"Tout le monde écrit bien, sauf les écrivains. Je pense qu'il faut distinguer plusieurs notions: le bien écrit qui s'oppose au mal écrit, et l'écrit qui s'oppose au pas écrit. Le bien écrit consiste à écrire sans fautes de grammaire ou de goût; mais quel goût ? La littérature n'est ni bien écrite, ni mal écrite: elle est écrite.
Dans certains livres, il y a des passages très bien écrits qui signale que l'auteur s'ennuie: il tourne à vide.
Tout ce qui est écrit devrait l'être par des écrivains. Cela serait plus agréable et plus compréhensible. Donnez-leur a réécrire les modes d'emploi, tout le monde pourra mettre les machines en route. Et ne le fera peut-être pas: charmés par nos lectures, nous resterons béats, les fascicules à la main près des chaînes hi-fi muettes."
Charles Dantzig, Dictionnaire égoïste de la littérature, Grasset, 2005
La pub des magasins Netto, une enseigne française de hard-discount alimentaire du groupement "Les Mousquetaires" est vraiment très jolie. Outre un visuel réussi, elle renferme un message sur la diversité et l'acceptation de soi. Un vrai joli moment de tendresse !
C'était il y a longtemps. A chaque orage, des petits pieds courraient dans l'escalier pour venir se réfugier dans mon lit. "Maman, j'ai peur" disait une petite voix effrayée cachée sous les draps. Un incroyable orage entre les buildings de Manhattan a même laissé des grands yeux pleins de larmes ouverts toute une nuit...
Les années ont passé. La petite fille a grandi. Elle a quitté le nid et a appris à dompter sa peur jusqu'à aimer les orages et que chaque éclair, chaque coup de tonnerre soit devenu un ravissement.
Je voudrais être la déesse de la foudre pour voir tes yeux pétiller de bonheur dans les roulements de tambour du ciel et les décharges électriques qui illuminent la nuit noire. On veut toujours le bonheur de ceux qu'on aime.
Rouler. Avaler des kilomètres de béton et de bitume. Tenter de percevoir par la distance l'immensité d'un territoire. Les paysages défilent jamais les mêmes. De l'Océan à la montagne, des plaines au désert, le pays déploie sa diversité à qui veut prendre la peine de parcourir ses routes. Parfois, l'émotion est si forte qu'il faut s'arrêter, descendre de voiture et prendre le temps d'admirer. A chaque arrêt, l'air est différent. Est-ce lui qui change ou bien nous qui changeons au fil de nos découvertes ? A qui le veut vraiment, la route est un formidable maître de vie mais aussi parfois de mort. Une second d'inattention, un écart, un écueil et s'en est fini de notre voyage. Merci d'être revenue saine et sauve de ces plus de 5000 kilomètres.
Un cycle de concerts co-organisés par le pianiste Jean-Michel Dayez a lieu à Tourcoing.
Jean-Michel Dayez coordonne avec deux amis la programmation d'une très jolie nouvelle saison à Tourcoing (Nord de la France) : la saison Ecouter-Voir.
Les concerts se déroulent dans plusieurs magnifiques salles de la ville. La Saison Ecouter-Voir est produite et organisée par l'Association Culturelle Tourquennoise. Avec le soutien de la Ville de Tourcoing
Toute la programmation est disponible sur le site : http://www.ecouter-voir-tourcoing.com/
Le dimanche 20 novembre à 17h est organisé un concert à l'Auditorium du conservatoire de Tourcoing, 6 rue Paul Doumer, Tourcoing en lieu et place du Théâtre municipal Raymond Devos.
La chanteuse - Felicity Lott s'y produira. Elle est exceptionnelle tout comme ceux qui l'accompagneront.
À force de rester dans la forêt à s'ennuyer,
Le diable est venu les tenter;
Il fallait deux semaines quand la glace s'était en allé
En canot, pour s'en retourner.
C'était déjà l'hiver, les grands froids nous mordaient les pieds,
Impossible de s'en aller,
C'était déjà Noël, le nouvel An montrait son nez,
Tous les hommes voulaient s'en aller.
Le diâb' guettant comme un rapace son gibier,
Vint leur offrir tout un marché:
«Dans un canot, dans le plus grand que vous avez
Installez-vous là, sans bouger,
Quand minuit sonnera, vot' canot d'un coup bougera,
S'élèvera pour t'emporter,
Mais si l'un d'entre vous une fois la fête terminée
Manqu' le bateau, vous périrez,
Et chez le grand Satan vous irez brûler, ignorés,
Ignorés pour l'éternité!»
