'ont beaucoup utilisée pour souligner le tourment intérieur et briser la monotonie du discours.

3. Figures proches

  • L’Anaphore : Répétition en début de phrase ou de vers (plus structurée que l'épanalepse).

  • L’Épanadiplose : Répétition d'un même mot au début et à la fin d'une proposition.

  • Le Redoublement (ou Palillogie) : Répétition immédiate d'un mot (« Jamais, jamais je ne l'oublierai »), alors que l'épanalepse implique souvent une légère distance.

4. Fonctions et effets

  • L'Insistance : Fixer l'attention du lecteur sur un terme précis en le faisant résonner.

  • Le Lyrisme : Créer un effet d'écho ou de mélancolie, comme une complainte qui revient sur elle-même.

  • L'Intensité dramatique : Traduire un état d'esprit agité ou une émotion qui submerge le locuteur.

5. Stylistique

L'épanalepse joue sur le rythme : elle crée une pause, un retour en arrière. Son efficacité dépend de la force du mot répété et de la longueur du segment qui sépare les deux occurrences. Elle donne souvent au texte un caractère incantatoire ou obsessionnel.

6. Exemples célèbres

  • « Songe, Philis, songe à ce triste flambeau... » — Quinault.

  • « Ô triste, triste était mon âme / À cause d'une femme. » — Verlaine.

  • « L'homme est né libre, et partout l'homme est dans les fers. » — Jean-Jacques Rousseau.

lundi 2 février 2026

Citation de la semaine 6

 


"Le temps décide qui tu rencontres dans ta vie

Le cœur décide qui tu veux dans ta vie

Le comportement décide qui reste dans ta vie"

dimanche 1 février 2026

Le climax

 


LE CLIMAX

1. Définition

Le climax est une figure de style qui désigne le point culminant d'une progression ascendante (une gradation). Dans une phrase ou un récit, c'est le moment de tension maximale ou d'intensité la plus haute avant que l'action ne se dénoue. Bien que souvent confondu avec la gradation, le climax est spécifiquement le sommet de celle-ci.

2. Histoire

Issu de la rhétorique grecque (klimax signifiant « échelle »), il était utilisé pour construire des discours persuasifs. Au théâtre, particulièrement dans la tragédie classique, le climax correspond souvent à la péripétie finale ou au moment où le destin des personnages bascule irrémédiablement.

3. Figures proches

  • La Gradation : La suite de mots ou d'idées rangés par ordre croissant d'intensité (le climax en est le dernier barreau).

  • L’Anticlimax : L'opposé, où une progression ascendante est brusquement brisée par un élément trivial ou décevant (souvent à but comique).

  • L'Hyperbole : Le climax utilise fréquemment l'exagération pour atteindre son sommet d'intensité.

4. Fonctions et effets

  • La Tension : Créer une attente insoutenable chez le lecteur ou le spectateur.

  • L’Emphase : Souligner une idée en la plaçant au bout d'une montée en puissance.

  • Le Pathos : Provoquer une émotion forte (peur, admiration, pitié) en atteignant un paroxysme.

5. Stylistique

Le climax repose sur une structure syntaxique rigoureuse. On utilise souvent l'énumération de termes de plus en plus forts, des répétitions (anaphores) ou un rythme de plus en plus rapide pour mimer cette ascension. C'est une figure de mouvement et d'énergie.

6. Exemples célèbres

  • « Va, cours, vole et nous venge. » — Corneille, Le Cid (gradation de trois verbes où « vole » est le climax).

  • « C’est un roc ! c’est un pic ! c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule ! » — Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac.

  • « Je me meurs, je suis mort, je suis enterré. » — Molière, L'Avare.

samedi 31 janvier 2026

La circonlocution

 


LA CIRCONLOCUTION

1. Définition

La circonlocution est une figure de style qui consiste à utiliser plusieurs mots, ou une phrase entière, pour désigner une chose ou une personne que l'on pourrait nommer par un seul terme. Elle s'apparente à la périphrase, mais elle est souvent utilisée pour éviter de nommer directement quelque chose, par prudence, par pudeur ou par ironie.

2. Histoire

Très prisée par la préciosité au XVIIe siècle, la circonlocution permettait d'éviter les termes jugés trop "bas" ou vulgaires (on disait « les commodités de la conversation » pour désigner les fauteuils). Elle vient du latin circum (autour) et loqui (parler) : littéralement, c'est le fait de « parler autour ». Elle a toujours été un outil essentiel de la diplomatie et de l'étiquette.

