samedi 14 février 2026

La synesthésie

 


LA SYNESTHÉSIE

1. Définition

La synesthésie est une figure de style qui consiste à associer des sensations relevant de domaines sensoriels différents (la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le goût) dans une même expression. C'est un mélange des sens.

2. Histoire

Bien que pratiquée depuis l'Antiquité, elle devient une figure majeure au XIXe siècle avec les poètes symbolistes (Baudelaire, Rimbaud). Ils y voyaient un moyen de découvrir les "correspondances" cachées de l'univers et d'exprimer une perception plus profonde de la réalité.

3. Figures proches

  • La Métaphore : La synesthésie est souvent une forme de métaphore sensorielle (ex: "un son chaud").

  • L'Épithète : Elle utilise souvent des adjectifs sensoriels déplacés pour créer l'effet.

  • L'Hypallage : Attribue à un mot ce qui convient à un autre, ce qui arrive souvent lors d'un mélange sensoriel.

4. Fonctions et effets

  • L'Évocation Poétique : Elle crée des images riches et surprenantes qui marquent l'imaginaire.

  • L'Intensité Sensorielle : Elle permet de rendre une description plus immersive en sollicitant plusieurs sens à la fois.

  • L'Expression de l'Invisible : Elle aide à traduire des états d'âme complexes ou des atmosphères mystiques.

5. Stylistique

La synesthésie bouscule la logique rationnelle pour privilégier la sensation pure. Elle est le langage de l'impressionnisme littéraire. On la reconnaît par l'union de termes qui, logiquement, ne s'accordent pas (ex: une couleur qui "résonne").

6. Exemples célèbres

  • « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » — Baudelaire, Correspondances.

  • « Une odeur verte de forêt. »

  • « Des sons qui brillent dans la nuit. »

  • « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles... » — Rimbaud, Voyelles.

vendredi 13 février 2026

La répétition

 


LA RÉPÉTITION

1. Définition

La répétition est une figure de style qui consiste à reprendre un même mot ou un même groupe de mots plusieurs fois dans une phrase, un paragraphe ou un texte, sans que cela soit forcément en début ou en fin de phrase.

2. Histoire

C'est une des figures les plus anciennes et les plus instinctives du langage, présente dans les chants, les incantations, les discours politiques. Elle est l'outil premier de la mémorisation et de l'insistance, très utilisée dans l'éloquence sacrée et la poésie lyrique.

3. Figures proches

  • L’Anaphore : Répétition d'un mot ou groupe de mots en début de phrases, de vers ou de propositions successives. C'est une forme spécifique de répétition.

  • L'Épiphore : Répétition d'un mot ou groupe de mots en fin de phrases, de vers ou de propositions successives.

  • Le Pléonasme : Répète une idée déjà exprimée pour renforcer le sens (ex: "monter en haut"), mais avec des mots différents. La répétition utilise le même mot.

  • Le Parallélisme : Répète une structure syntaxique, pas nécessairement les mêmes mots.

4. Fonctions et effets

  • L'Insistance : Renforce une idée, un sentiment, une émotion.

  • La Persuasion : Marque les esprits et facilite la mémorisation du message.

  • L'Intensité : Crée un rythme, une cadence, et peut exprimer l'obsession, l'urgence ou la passion.

  • La Musique du texte : Contribue à la mélodie et à la sonorité d'un poème ou d'une prose.

5. Stylistique

La répétition peut être simple et directe, ou plus subtile, répartie à travers un texte. Sa puissance réside dans sa capacité à ancrer une idée dans l'esprit du lecteur ou de l'auditeur. Elle peut traduire l'hypnose, la mélancolie, la colère ou la joie.

6. Exemples célèbres

  • « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » — Pascal. (Répétition du mot "raison")

  • « Paris ! Paris ! à six jours de Paris ! » — Victor Hugo, Les Misérables. (Répétition du nom de la ville)

  • « Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, que le monde est grand ! » — Alfred de Musset. (Répétition pour l'intensité et l'exclamation)

  • « Rien ne l'arrête, rien ne l'étonne, rien ne l'effraie. » (On est ici proche de l'anaphore, mais la répétition est le terme générique.)

jeudi 12 février 2026

La prosopopée

 


LA PROSOPOPÉE

1. Définition

La prosopopée est une figure de style qui consiste à faire parler et agir une personne absente, un mort, un animal, une chose inanimée ou même une abstraction (comme la Mort, la Patrie, la Justice). Elle va plus loin que la simple personnification en donnant une voix directe au sujet.