Le canot s'éleva, jusqu'au ciel ils furent emportés
Jusqu'à leur village tant aimé;
Chacun revint une fois la fêt' terminée,
Sauf le dernier, sans y penser
Posant le pied, en embarquant s'est retourné,
S'est retourné sans y penser;
Alors le grand Satan dans un tourbillon de brasier,
Tous et chacun a emporté.
Le plus jeune d'entre eux, le plus méfiant, le plus peureux,
Gardait comme un bijou précieux
Une prière à tuer les diables de la terre,
Et quand il eut enfin cité,
Comme des étoiles, furent soudainement libérés
Devant leur cabane isolée.
Une composition de Michel Rivard interprétée par La Bottine Souriante. C'est tiré de leur album "La Mistrine" (1994). Superbe pièce du temps des Fêtes, cette toune entraînante nous convie à bord d'un canot volant, d'où la célèbre "légende de la Chasse-Galerie". Mise à jour 3 décembre 2013: L'album "La Mistrine" est gagnant d'un Félix dans la catégorie "album folklorique de l'année" (1995); en 1997 "La Mistrine" devient disque Platine (plus de 100,000 copies vendues). L'interprète de "Martin de la Chasse-Galerie" est nul autre que le chanteur et multi-instrumentiste Michel Bordeleau. Bonne ouïe et merci Michel Rivard et La Bottine Souriante.
1
Vous connaissez l'histoire
Nous bûchions au chantier
Loin de nos êtres chers
Dix gars bien esseulés.
Dans notre désespoir
Le soir du jour de l'An
Nous avons fait, ciboère!
Un pacte avec Satan!
Dans le ciel du pays
Le canot fendit l'air
Et nous mena, ravis
Aux maisons de nos pères!
Toute la nuit, en famille
Nous pûmes rire et boire
Mais sans toucher aux filles
Le diable veut rien savoir!
(REFRAIN:)
C'est moi le plus jeune des dix
Dans ce canot maudit
Volant par maléfice
Au-dessus de vos vies
Épargnez vos prières
Mes parents, mes amis
Je suis un beau tord-vis:
Martin de la Chasse-Galerie.
2
Mais moi toujours plus saoul
Fantasque et fanfaron
Plus prime aux mauvais coups
Que mes vieux compagnons.
Au moment des adieux
J'entraînai Marion
La plus belle des lieux
Dans un baiser profond!
C'est là que l'histoire se foque!
Car le grand Lucifer
Pour comble de badloque
Tchèquait du haut des airs!
"Martin mon escogriffe
T'as voulu faire ton frais!
Asteure on est kif-kif
Vous n'en reviendrez jamais!"
3
En nous voyant, penauds
Chuter jusqu'aux enfers
Dans notre maudit canot
Le Bon Dieu n'était pas fier.
"Ma gang de sans-génie!
Le Malin vous a pincé!
Il ne me reste qu'à vous souhaiter
Une belle éternité!"
"Quand même, je serai bon diable
Et au lieu d'en enfer
Je vous enverrai dans le ciel!
Ça fera suer Lucifer!"
Mais ce n'est pas le Paradis
Ce ciel dont je vous parle
C'est un petit peu plus gris
C'est le ciel de Montréal!
4
Voilà pourquoi, bonnes gensses,
Depuis ce jour fatal
Nous flottons en errance
Entre Longueuil et Laval!
Condamnés, pour toujours
À contempler de haut
Vos peines et vos amours
Vos chars et votre métro!
Jeunes filles au pas léger
Flânant rue Saint-Denis
Si un jour entendez
Un sifflet impoli
Ne soyez pas rebelles
Quelqu'un vous trouve jolie
Regardez vers le ciel
C'est Martin qui s'ennuie!
Il est des gens de qui l'esprit guindé,
Sous un front jamais déridé,
Ne souffre, n'approuve et n'estime
Que le pompeux et le sublime.
Pour moi, j'ose poser en fait
Qu'en de certains moments l'esprit le plus parfait
Peut aimer sans rougir jusqu'aux marionnettes;
Et qu'il est des temps et des lieux
Où le grave et le sérieux
Ne valent pas d'agréables sornettes.
Pourquoi faut-il s'émerveiller
Que la raison la mieux sensée,
Lasse souvent de trop veiller,
Par des contes d'ogre et de fée
Ingénieusement bercée,
Prenne plaisir à sommeiller?