3. Figures proches

  • La Périphrase : C'est la figure la plus proche. La périphrase est souvent descriptive ou méliorative, tandis que la circonlocution a souvent une nuance d'évitement ou d'hésitation.

  • L'Euphémisme : On utilise une circonlocution pour atténuer une réalité brutale (ex: « Il nous a quittés » pour éviter de dire « il est mort »).

  • Le Pléonasme : Parfois, une circonlocution maladroite peut devenir un pléonasme si elle n'apporte aucune nuance utile.

4. Fonctions et effets

  • L'Évitement : Contourner un sujet tabou ou désagréable.

  • L'Ornementation : Donner une dimension poétique ou noble à un objet banal.

  • L'Ironie : Se moquer de quelqu'un en utilisant une expression exagérément longue et complexe pour désigner une chose simple.

  • Le Suspense : Retarder le moment de nommer l'objet pour piquer la curiosité du lecteur.

5. Stylistique

La circonlocution allonge la phrase et ralentit le rythme du texte. Elle joue sur la substitution lexicale : on remplace le "mot propre" par un groupe nominal complexe. Son efficacité repose sur la capacité du lecteur à décoder ce qui est caché derrière le détour de langage.

6. Exemples célèbres

  • « Le conseiller des grâces » — Pour désigner un miroir (langage précieux).

  • « Celui dont on ne doit pas prononcer le nom » — Pour désigner Voldemort dans Harry Potter.

  • « L'astre de la nuit » — Pour désigner la Lune.

  • « La capitale de la douleur » — Paul Éluard (pour désigner Paris sous l'Occupation).

vendredi 30 janvier 2026

Écrin de mots : Voyage au cœur de quelques trésors cachés de la langue française

 


Introduction : L'Écrin des mots

« La langue française n’est pas seulement un outil de communication ; c’est un jardin luxuriant, une estampe aux courbes complexes où chaque mot cache parfois un secret, une rime orpheline ou une géométrie insoupçonnée. À la manière d’un artisan d’art qui cisèle le métal ou le verre, notre langue s’est façonnée au fil des siècles, accumulant des curiosités qui font tout son charme et sa noblesse.

Je vous invite à une flânerie à travers quelques-uns de ces trésors linguistiques : des mots qui se lisent à l’envers, des genres qui s'inversent et des pensées qui, en quelques lettres, capturent toute la complexité de l'âme humaine. Bienvenue dans ce cabinet de curiosités de la francophonie. »

Quelques trésors de la langue française

Voici quelques petits bijoux de notre langue que vous ne connaissiez peut-être pas…

  • Le palindrome : Le plus long mot palindromique est « ressasser ». Il se lit dans les deux sens, sans jamais perdre le Nord.

  • Le lipogramme : « Institutionnalisation » est le plus long mot ne comportant aucun « e ». Une prouesse pour la lettre la plus fréquente de l'alphabet !

  • L'anagramme : « Guérison » est l'anagramme de « soigneur ». Quant à « endolori », il est l'anagramme de son propre antonyme, « indolore ». Paradoxal, n'est-ce pas ?

  • L'exception : « Squelette » est l'un des très rares noms masculins qui se finissent en « ette ». On peut aussi citer un trompette (le musicien), un casse-noisette ou encore un porte-serviette.

  • Le solitaire : « Où » est le seul mot contenant un « u » avec un accent grave. Il a même une touche de clavier dédiée !

  • L'orphelin : Le mot « simple » ne rime avec aucun autre. Il partage cette solitude avec « triomphe », « quatorze », « belge » ou encore « goinfre ».

  • Le genre voyageur : « Délice », « amour » et « orgue » sont masculins au singulier, mais deviennent féminins au pluriel. (Toutefois, rares sont ceux qui acceptent l'amour au pluriel ! mais il est vrai que nous sommes alors dans un usage poétique ou littéraire)

  • Le prodige : « Oiseau » est le plus petit mot contenant toutes les voyelles. Son pluriel, « oiseaux », a la particularité qu'aucune des lettres n'est prononcée avec sa valeur individuelle habituelle [o-i-s-e-a-u-x]. 


L'Art de l'Apophtegme

Un apophtegme (prononcez « apoftègme ») est un précepte, une sentence ou une parole mémorable ayant valeur de maxime. Si le mot est difficile à écrire, il devient un pur plaisir quand on le lit.