2. Histoire

Grande favorite des orateurs de l'Antiquité, elle servait à rendre les discours poignants (faire parler la veuve d'un soldat ou la cité de Rome). Au XVIIe siècle, Bossuet ou Pascal l'utilisaient pour donner une dimension divine ou terrifiante à leurs écrits.

3. Figures proches

  • La Personnification : Elle attribue des traits humains (des bras, des sentiments), mais la prosopopée, elle, donne la parole (le discours).

  • L’Allégorie : Elle représente une idée abstraite par un être vivant, souvent à travers une prosopopée (ex : la Justice qui s'exprime).

  • L’Hypallage : Déplace un adjectif, tandis que la prosopopée déplace toute une conscience humaine.

4. Fonctions et effets

  • Le Pathétique et l'Émotion : Entendre un objet ou un mort parler crée un choc émotionnel fort.

  • Le Sacré ou le Fantastique : Elle donne un caractère surnaturel au texte.

  • La Prise de conscience : En faisant parler la Nature ou le Temps, l'auteur donne une leçon morale plus frappante.

5. Stylistique

La prosopopée est souvent introduite par des verbes de parole ou des guillemets. C'est une figure de "théâtralisation" : le texte devient une scène où l'impossible prend vie.

6. Exemples célèbres

  • « Écoutez ! Je suis la Mort, je viens vous chercher... »

  • « Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre... » — Baudelaire, La Beauté (La Beauté elle-même prend la parole).

  • Le célèbre passage où la Loi s'adresse à Socrate dans le Criton de Platon.

  • « Qu'as-tu fait de ta jeunesse ? » — (La voix du remords ou du passé qui interroge).

mercredi 11 février 2026

La prolepse

 


LA PROLEPSE

1. Définition

La prolepse est une figure de style qui consiste à anticiper. Elle existe sous deux formes principales :

  • En rhétorique : On prévient une objection en y répondant d'avance (comme illustré sur notre visuel : « On m'objectera que... mais je réponds que... »).

  • En narration (narratologie) : C'est un saut en avant dans l'intrigue (un "flash-forward") qui raconte un événement qui se passera plus tard.

2. Histoire

Issue de la rhétorique grecque, la prolepse était l'arme favorite des orateurs pour désarmer l'adversaire avant même qu'il ne prenne la parole. En littérature, elle est devenue un moteur de suspense ou de fatalité, annonçant souvent une fin tragique dès les premières pages.

3. Figures proches

  • L'Analepse : C'est l'inverse exact (le "flash-back"). On revient en arrière dans le récit.

  • L'Hypothèse : Elle envisage un futur possible, alors que la prolepse narrative raconte un futur certain.

  • La Prétérition : On affirme qu'on ne va pas parler d'une chose, mais on le fait quand même.

4. Fonctions et effets

  • L'Autorité : En rhétorique, elle donne l'impression que l'orateur maîtrise parfaitement son sujet et les arguments de l'autre.

  • Le Suspense ou la Fatalité : En annonçant la fin (ex: la mort d'un héros), elle déplace l'intérêt du lecteur du "quoi" vers le "comment".

  • L'Organisation : Elle permet de lier logiquement des événements éloignés dans le temps.

5. Stylistique

La prolepse brise la linéarité. Elle crée un sentiment de destin inéluctable ou une structure argumentative solide. C'est la figure de la "vision du futur".

6. Exemples célèbres

  • Rhétorique : « Je sais ce que vous allez me dire : que le projet est coûteux. Certes, mais il est nécessaire. »

  • Littérature : « Bien des années plus tard, devant le peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi... » — Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude.

  • « Dans deux heures, il serait mort, et il le savait. »

mardi 10 février 2026

Le polyptote

 


LE POLYPTOTE

1. Définition

Le polyptote est une figure de style qui consiste à utiliser plusieurs formes grammaticales d'un même mot (nom, verbe, adjectif, etc.) ou à répéter un verbe sous différentes conjugaisons dans une même phrase ou un même passage.