Sans craindre donc qu'on me condamne
De mal employer mon loisir,
Je vais, pour contenter votre juste désir,
Vous conter tout au long l'histoire de Peau d'Ane.
Il était une fois un roi,
Le plus grand qui fût sur la terre,
Aimable en paix, terrible en guerre,
Seul enfin comparable à soi.
Ses voisins le craignaient, ses Etats étaient calmes,
Et l'on voyait de toutes parts
Fleurir, à l'ombre de ses palmes,
Et les vertus et les beaux arts.
Son aimable moitié, sa compagne fidèle,
Etait si charmante et si belle,
Avait l'esprit si commode et si doux,
Qu'il était encore avec elle
Moins heureux roi qu'heureux époux.
De leur tendre et chaste hyménée
Plein de douceur et d'agrément,
Avec tant de vertus une fille était née
Qu'ils se consolaient aisément
De n'avoir pas de plus ample lignée.
Dans son vaste et riche palais
Ce n'était que magnificence;
Partout y fourmillait une vive abondance
De courtisans et de valets;
Il avait dans son écurie
Grands et petits chevaux de toutes les façons,
Couverts de beaux caparaçons,
Roides d'or et de broderie;
Mais ce qui surprenait tout le monde en entrant,
C'est qu'au lieu le plus apparent,
Un maître âne étalait ses deux grandes oreilles.
Cette injustice vous surprend,
Mais lorsque vous saurez ses vertus nonpareilles,
Vous ne trouverez pas que l'honneur fût trop grand.
Tel et si net le forma la nature
Qu'il ne faisait jamais d'ordure,
Mais bien beaux écus au soleil
Et Louis de toute manière,
Qu'on allait recueillir sur la blonde litière
Tous les matins à son réveil.
Or le Ciel qui parfois se lasse
De rendre les hommes contents,
Qui toujours à ses biens mêle quelque disgrâce,
Ainsi que la pluie au beau temps,
Permit qu'une âpre maladie
Tout à coup de la reine attaquât les beaux jours.
Partout on cherche du secours,
Mais ni la faculté qui le grec étudie,
Ni les charlatans ayant cours,
Ne purent tous ensemble arrêter l'incendie
Que la fièvre allumait en s'augmentant toujours.
Arrivée à sa dernière heure,
Elle dit au roi son époux:
''Trouvez bon qu'avant que je meure
J'exige une chose de vous:
C'est que s'il vous prenait envie
De vous remarier quand je n'y serai plus...
-- Ha! dit le roi. Ces soins sont superflus,
Je n'y songerai de ma vie,
Soyez en repos là-dessus.
-- Je le crois bien. Reprit la reine,
Si j'en prends à témoin votre amour véhément;
Mais pour m'en rendre plus certaine,
Je veux avoir votre serment,
Adouci toutefois par ce tempérament
Que si vous rencontrez une femme plus belle.
Mieux faite et plus sage que moi,
Vous pourrez franchement lui donner votre foi
Et vous marier avec elle.''
Sa confiance en ses attraits
Lui faisait regarder une telle promesse
Comme un serment, surpris avec adresse,
De ne se marier jamais.
Le prince jura donc, les yeux baignés de larmes,
Tout ce que la reine voulut;
La reine entre ses bras mourut,
Et jamais un mari ne fit tant de vacarmes.
A l'ouïr sangloter et les nuits et les jours,
On jugea que son deuil ne lui durerait guère,
Et qu'il pleurait ses défuntes amours
Comme un homme pressé qui veut sortir d'affaire.
On ne se trompa point. Au bout de quelques mois
Il voulut procéder à faire un nouveau choix.
Mais ce n'était pas chose aisée,
Il fallait garder son serment,
Et que la nouvelle épousée
Eût plus d'attraits et d'agrément
Que celle qu'on venait de mettre au monument.
Ni la cour en beautés fertile,
Ni la campagne, ni la ville,
Ni les royaumes d'alentour
Dont on alla faire le tour,
N'en purent fournir une telle;
L'infante seule était plus belle
Et possédait certains tendres appâts
Que la défunte n'avait pas.
Le roi le remarqua lui-même
Et, brûlant d'un amour extrême,
Alla follement s'aviser
Que par cette raison il devait l'épouser.
Il trouva même un casuiste
Qui jugea que le cas se pouvait proposer.
Mais la jeune princesse triste
D'ouïr parler d'un tel amour,
Se lamentait et pleurait nuit et jour.
De mille chagrins l'âme pleine,
Elle alla trouver sa marraine,
Loin, dans une grotte à l'écart
De nacre et de corail richement étoffée.
