Affichage des articles dont le libellé est Québec. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Québec. Afficher tous les articles

vendredi 10 juillet 2026

Les sentinelles du français : Au cœur de l'Office québécois de la langue française (OQLF)

 


Les sentinelles du français : Au cœur de l'Office québécois de la langue française (OQLF)

Comment fait-on pour faire vivre et briller la langue de Molière quand on est entouré par un océan anglophone de plus de 350 millions d'habitants ? C'est le défi titanesque de l'Office québécois de la langue française. Souvent caricaturé à l'étranger comme la « police de la langue », l'OQLF est en réalité un laboratoire linguistique d'une créativité folle. Voyage chez nos cousins d'Amérique, là où le français se défend avec autant de ferveur que de style.

1. Un peu d'histoire : La Révolution tranquille et la défense du français

L'histoire de l'OQLF est intimement liée à l'affirmation nationale du Québec. L'Office est créé en 1961 sous le gouvernement libéral de Jean Lesage, en pleine « Révolution tranquille », une époque de modernisation rapide et de réveil culturel pour les Québécois francophones. À l'époque, le constat est alarmant : bien que majoritaires, les francophones sont largement dominés économiquement, et l'anglais est la langue des affaires et du travail à Montréal.

Le véritable tournant a lieu en 1977 avec l'adoption de la mythique Charte de la langue française (mieux connue sous le nom de Loi 101). L'OQLF devient alors le bras armé de cette loi, avec pour mission de faire du français la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires au Québec.

2. Statut, organisation et missions : Protéger et créer

L'OQLF est une agence gouvernementale du Québec. Contrairement à l'Académie française qui est un cénacle littéraire indépendant, l'OQLF est une institution publique dotée de moyens administratifs et légaux importants.

Ses trois grandes missions

  • La francisation : Veiller à ce que le français soit la langue d'usage dans les entreprises québécoises (notamment celles de 50 employés et plus, qui doivent obtenir un « certificat de francisation »).

  • La terminologie (Le grand labo) : Définir et diffuser les termes français nécessaires à l'évolution des technologies et de la société. C'est l'OQLF qui enrichit notre vocabulaire de tous les jours !

  • Le traitement des plaintes : Surveiller le respect de la Loi 101 (affichage public, manuels d'utilisation, service à la clientèle en français).

3. Les rituels : Pas de coupole, mais le Grand Dictionnaire

Pas d'habit vert ni d'épée ici ! Les rituels de l'OQLF sont ancrés dans l'efficacité numérique et le débat terminologique.

  • Le GDT (Grand Dictionnaire Terminologique) : C'est la bible moderne de l'institution. Accessible en ligne gratuitement, cette base de données géante de millions de termes techniques et industriels est mise à jour quotidiennement par des linguistes et des terminologues professionnels.

  • L'art du « néologisme » : Le grand rituel de l'OQLF est de prendre de vitesse les anglicismes technologiques. Dès qu'une nouveauté apparaît dans la Silicon Valley, les linguistes de l'Office se réunissent pour lui trouver un équivalent français percutant.

  • Les Mérites du français : Chaque année, lors d'un gala officiel, l'Office remet des prix aux entreprises, aux publicitaires et aux personnalités qui se sont illustrés par leur promotion et leur usage créatif du français.

4. Les membres : Des linguistes sur le terrain

Ici, pas de fauteuil à vie pour les écrivains célèbres. L'OQLF est dirigé par un conseil d'administration composé de 8 membres nommés par le gouvernement, représentant différents milieux (syndical, patronal, universitaire et culturel).

Mais le cœur de l'OQLF, ce sont ses centaines d'employés : des terminologues, des linguistes, des conseillers en francisation et des inspecteurs qui arpentent le territoire québécois pour accompagner les commerces et les entreprises.

5. Ce qu'elle fait... et ce qu'elle ne fait pas (les polémiques)

L'OQLF suscite des passions intenses, adoré par les uns comme le bouclier de l'identité québécoise, critiqué par les autres pour son zèle supposé.