Florilège :

  • « L'homme descend du songe. » (Georges Moustaki)

  • « Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet. » (G. Courteline)

  • « La tolérance, c'est quand on connaît des cons et qu'on ne dit pas les noms. » (Michel Audiard)

  • « Un cocu est un entier qui perd sa moitié pour un tiers. » (Jean Carmet)

  • « L’expérience est l’addition de nos erreurs. »

  • « La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. » (Socrate)

  • « On peut donner le bonheur sans l’avoir... c’est d’ailleurs comme cela qu’on l’acquiert. » (Voltaire)

  • Elle était belle comme la femme d'un autre. (Paul Morand)

  • L'enfant est un fruit qu'on fit. (Leo Campion)

  • Dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu hais. (Francis Blanche)

  • Quand il y a une catastrophe, si on évacue les femmes et les enfants d'abord, c'est juste pour pouvoir réfléchir à une solution en silence. (Winston Churchill)

  • Tout le monde pense ; seuls les intellectuels s’en vantent. (Philippe Bouvard)

  • Le jour où Microsoft vendra quelque chose qui ne se plante pas, je parie que ce sera un clou.

  • Elle est tellement vieille qu'elle a un exemplaire dédicacé de la Bible.

  • Quand Rothschild achète un Picasso, on dit qu'il a du goût. Quand Bernard Tapie achète un tableau, on demande où il a trouvé les ronds.

  • Si la Gauche en avait, on l'appellerait la Droite. (Reiser)

  • Si on ne faisait les choses qu’après y avoir mûrement réfléchi, on ne coucherait jamais avec personne. (Ray Bradbury)

  • "Parlement"… mot étrange formé de "parler" et "mentir". (Pierre Desproges)

  • Quand un couple se surveille, on peut parler de "communauté réduite aux aguets".

  • Lorsque un minable attaque un autre minable, il faut s’attendre à "une guerre interminable".

  • Il y a trois sortes de personnes : Celles qui savent compter et celles qui ne savent pas.

  • Un trou noir c’est troublant.

  • Il faisait tellement froid que j’ai vu un socialiste avec les mains dans ses propres poches.

  • Mieux vaut être une vraie croyante qu’une fausse sceptique.

  • Mieux vaut être un papa au rhum qu’un gâteux sec.

  • N'attendez pas la solution de vos problèmes des hommes politiques puisque ce sont eux qui en sont la cause (Alain Madelin)

  • Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. (J-B. Bossuet)

  • Pardonner, c’est refuser de rester une victime.

Conclusion : La Musique du sens

« En refermant cet écrin, on réalise que la beauté du français réside autant dans sa rigueur que dans ses délicieuses excentricités. Qu’il s’agisse d’une prouesse de l’alphabet ou d’un trait d’esprit lancé comme un défi à la logique, ces trésors nous rappellent que les mots sont vivants. Ils ne servent pas seulement à dire, ils servent à briller, à surprendre et, parfois, à nous faire sourire de notre propre condition.

Et vous, quel est le "bijou" de la langue française qui vous émerveille ou vous amuse le plus ? N'oublions jamais que cultiver notre langue, c'est avant tout entretenir l'éclat d'un héritage qui nous appartient à tous. »

jeudi 29 janvier 2026

Loin s'en faut / Tant s'en faut

 

« Quand la grammaire se fait ornement : un hommage à l'esthétique 1900 pour éclairer les subtilités de notre syntaxe. »

Loin s'en faut / Tant s'en faut

"On utilise chaque jour ces expressions en pensant bien faire, et pourtant, elles font trembler les murs de la Coupole. "Loin s’en faut" et "Tant s’en faut" : entre élégance naturelle et fronde linguistique, découvrons pourquoi ces expressions ne sont pas tout à fait celles que vous croyez. Plongée au cœur d'un duel entre l'usage et la règle. "

1. Loin s'en faut

C'est la plus courante des deux. Elle signifie " pas du tout ", " bien au contraire " ou " il s'en faut de beaucoup ". On l'utilise pour souligner un écart important entre ce qui est affirmé et la réalité.

  • Sens littéral : Il manque beaucoup de distance/d'éléments pour arriver au résultat mentionné.

  • Usage : Elle se place généralement en fin de phrase ou en incise (entre deux virgules).