C'était une admirable fée
Qui n'eut jamais de pareille en son art.
Il n'est pas besoin qu'on vous dise
Ce qu'était une fée en ces bienheureux temps:
Car je suis sûr que votre mie
Vous l'aura dit dès vos plus jeunes ans.
''Je sais, dit-elle, en voyant la princesse,
Ce qui vous fait venir ici,
Je sais de votre coeur la profonde tristesse;
Mais avec moi n'ayez plus de souci:
Il n'est rien qui vous puisse nuire
Pourvu qu'à mes conseils vous vous laissiez conduire.
Votre père, il est vrai, voudrait vous épouser;
Ecouter sa folle demande
Serait une faute bien grande,
Mais sans le contredire on le peut refuser.
Dites-lui qu'il faut qu'il vous donne
Pour rendre vos désirs contents,
Avant qu'à son amour votre coeur s'abandonne,
Une robe qui soit de la couleur du temps.
Malgré tout son pouvoir et toute sa richesse,
Quoique le Ciel en tout favorise ses voeux,
Il ne pourra jamais accomplir sa promesse.''
Aussitôt la jeune princesse
L'alla dire en tremblant à son père amoureux
Qui, dans le moment, fit entendre
Aux tailleurs les plus importants
Que s'ils ne lui faisaient, sans trop le faire attendre,
Une robe qui fût de la couleur du temps,
Ils pouvaient s'assurer qu'il les ferait tous pendre.
Le second jour ne luisait pas encore
Qu'on apporta la robe désirée;
Le plus beau bleu de l'Empyrée
N'est pas, lorsqu'il est ceint de gros nuages d'or.
D'une couleur plus azurée.
De joie et de douleur l'infante pénétrée
Ne sait que dire, ni comment
Se dérober à son engagement.
''Princesse, demandez-en une,
Lui dit sa marraine tout bas,
Qui, plus brillante et moins commune,
Soit de la couleur de la lune.
Il ne vous la donnera pas.''
A peine la princesse en eut fait la demande,
Que le roi dit à son brodeur:
''Que l'astre de la nuit n'ait pas plus de splendeur,
Et que dans quatre jours sans faute on me la rende.''
Le riche habillement fut fait au jour marqué,
Tel que le roi s'en était expliqué.
Dans les cieux où la nuit a déployé ses voiles,
La lune est moins pompeuse en sa robe d'argent,
Lors même qu'au milieu de son cours diligent
Sa plus vive clarté fait pâlir les étoiles.
La princesse, admirant ce merveilleux habit,
Etait à consentir presque délibérée;
Mais, par sa marraine inspirée,
Au prince amoureux elle dit:
''Je ne saurais être contente
Que je n'aie une robe encore plus brillante
Et de la couleur du soleil.''
Le prince qui l'aimait d'un amour sans pareil,
Fit venir aussitôt un riche lapidaire,
Et lui commanda de la faire
D'un superbe tissu d'or et de diamants,
Disant que s'il manquait à le bien satisfaire,
Il le ferait mourir au milieu des tourments.
Le prince fut exempt de s'en donner la peine,
Car l'ouvrier industrieux,
Avant la fin de la semaine,
Fit apporter l'ouvrage précieux,
Si beau, si vif, si radieux,
Que le blond amant de Clymène,
Lorsque sur la voûte des cieux
Dans son char d'or il se promène,
D'un plus brillant éclat n'éblouit pas les yeux.
L'infante que ces dons achèvent de confondre,
A son père, à son roi ne sait plus que répondre.
Sa marraine aussitôt la prenant par la main:
''Il ne faut pas, lui dit-elle à l'oreille,
Demeurer en si beau chemin.
Est-ce une si grande merveille
Que tous ces dons que vous en recevez,
Tant qu'il aura l'âne que vous savez,
Qui d'écus d'or sans cesse emplit sa bourse?
Demandez-lui la peau de ce rare animal.
Comme il est toute sa ressource,
Vous ne l'obtiendrez pas, ou je raisonne mal.''
Cette fée était bien savante,
Et cependant elle ignorait encore
Que l'amour violent pourvu qu'on le contente,
Compte pour rien l'argent et l'or;
La peau fut galamment aussitôt accordée
Que l'infante l'eut demandée.
Cette peau quand on l'apporta
Terriblement l'épouvanta
Et la fit de son sort amèrement se plaindre.