Ce qu'elle fait (ses coups de génie)Ce qu'elle ne fait pas (les polémiques)
Elle invente les mots de notre quotidien : On lui doit d'immenses réussites adoptées dans toute la francophonie comme courriel (e-mail), pourriel (spam), baladodiffusion (podcasting), ou encore divulgâcher (spoiler).La traque des détails (Le « Pastagate ») : En 2013, un inspecteur pointilleux a exigé qu'un restaurant italien de Montréal traduise le mot « Pasta » sur son menu. L'affaire est devenue virale, forçant l'OQLF à faire marche arrière et à promettre plus de souplesse.
Elle francise l'économie : Elle s'assure qu'un travailleur québécois a le droit de travailler et de se faire servir dans sa langue natale.Les frictions avec les multinationales : L'obligation de traduire les marques de commerce ou l'affichage (comme l'obligation d'ajouter un descriptif en français devant les enseignes comme Walmart ou Starbucks) provoque régulièrement des tensions juridiques.

Conclusion : Une langue qui refuse de s'endormir

Si l'Académie française ressemble parfois à un musée respectueux du passé, l'OQLF est un laboratoire tourné vers l'avenir. En choisissant de créer de nouveaux mots plutôt que de simplement bannir les anciens, l'institution prouve que le français n'est pas une langue figée sous une coupole, mais un outil vivant, fier, moderne et diablement résistant.

lundi 12 octobre 2020

Le français en Amérique : Voyager au Québec

 

La province de Québec est une province du Canada, situé au Nord-Est de l'Amérique du Nord. Elle s’étend, du sud au nord, sur plus de 2 000 km, depuis le 45e parallèle nord (frontière entre le Canada et les États-Unis) jusqu'au cap Wolstenholme et, d'est en ouest, sur plus de 1 500 km, depuis l'anse Sablon jusqu'à l'embouchure de la rivière Rupert sur 1 667 926 km2. Elle est  divisée en treize provinces.

Le français est la langue officielle du Québec. Le français québécois y est la variante de français la plus utilisée. L'Office québécois de la langue française veille à l'application de la politique linguistique conjointement avec le Conseil supérieur de la langue française et la Commission de toponymie du Québec. 


Les québéquismes sont nombreux. En voici un petit exemple. Vous pouvez m'en envoyer d'autres si vous en connaissez.

Abatis n.m. Terrain partiellement dessouché.
Abrier vt. Couvrir un enfant.
Accise n.f. Impôt indirect.
Accoté, e n.m. Concubin
Acéricole adj. Relatif à l'exploitation d'une érablière pour la production de sirop.
Accrocher ses patins loc. Cesser d'exercer une activité (sportive, professionnelle, politique)
Achalant, e adj et n. Importun, ennuyeux.
Achaler vt. Importuner, ennuyer.
Accrocher ses patins loc. Cesser d'exercer une activité (sportive, professionnelle, politique)
Adon n.m. Coïncidence, hasard.
Aérobique n.m ou f. 
Affiant, e n. Personne qui fait une déclaration sous serment.
Agace-pissette n.f. Aguicheuse
Age d'or n.m. Personnes âgées
Aiguise-crayon n.m. Taille-crayon
Amancher vt. Tromper, duper.
Anovulant, e adj et n.m. Contraceptif.
Aplomber vt. Mettre d'aplomb.
Applet n.m. Inf. (ou appelette) Petit programme interactif.
A.P.S. sigle De toute urgence
Aréna n.m. Établissement où se trouve une piste de patinage.
D'arrache-poil loc d'arrache-pied
Assesseure n.f. Féminin de assesseur.
Ataca n.m. (ou atoca) Baie de l'atocatier.
Atocatier, ère n.m. Variété d'airelle. - n.f. Terrain planté d'atocatiers.
Attiner vt. Fam. En Acadie, taquiner. 
Attoquer vt. Fam. En Acadie, placer (une chose) contre une autre. 
Attriquer v.pr. S'attifer.
Avionnerie n.f. Usine d'avions.
Avironner vi. Pagayer.
Avoir de la grande visite loc. verb. Recevoir des personnes qui ne sont pas venues depuis longtemps
Avoir la jasette loc. verb. Avoir la langue bien pendue
Avoir du front tout l'tour de la tête loc. verb. Avoir du culot
Avoir la baboune loc. verb. Etre mécontent, bouder
Avoir la picote loc. verb. Avoir des boutons
Avoir les bleus loc. verb. Avoir le cafard
Avoir les deux pieds dans la même bottine loc. ver. Etre empêtré, embarrassé
Avoir les pieds ronds loc. verb. Etre ivre
Avoir son voyage loc. verb. En avoir assez