Exemples :

  • "Est-ce que le projet est terminé ? Loin s'en faut ! Nous n'avons même pas commencé la deuxième phase. "

  • " Le film n'a pas été un succès, loin s'en faut, les critiques ont été désastreuses. "

2. Tant s'en faut

C'est une variante un peu plus soutenue (plus "littéraire") de Loin s'en faut. Elle a exactement le même sens : « il s'en faut de beaucoup ».

  • Origine : Le "tant" insiste sur la quantité de ce qui manque pour atteindre le but.

  • Usage : On l'utilise souvent après une négation pour renforcer l'idée que la réalité est bien pire (ou bien différente) que ce qu'on pourrait croire.

Exemples :

  • " Ce n'est pas un expert, tant s'en faut ; c'est un débutant qui ignore les bases. "

  • " La situation ne s'est pas améliorée, tant s'en faut ; elle a empiré depuis hier. "

Comparaison et nuances

ExpressionRegistreFréquence
Loin s'en fautStandard / SoutenuTrès courante
Tant s'en fautSoutenu / LittérairePlus rare, plus élégante

Un petit piège à éviter : "Peu s'en faut"

Attention à ne pas confondre avec " Peu s'en faut ", qui signifie l'inverse !

  • Loin s'en faut = On est très loin du compte.

  • Peu s'en faut = On a failli y arriver (synonyme de "presque" ou "à peu de chose près").

    • Exemple : " Il a failli tomber, peu s'en est fallu ! "

En résumé

Si quelqu'un vous demande si vous avez faim après avoir mangé un festin, vous pourriez répondre :

"Pas du tout, loin s'en faut !" C'est une manière très élégante de dire que vous êtes totalement rassasié.



L'Académie française recommande de ne pas utiliser l'expression "Loin s'en faut" et la classe dans ses "emplois fautifs" pour la "pureté" de la langue telle que la conçoivent les Immortels. Aujourd'hui pourtant, elle est extrêmement courante - même chez les meilleurs auteurs.

Raison précise de cette mise à l'index :

1. L'origine du "problème" : Le télescopage

Pour l'Académie, "Loin s'en faut" n'existe pas historiquement. C'est ce qu'on appelle un croisement (ou télescopage) entre deux expressions distinctes qui ont fusionné dans l'usage populaire :

  1. " Loin de là " : Utilisé pour rejeter une idée ou une allégation ("Il est méchant ? Loin de là !").

  2. " Tant s'en faut " : Utilisé pour marquer une distance, un manque ou un écart quantitatif ("Il n'a pas réuni la somme, tant s'en faut").

En mélangeant le "Loin" de l'une et le "s'en faut" de l'autre, les locuteurs ont créé une "expression hybride" que les puristes considèrent comme illogique.

2. La nuance sémantique (selon l'Académie)

L'Académie insiste sur une distinction très fine entre les deux formes "correctes" que nous avons tendance à oublier :

  • Tant s'en faut (ou Il s'en faut) : On l'utilise pour souligner une différence de nombre ou de quantité. C'est le domaine de la mesure.

    Exemple : « Nous ne sommes pas assez nombreux pour partir, tant s'en faut. » (Il manque du monde).

  • Loin de là : On l'utilise pour repousser une opinion ou un jugement. C'est le domaine de l'idée.

    Exemple : « Pensez-vous qu'il soit coupable ? Loin de là ! » (Je rejette totalement cette pensée).

3. Faut-il arrêter de l'utiliser ?

Dans la vie de tous les jours et même dans un cadre professionnel classique, vous pouvez continuer à dire « loin s'en faut ».

Le célèbre grammairien Maurice Grevisse, dans Le Bon Usage, note que cette expression est devenue "habituelle" et qu'elle domine même parfois l'usage actuel. Cependant, si vous rédigez un discours officiel, un examen de haut niveau ou un texte littéraire très classique, préférez « tant s'en faut » ou « loin de là » pour éviter les foudres des correcteurs les plus rigides.

En résumé : L'Académie la rejette parce qu'elle la considère comme une erreur de construction née d'une confusion entre deux autres locutions.


"Que l'on suive la rigueur de l'Académie ou la liberté de l'usage, ces expressions nous rappellent une chose essentielle : la langue française est une matière vivante. Elle se courbe, s'adapte et s'orne de nuances, un peu comme les entrelacs d'une affiche d'Alfons Mucha. Car au fond, entre le "bon usage" et le plaisir de dire, l'écart n'est jamais si grand... loin s'en faut ! "