Sa marraine survint et lui représenta
Que quand on fait le bien on ne doit jamais craindre;
Qu'il faut laisser penser au roi
Qu'elle est tout à fait disposée
A subir avec lui la conjugale loi,
Mais qu'au même moment, seule et bien déguisée,
Il faut qu'elle s'en aille en quelque Etat lointain
Pour éviter un mal si proche et si certain.
''Voici, poursuivit-elle, une grande cassette
Où nous mettrons tous vos habits,
Votre miroir, votre toilette,
Vos diamants et vos rubis.
Je vous donne encore ma baguette;
En la tenant en votre main,
La cassette suivra votre même chemin,
Toujours sous la terre cachée;
Et lorsque vous voudrez l'ouvrir,
A peine mon bâton la terre aura touchée,
Qu'aussitôt à vos yeux elle viendra s'offrir.
Pour vous rendre méconnaissable,
La dépouille de l'âne est un masque admirable.
Cachez-vous bien dans cette peau,
On ne croira jamais, tant elle est effroyable,
Qu'elle renferme rien de beau.
La princesse ainsi travestie
De chez la sage fée à peine fut sortie,
Pendant la fraîcheur du matin,
Que le prince qui pour la fête
De son heureux hymen s'apprête,
Apprend tout effrayé son funeste destin.
Il n'est point de maison, de chemin, d'avenue
Qu'on ne parcoure promptement;
Mais on s'agite vainement,
On ne peut deviner ce qu'elle est devenue.
Partout se répandit un triste et noir chagrin;
Plus de noces, plus de festin,
Plus de tarte, plus de dragées;
Les dames de la cour, toutes découragées,
N'en dînèrent point la plupart;
Mais du curé sur tout la tristesse fut grande,
Car il en déjeuna fort tard,
Et qui pis est n'eut point d'offrande.
L'infante cependant poursuivait son chemin,
Le visage couvert d'une vilaine crasse;
A tous passants elle tendait la main,
Et tâchait pour servir de trouver une place;
Mais les moins délicats et les plus malheureux
La voyant si maussade et si pleine d'ordure,
Ne voulaient écouter ni retirer chez eux
Une si sale créature.
Elle alla donc bien loin, bien loin, encore plus loin.
Enfin elle arriva dans une métairie
Où la fermière avait besoin
D'une souillon, dont l'industrie
Allât jusqu'à savoir bien laver des torchons
Et nettoyer l'auge aux cochons.
On la mit dans un coin au fond de la cuisine
Où les valets, insolente vermine,
Ne faisaient que la tirailler,
La contredire et la railler;
Ils ne savaient quelle pièce lui faire,
La harcelant à tout propos;
Elle était la butte ordinaire
De tous leurs quolibets et de tous leurs bons mots.
Elle avait le dimanche un peu plus de repos
Car, ayant du matin fait sa petite affaire,
Elle entrait dans sa chambre et tenant son huis clos,
Elle se décrassait, puis ouvrait sa cassette,
Mettait proprement sa toilette,
Rangeait dessus ses petits pots.
Devant son grand miroir, contente et satisfaite,
De la lune tantôt la robe elle mettait,
Tantôt celle où le feu du soleil éclatait,
Tantôt la belle robe bleue
Que tout l'azur des cieux ne saurait égaler,
Avec ce chagrin seul que leur traînante queue
Sur le plancher trop court ne pouvait s'étaler.
Elle aimait à se voir jeune, vermeille et blanche
Et plus brave cent fois que nulle autre n'était;
Ce doux plaisir la sustentait
Et la menait jusqu'à l'autre dimanche.
J'oubliais de dire en passant
Qu'en cette grande métairie
D'un roi magnifique et puissant
Se faisait la ménagerie,
Que là, poules de barbarie,
Râles, pintades, cormorans,
Oisons musqués, canes petières
Et mille autres oiseaux de bizarres manières,
Entre eux presque tous différents,
Remplissaient à l'envie dix cours toutes entières.
Le fils du roi dans ce charmant séjour
Venait souvent au retour de la chasse
Se reposer, boire à la glace
Avec les seigneurs de sa cour.
Tel ne fut point le beau céphale:
Son air était royal, sa mine martiale
Propre à faire trembler les plus fiers bataillons.
Peau d'Ane de fort loin le vit avec tendresse,
Et reconnut par cette hardiesse
Que sous sa crasse et ses haillons
Elle gardait encore le coeur d'une princesse.
''Qu'il a l'air grand, quoiqu'il l'ait négligé,
Qu'il est aimable, disait-elle,
Et que bienheureuse est la belle
A qui son coeur est engagé!
