
« Voire même » : Pléonasme interdit ou faute acceptée ? On tranche enfin le débat !
Qui ne s’est jamais arrêté, la plume ou le clavier suspendu, en se demandant si écrire « voire même » allait déclencher les foudres des puristes de la langue française ? Cette petite bête noire de l'orthographe s'immisce partout : dans nos conversations quotidiennes, dans les journaux, et même sous la plume de grands écrivains. Alors, figure de style ou faute de français impardonnable ? Entrons dans les coulisses de cette expression pour démêler le vrai du faux.
Qu'est-ce que « voire même » ? Un peu d'histoire
Pour comprendre le problème, il faut décortiquer les deux mots.
Le mot « voire » vient du latin vera, qui signifie « vrai ». Au Moyen Âge, il était utilisé pour dire « vraiment » ou « en vérité ». Avec le temps, son sens a évolué pour signifier « et même ».
C'est là que le bât blesse. Si « voire » signifie déjà « et même », dire « voire même » revient littéralement à dire « et même même ». C'est ce qu'on appelle un pléonasme (comme monter en haut ou tri sélectif).
L'évolution de l'expression : De la validation à la condamnation
L'histoire de cette locution est pleine de rebondissements :
Au XVIIe siècle : Des auteurs majeurs comme Bossuet, La Fontaine ou Molière l'employaient sans sourciller. À l'époque, la langue se structurait et l'accumulation servait à insister.
Au XXe siècle : L'Académie française et les grammairiens rigoristes ont tapé du poing sur la table, décrétant que cette redondance était une erreur logique.
Aujourd'hui : Le linguiste Alain Rey rappelait que l'usage a donné à « voire même » une valeur d'insistance que « voire » tout seul a un peu perdue.
Est-elle encore utilisée aujourd'hui ?
Oui, massivement ! On l'entend tous les jours à la télévision, à la radio et dans la vie courante. Elle est si ancrée dans l'usage francophone que beaucoup de locuteurs ignorent totalement qu'elle est contestée. Même le dictionnaire Le Robert note qu'elle est entrée dans l'usage courant pour insister, bien qu'elle reste critiquée dans un cadre formel.
Des exemples pour bien comprendre
Exemple classique (critiqué) : « Ce projet va prendre des mois, voire même des années. »
Exemple corrigé : « Ce projet va prendre des mois, voire des années. »
Par quoi peut-on la remplacer ?
Si vous voulez éviter la foudre des correcteurs, les alternatives sont simples et tout aussi efficaces :
Voire (tout seul, il fait parfaitement le travail).
Et même
Ou même
Et pourquoi pas
| Ce qu'on écrit souvent | Ce qu'il vaut mieux écrire |
| Un retard de 10, voire même 15 minutes. | Un retard de 10, voire 15 minutes. |
| C'est difficile, voire même impossible. | C'est difficile, ou même impossible. |
La réponse à la question : OUI ou NON ?
Alors, est-ce correct ? NON, sur le plan de la grammaire traditionnelle et académique. L'Académie française la considère comme un pléonasme vicieux à éviter, surtout à l'écrit ou dans un cadre professionnel.
Cependant, OUI, elle est tolérée dans le langage familier et l'usage courant comme une figure d'insistance. Si vous passez un examen ou rédigez une lettre de motivation, oubliez-la. Si vous discutez entre amis, personne ne vous en tiendra rigueur (sauf votre ami prof de français !).
Conclusion
En résumé, « voire même » est l’un de ces petits arrangements que la langue française entretient avec la logique. Si les grands auteurs du passé lui ont donné ses lettres de noblesse, la grammaire moderne préfère la sobriété. Pour ne prendre aucun risque et garder une plume élégante, le mieux reste encore de laisser le « même » au placard et de faire confiance au pouvoir du simple mot « voire ». Après tout, pourquoi faire compliqué quand on peut faire correct ?