Babiche n.f. Lanière de peau traitée à la manière amérindienne.
Babillard électronique n.m. Messagerie électronique
Babine de velours n.f. Flatteur, enjôleur, hypocrite
Babiner V Bavarder
Baboune n.f. Lèvre inférieure, moue.
Balado 1. n.m. Podcast.   2. n.f. Fam. Baladodiffusion.
Baladodiffusion n.f. Podcasting.
Balloune n.f. Fam. (ou baloune) Petit ballon gonflable. - Éthylotest.
Bardasser vt. (ou berdasser) Bousculer, secouer.
Barrer V. Fermer le loquet, au verrou, au cadenas ou à clé
Barrière n.f. Grille installée à l'entrée des quais d'une gare et commandant l'accès aux quais
Barrure n.f. Verrou.
Bâsir vt. En Acadie, disparaître, cacher.
Bassinnette n.f. Lit d'enfant, à barreaux.
Batture n.f. Partie du rivage découverte à marée basse.
Bavardoir n.m. Forum de discussion sur internet.
Bazou n.m. Vieille automobile.
Bébelle n.f. Fam. Jouet. - Babiole.
Bébite n.f. (ou bébitte, bibite, bibitte) Insecte.
Bécosses n.f.pl. Toilettes.
Beigne n.m. Rondelle de pâte frite saupoudrée de sucre.
Beignerie n.f. Fabrique de beignets.
Berçant, e adj et n.f. Fauteuil à bascule.
Bête à patate n.f. Doryphore.
Bidou n.m. Fam. Billet de banque, argent.
Binerie n.f. Établissement commercial de peu d'importance.
Blanchon n.m. Petit du phoque.
Blé d'Inde n.m. Maïs.
Bleuet n.m. Variété d'airelle des bois.
Bleueterie n.f. Usine de conditionnement des bleuets.
Bleuetier, ère n.m. Variété d'airelle. - n.f. Terrain planté de bleuetiers.
Blonde n.f. Petite amie.
Boire n.m. Tétée.
Boite à chanson n.f. Cabaret chantant.
Bonjour interj. Au revoir.
Bottine de ski n.f. Chaussure de ski.
Bouffon n.m. Clown.
Bougonneux, euse adj. Bougonneur.
Bougrine n.f. Veste doublée.
Se bouquer vt. Bouder.
Boule à mites n.f. Boule de naphtaline.
Bourrasser vt. Rudoyer, bousculer.
Bouscueil n.m. Amoncellement chaotique de glaces.
Bout-à-bouter vt. Mettre bout à bout.
Branleux, euse n. et adj. Personne qui tergiverse.
Brassière n.f. SOutien-gorge.
Brayon n.m. En Acadie, chiffon.
Breffer vt. Briefer.
Broche à linge n.f. Pince à linge.
Broche piquante n.f. Fil de fer barbelé.
Brosse n.f. Cuite.
Broue n.f. Mousse, écume.
Brunante n.f. Crépuscule.