D'une robe de rien s'il m'avait honorée,
Je m'en trouverais plus parée
Que de toutes celles que j'ai.''
Un jour le jeune prince errant à l'aventure
De basse-cour en basse-cour,
Passa dans une allée obscure
Où de Peau d'Ane était l'humble séjour.
Par hasard il mit l'oeil au trou de la serrure:
Comme il était fête ce jour,
Elle avait pris une riche parure
Et ses superbes vêtements
Qui, tissus de fin or et de gros diamants,
Egalaient du soleil la clarté la plus pure.
Le prince au gré de son désir
La contemple et ne peut qu'à peine,
En la voyant, reprendre haleine,
Tant il est comblé de plaisir.
Quels que soient les habits, la beauté du visage,
Son beau tour, sa vive blancheur,
Ses traits fins, sa jeune fraîcheur
Le touchent cent fois davantage;
Mais un certain air de grandeur,
Plus encore une sage et modeste pudeur,
Des beautés de son âme assuré témoignage,
S'emparèrent de tout son coeur.
Trois fois, dans la chaleur du feu qui le transporte,
Il voulut enfoncer la porte;
Mais croyant voir une divinité,
Trois fois par le respect son bras fut arrêté.
Dans le palais, pensif il se retire,
Et la nuit et le jour il soupire;
Il ne veut plus aller au bal
Quoiqu'on soit dans le carnaval.
Il hait la chasse, il hait la comédie,
Il n'a plus d'appétit, tout lui fait mal au coeur;
Et le fond de sa maladie
Est une triste et mortelle langueur.
Il s'enquit quelle était cette nymphe admirable
Qui demeurait dans une basse-cour
Au fond d'une allée effroyable,
Où l'on ne voit goutte en plein jour.
''C'est, lui dit-on, Peau d’Âne, en rien nymphe ni belle
Et que Peau d’Âne l'on appelle,
A cause de la peau qu'elle met sur son cou;
De l'amour c'est le vrai remède,
La bête en un mot la plus laide,
Qu'on puisse voir après le loup.''
On a beau dire, il ne saurait le croire;
Les traits que l'amour a tracés,
Toujours présents à sa mémoire,
N'en seront jamais effacés.
Cependant la reine sa mère,
Qui n'a que lui d'enfant, pleure et se désespère;
De déclarer son mal elle le presse en vain,
Il gémit, il pleure, il soupire,
Il ne dit rien, si ce n'est qu'il désire
Que Peau d'Ane lui fasse un gâteau de sa main;
Et la mère ne sait ce que son fils veut dire.
''O ciel! Madame, lui dit-on,
Cette Peau d'Ane est une noire taupe
Plus vilaine encore et plus gaupe
Que le plus sale marmiton.
-- N'importe, dit la reine, il faut le satisfaire,
Et c'est à cela seul que nous devons songer.''
Il aurait eu de l'or, tant l'aimait cette mère,
S'il en avait voulu manger.
Peau d'Ane donc prend sa farine
Qu'elle avait fait bluter exprès
Pour rendre sa pâte plus fine,
Son sel, son beurre et ses oeufs frais;
Et pour bien faire sa galette,
S'enferme seule en sa chambrette.
D'abord elle se décrassa
Les mains, les bras et le visage,
Et prit un corps d'argent que vite elle laça
Pour dignement faire l'ouvrage
Qu'aussitôt elle commença.
On dit qu'en travaillant un peu trop à la hâte,
De son doigt par hasard il tomba dans la pâte
Un de ses anneaux de grand prix;
Mais ceux qu'on tient savoir le fin de cette histoire
Assurent que par elle exprès il y fut mis;
Et pour moi franchement, je l'oserais bien croire,
Fort sûr que, quand le prince à sa porte aborda
Et par le trou la regarda,
Elle s'en était aperçue.
Sur ce point la femme est si drue,
Et son oeil va si promptement,
Qu'on ne peut la voir un moment
Qu'elle ne sache qu'on l'a vue.
Je suis bien sûr encore, et j'en ferais serment,
Qu'elle ne douta point que de son jeune amant
La bague ne fût bien reçue.
On ne pétrit jamais un si friand morceau,
Et le prince trouva la galette si bonne
Qu'il ne s'en fallut rien que d'une faim gloutonne
Il n'avalât aussi l'anneau.
Quand il en vit l'émeraude admirable,
Et du jonc d'or le cercle étroit
Qui marquait la forme du doigt,
Son coeur en fut touché d'une joie incroyable;
Sous son chevet il le mit à l'instant,
Et son mal toujours augmentant,
Les médecins sages d'expérience,
En le voyant maigrir de jour en jour,
Jugèrent tous, par leur grande science,
Qu'il était malade d'amour.