2. Histoire

C'est une figure très ancienne, pilier de la rhétorique classique. Elle était utilisée pour marteler une idée sans pour autant paraître répétitif, grâce à la variation des terminaisons. Les poètes baroques et classiques l'affectionnaient pour exprimer les tourments de l'esprit ou la fatalité.

3. Figures proches

  • La Dérivatio : Très proche, elle consiste à employer des mots ayant la même racine (ex: marché et marchand).

  • L’Anaphore : Répète le même mot en début de phrase, alors que le polyptote change la forme du mot.

  • La Paronomase : Joue sur des mots aux sonorités proches mais aux sens différents, tandis que le polyptote garde le même sens racine.

4. Fonctions et effets

  • L’Insistance : Elle permet de souligner une obsession ou un thème central de manière omniprésente.

  • La Cohérence : Elle lie les différentes parties d'une pensée par un fil conducteur lexical.

  • Le Rythme : Elle crée une harmonie sonore par la répétition de la racine.

5. Stylistique

Le polyptote joue sur la flexibilité de la langue. C'est une figure de la variation dans la continuité. Elle montre un mot sous toutes ses coutures, le faisant passer du sujet à l'action, de l'action à l'état.

6. Exemples célèbres

  • « Rome vous craindra-t-elle, si vous ne craignez Rome ? » — Racine (ici par changement de fonction grammaticale).

  • « Tel est pris qui croyait prendre. » — La Fontaine.

  • « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie. » — Louise Labé (Polyptote de conjugaison).

  • « Et l'onction de l'oint... » — Bossuet.

lundi 9 février 2026

Citation de la semaine 7

 


La nature est pleine d'enseignements, ouvrez grands les yeux, et elle vous instruira.

Félicité Robert de Lamennais

Photo - Perito Moreno Argentine 1 mars 2020

dimanche 8 février 2026

L'onomatopée

 


L’ONOMATOPÉE

1. Définition

L'onomatopée est une figure de style qui consiste à créer un mot dont la sonorité imite le bruit naturel ou l'objet qu'il désigne. C'est un signe linguistique dont la forme sonore rappelle le référent (le son réel).

2. Histoire

Présente dans toutes les langues depuis l'origine de l'humanité, elle est la forme la plus "primitive" et immédiate du langage. En littérature française, elle a été anoblie par les poètes qui cherchaient à rendre leurs descriptions plus vivantes, puis elle est devenue l'un des piliers de la bande dessinée au XXe siècle.

3. Figures proches

  • L’Allitération : Elle répète des consonnes pour suggérer un bruit (ex: le "s" pour le sifflement), sans pour autant créer un mot-cri comme l'onomatopée.

  • L’Harmonie imitative : C'est un ensemble de sonorités dans un vers ou une phrase qui évoque un bruit, sans forcément utiliser d'onomatopées pures.

  • L'Interjection : Un cri qui exprime une émotion (Ah ! Oh !), alors que l'onomatopée imite un bruit extérieur (Vlan ! Plouf !).

4. Fonctions et effets

  • L'Animation : Elle rend le récit dynamique et vivant, presque sonore.

  • Le Réalisme : Elle permet de plonger le lecteur dans une ambiance concrète (le crépitement du feu, le tic-tac d'une horloge).

  • La Brièveté : Elle remplace souvent une longue description par un son unique et percutant.

5. Stylistique

L'onomatopée est souvent utilisée comme une ponctuation ou une rupture dans le rythme de la phrase. Elle peut être intégrée grammaticalement (ex: "le frou-frou des robes") ou jetée de manière isolée pour marquer une action soudaine. C'est la figure de l'immédiateté.

6. Exemples célèbres

  • « Tac-tac-tac-tac... c'était la mitrailleuse. »

  • « Un petit glou-glou de bouteille qu'on vide. »

  • « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » — Racine (Ici, l'allitération en "s" tend vers l'onomatopée pour imiter le sifflement).

  • « Cric, crac, les sabots de bois sur les pavés. »