Cabaler vt. Tenter de gagner qqn à une cause. - Organiser une manoeuvre secrète contre qqn.
Cacassements n.m. plur Cancans
Cache-pinotte n.m. coque protectrice des organes génitaux utilisée dans les sports violents
Caller vt. Diriger une danse folklorique en appelant les figures.
Calleur, euse n. Meneur de danses folkloriques.
Canotable adj. Propice au canotage.
Canter vt. Pencher, incliner un objet.
Carreauté, E adj. Se dit d'un tissu ou d'une étoffe à carreaux.
Cassot n.m. Petit cageot.
Catalogne n.f. Étoffe tissée d'une façon artisanale.
Catiche n.m. Homme efféminé.
Catiner vt. Jouer à la poupée, dorloter.
Caucus n.m. Réunion de stratégie des parlementaires d'un même parti.
Cédrière n.f. Lieu planté de cèdres.
Cégep n.m. Collège d'enseignement général et professionnel.
Cégepien, enne n. Élève fréquentant un cégep.
Cenellier n.m. (ou senellier) Aubépine.
Cenne n.f. Pièce de monnaie.
Censeure n.f. Féminin de censeur.
C'est pas pire loc. Expression d'un jugement appréciatif.
Chaleureux adj. Qualifie une personne qui n'est pas frileuse.
Chalin n.m. Éclair de chaleur.
Chambranlant, E adj. Branlant.
Chambranler vi. Chanceler.
Chambrer V. Louer une chambre chez un particulier
Chambreur, euse n. Locataire d'une chambre chez un particulier.
Chanceux (euse) adj. Qui a de la chance.
Chandail n.m. vêtement de dessus en tricot qui s'enfile par la tête.
Champleure n.f. (ou champlure) Robinet.
Chaudasse adj. Qui est légèrement ivre.
Chaudiérée n.f. Contenu d'un seau.
Chèrant, e adj. Qui vend trop cher.
Chez nous loc. Chez moi.
Chialage n.m. Fam. Jérémiade, critique.
Chialeux, euse adj et n. Fam. Chialeur.
Chein chaud n.m. Hot dog.
Chiro n.m. Chiropraticien.
Chiropratique n.f. Chiropraxie.
Chopine n.f. Mesure de capacité.
Chum n. Ami, amoureux, conjoint.
Cinéparc n.m. Cinéma en plein air.
Cipaille n.m. Mélange de gibier et de pomme de terre.
Claque n.f. Caoutchouc ou fausse chaussure que l'on met par dessus ses souliers pour les protéger de la pluie, de la neige...
Clavarder vi. Dialoguer sur internet.
Colletailler v.pr. Se chamailler.
Cométique n.m. Traîneau tiré par des chiens.
Compétitionner vi. Être en compétition.
Condo n.m. Appartement dans un immeuble en copropriété.
Contremaîtresse n.f. Femme contremaÎtre.
Conventum n.m. Réunion d'anciens élèves d'une même promotion.
Coquerelle n.f. Blatte.
Coquetel n.m. Cocktail.
Cossin n.m. Babiole. 
Couetté, e adj. Ébouriffé.
Couraillage n.m. Action de courailler.
Courailler v. Courir ça et là
Courailleur, euse adj et n. Qui couraille.
Coureur de bois n.m. Chasseur ou trappeur vivant de sa chasse ou de sa trappe.
Cramper vt. Braquer les roues d'une voiture.
Crapet n.m. Poisson d'eau douce au corps très coloré.
Créditiste n. Partisan de la doctrine du crédit social.
Crochir vt. Courber, tordre.
Croissant n.m. Rue en forme de demi-cercle.
Cuirette n.f. Similicuir.

Débarbouillette n.f. Pièce de tissu-éponge pour la toilette.
Débarcadère n.m. Portion de trottoir réservée aux véhicules de transport pour permettre la livraison des marchandises.
Débenture n.f. Fin. Obligation non garantie.
Débossage n.m. Action de débosseler.
Débosseleur, euse n. Carrossier, tôlier.
Débosser vt. Débosseler.
Débusqueuse n.f. Sorte de tracteur à larges roues et à suspension très développée, destiné à collecter les troncs d'arbres abattus.
Décrocheur, euse n. Élève qui abandonne ses études avant la fin de la période de l'obligation scolaire.
Dégêner vt. Mettre à l'aise.
Denturologie n.f. Technique de la prothèse dentaire.
Denturologiste n. Prothésiste dentaire.
Dépanneur, n.m. Epicerie dont les heures et jours d'ouverture s'étendent au-delà des heures et jours habituels des établissements commerciaux.
Dépareillé adj. Se dit d'une personne originale.
Dépendamment / adv. Selon.
Désâmer v.pr. Se donner beaucoup de mal.
Dévierger vt. Fam. Déflorer.
Dézoner vt. Pol. Changer un territoire de zone.
Diététiste n. Diététicien.
Disable adj. N'être pas disable : être indescriptible, excessif.
Dispendieux adj. Cher, coûteux.
Divulgâcher vt. Spoiler. 
Douance n.f. Qualité d'une personne douée.
Doubleur, euse n. Redoublant.
Draver vt. Transporter du bois par flottage.