Comme l'hymen, quelque mal qu'on ne dise,
Est un remède exquis pour cette maladie,
On conclut à le marier;
Il s'en fit quelque temps prier,
Puis dit: ''Je le veux bien, pourvu que l'on me donne
En mariage la personne
Pour qui cet anneau sera bon.''
A cette bizarre demande,
De la reine et du roi la surprise fut grande;
Mais il était si mal qu'on n'osa dire non.
Voilà donc qu'on se met en quête
De celle que l'anneau, sans nul égard du sang,
Doit placer dans un si haut rang;
Il n'en est point qui ne s'apprête
A venir présenter son doigt,
Ni qui veuille céder son droit.
Le bruit ayant couru que pour prétendre au prince,
Il faut avoir le doigt bien mince,
Tout charlatan, pour être bienvenu,
Dit qu'il a le secret de le rendre menu.
L'une, en suivant son bizarre caprice,
Comme une rave le ratisse;
L'autre en coupe un petit morceau;
Une autre en le pressant croit qu'elle le rapetisse;
Et l'autre, avec de certaine eau,
Pour le rendre moins gros en fait tomber la peau;
Il n'est enfin point de manoeuvre
Qu'une dame ne mette en oeuvre,
Pour faire que son doigt cadre bien à l'anneau.
L'essai fut commencé par les jeunes princesses,
Les marquises et les duchesses;
Mais leurs doigts, quoique délicats,
Etaient trop gros et n'entraient pas.
Les comtesses, et les baronnes,
Et toutes les nobles personnes,
Comme elles tour à tour présentèrent leur main
Et la présentèrent en vain.
Ensuite vinrent les grisettes,
Dont les jolis et menus doigts,
Car il en est de très bien faites,
Semblèrent à l'anneau s'ajuster quelquefois.
Mais la bague, toujours trop petite ou trop ronde,
D'un dédain presque égal rebutait tout le monde.
Il fallut en venir enfin
Aux servantes, aux cuisinières,
Aux tortillons, aux dindonnières,
En un mot à tout le fretin,
Dont les rouges et noires pattes,
Non moins que les mains délicates,
Espéraient un heureux destin.
Il s'y présenta mainte fille
Dont le doigt, gros et ramassé,
Dans la bague du prince eût aussi peu passé
Qu'un câble au travers d'une aiguille.
On crut enfin que c'était fait,
Car il ne restait en effet
Que la pauvre Peau d'Ane au fond de la cuisine.
Mais comment croire, disait-on,
Qu'à régner le Ciel la destine?
Le prince dit: ''Et pourquoi non?
Qu'on la fasse venir.'' Chacun se prit à rire,
Criant tout haut: ''Que veut-on dire.
De faire entrer ici cette sale guenon?''
Mais lorsqu'elle tira de dessous sa peau noire
Une petite main qui semblait de l'ivoire
Qu'un peu de pourpre a coloré,
Et que de la bague fatale,
D'une justesse sans égale.
Son petit doigt fut entouré,
La cour fut dans une surprise
Qui ne peut pas être comprise.
On la menait au roi dans ce transport subit;
Mais elle demanda qu'avant que de paraître
Devant son seigneur et son maître,
On lui donnât le temps de prendre un autre habit.
De cet habit, pour la vérité dire,
De tous côtés on s'apprêtait à rire;
Mais lorsqu'elle arriva dans les appartements,
Et qu'elle eut traversé les salles
Avec ses pompeux vêtements
Dont les riches beautés n'eurent jamais d'égales;
Que ses aimables cheveux blonds
Mêlés de diamants, dont la vive lumière
En faisait autant de rayons,
Que ses yeux bleus, grands, doux et longs,
Qui pleins d'une majesté fière
Ne regardent jamais sans plaire et sans blesser,
Et que sa taille enfin si menue et si fine
Qu'avecque ses deux mains on eût pu l'embrasser,
Montrèrent leurs appâts et leur grâce divine:
Des dames de la cour, et de leurs ornements
Tombèrent tous les doux agréments.
Dans la joie et le bruit de toute l'assemblée,
Le bon roi ne se sentait pas
De voir sa bru posséder tant d'appâts;
La reine en était affolée,
Et le prince son cher amant,
De cent plaisirs l'âme comblée,
Succombait sous le poids de son ravissement.
Pour l'hymen aussitôt chacun prit ses mesures.
Le monarque en pria tous les rois d'alentour,
Qui, tous brillants de diverses parures,
Quittèrent leurs Etats pour être à ce grand jour.
On en vit arriver des climats de l'aurore,
Montés sur de grands éléphants;
Il en vint du rivage more,
Qui, plus noirs et plus laids encore,
Faisaient peur aux petits enfants;
Enfin de tous les coins du monde,
Il en débarque et la cour en abonde.
Mais nul prince, nul potentat,
N'y parut avec tant d'éclat
Que le père de l'épousée,
Qui d'elle autrefois amoureux
Avait avec le temps purifié les feux
Dont son âme était embrasée.
Il en avait banni tout désir criminel,
Et de cette odieuse flamme
Le peu qui restait dans son âme
N'en rendait que plus vif son amour paternel.
Dès qu'il la vit: ''Que béni soit le Ciel
Qui veut bien que je te revoie,
Ma chère enfant'', dit-il et, tout pleurant de joie,
Courut tendrement l'embrasser;
Chacun à son bonheur voulut s'intéresser,
Et le futur époux était ravi d'apprendre
Que d'un roi si puissant il devenait le gendre.
Dans ce moment la marraine arriva
Qui raconta toute l'histoire,
Et par son récit acheva
De combler Peau d'Ane de gloire.
Il n'est pas malaisé de voir
Que le but de ce conte est qu'un enfant apprenne
Qu'il vaut mieux s'exposer à la plus rude peine
Que de manquer à son devoir;
Que la vertu peut être infortunée,
Mais qu'elle est toujours couronnée;
Que contre un fol amour et ses fougueux transports
La raison la plus forte est une faible digue,
Et qu'il n'est point de si riches trésors
Dont un amant ne soit prodigue;
Que de l'eau claire et du pain bis
Suffisent pour la nourriture
De toute jeune créature.
Pourvu qu'elle ait de beaux habits;
Que sous le ciel il n'est point de femelle
Qui ne s'imagine être belle,
Et qui souvent ne s'imagine encore
Que si des trois beautés la fameuse querelle
S'était démêlée avec elle, elle aurait eu la pomme d'or.
Le conte de Peau d'Ane est difficile à croire;
Mais tant que dans le monde on aura des enfants
Des mères et des mères-grands,
On en gardera la mémoire.
Enfin ! je tiens entre les mains le nouveau catalogue IKEA 2017. Je me doutais un peu que ce serait compliqué de le recevoir dans ma boite aux lettres depuis que les porteurs ont décidé d'oublier systématiquement ma rue. J'ai eu beau écrire, téléphoner, envoyer des mails, rien n'a changé. On reçoit de temps en temps un dépliant publicitaire mais PAS le catalogue IKEA. Donc, j'ai profité d'une maison vide et abandonnée à proximité pour emprunter l'exemplaire qui se serait dégradé dès la prochaine pluie.
Petite confession, j'avais déjà jeté un œil au contenu en téléchargeant la version québécoise sortie il y a une quinzaine de jours. Impatiente je suis, impatiente, je reste ! Cette fois, point de prix en CAN $ mais à nous la liste des achats pour notre prochaine visite.
«A chaque jour ses plaisirs» c'est l'intitulé du nouveau catalogue IKEA 2017. Un nom qui résonne comme une promesse de jours heureux dans du mobilier et des accessoires simples et qui donnent du bonheur, des produits de qualités, esthétique et respectueux de l’environnement qui nous facilitent la vie au quotidien.
Nouveauté du catalogue : des reportages photos, du textes qui fait penser ce catalogue plus comme un magazine. C'est agréable et intéressant et surtout cela donne envie d'aller découvrir les nouveautés.
Le voyage commence à l'office du tourisme pour prendre quelques dépliants touristiques.
avant d'arpenter les rues de la ville et découvrir à chaque coin de rue quelque chose de beau. Entre les façades colorées et peintes, les fontaines, les enseignes, les statues, les cadrans solaires, l’œil ne sait où se poser.
Côté vêtement traditionnel, l'offre ne manque pas. Nous qui croyions que c'était uniquement pour les touristes avons été bien surpris de croiser des Bavarois en habit traditionnel à la fête mais aussi dans la vie de tous les jours.
Lors de notre séjour, nous avons pu participer à la fête de la ville avec des kiosques à musiques et des tables dans les rues où la bière coulait à flot.
Pas de chat pendant le séjour... enfin si un seul :) et des amis à lui.