Écarter (s) v. S'égarer
Écharogner vt. Couper maladroitement.
Échiffer vt. Effilocher.
Écocentre n.m. Centre où l'on peut déposer des déchets. 
Écoeurant adj. Se dit de quelqu'un qui provoque l'indignation
Écoeuranterie n.f. Parole, action répugnante.
Écourticher vt. Couper un vêtement trop court.
Écrapoutir vt. Écraser.
Éloise n.f. En Acadie, éclair d'orage.
Embâcler vt. Embarrasser.
Emboucaner vt. Enfumer.
Emmieuter vt. Rendre meilleur, changer en mieux.
Empilade n.f. Sp. Entassement pêle-mêle.
Encalmer v.pr. Mar. (ou encalminer) S'immobiliser par manque de vent.
Encanter vt. Vendre aux enchères.
Encanteur, euse n. Commissaire-priseur.
Endisquer vt. Enregistrer sur un disque.
Enfarger vt. Faire trébucher.
Enfirouaper vt. Emberlificoter, tromper.
En titi, loc. Beaucoup, très.
Épeurant, E adj. Qui fait peur.
Épinette n.f. Épicéa.
Épivarder vt. S'agiter, faire le fou.
Éplucher les vieux légumes loc. verb. Rabâcher.
Épluchette n.f. Réunion, fête.
Etre dans les patates, loc. verb. Etre dans l'erreur, déraisonner.
Étriver vt. Taquiner.
Évacher v.pr. Fam. S'affaler. - S'avachir.
Évaluateur, trice n. Personne qui évalue un bien.
Extrant n.m. Inf. Donnée en sortie.

Se faire passer un sapin, loc. verb. Se faire berner
Faire un tour de lit avec quelqu'un, loc. verb. Coucher avec quelqu'un
Falle n.f. Avoir la falle basse : avoir grand-faim.
Fardoches n.f.pl. Broussailles.
Farlouche n.f. (ou ferlouche) Garniture pour tarte.
Fêter, v. Faire la fête.
Feu sauvage, n.m. Type d'herpès labial.
Fier-pet, adj. Coquet et vaniteux.
Fifi n.m. Homosexuel.
Fin, adj. Qualifie une personne sensée et intelligente, une situation ou une chose qui est agréable, plaisante.
Fin de semaine, n.f., Congé hebdomadaire du samedi-dimanche.
Flânage n.m. Flânerie.
Flanelette n.f. Finette.
Forçail loc. Au forçail : à la rigueur.
Fou comme un balai, loc. Se dit d'une personne gaie et exubérante.
Fournaise, n.f., Appareil de chauffage.
Francisme n.m. Tournure propre au français de France.
Francophoniser vt. Amener un organisme à employer plus de francophones.
Frasil n.m. Pellicule de glace qui se forme sur l'eau.
Frimasser vt. Produire du givre. - Se frimasser : se couvrir de givre.
Frolic n.m. En Acadie, grande fête populaire.
Fudge n.m. Confiserie fondante aromatisée au chocolat.

Gadelier n.m. (ou gadellier) Arbuste qui produit des gadelles.
Gadelle n.f. Groseille.
Garnotte n.f. Gravier.
Garrocher vt. Lancer.
Gazou n.m. Instrument de musique folklorique.
Giguer vt. Exécuter une danse comme une gigue.
Glaciel, elle adj et n.m. Relatif aux glaces flottantes.
Godé, e adj. Vêtement, jupe à godets.
Godendart n.m. Grosse scie.
Gomme (gomme à mâcher) n.m. Chewing gum
Gorgoton n.m. Gosier.
Gosser vt. Travailler le bois avec un couteau.
Gougoune n.f. Tong. 
Gourgane n.f. Fève des marais.
Grafigner vt. Égratigner.
Gratteux, euse adj. Avare. - n.m. Billet de loterie à résultat instantané.
Gribiche n.f. Femme acariâtre.
Grognotine n.f. Amuse-gueule salé.
Gros chars n.m. plur. Train.
Grillarderie n.f. Rôtisserie.
Gripette n.m. Enfant coléreux.
Guédille n.f. Hotdog garni de salade.
Guenilou n.m. Personne mal habillée.
Guidoune n.f. Femme facile, prostituée.
Guignolée n.f. Quête effectuée pendant les fêtes.

Hambourgeois n.m. Hamburger.
Heure des travaillants n.f., Heure d'affluence.
Hiver des corneilles n.m. Brusque regain d'hiver en plein printemps.
Hivernement n.m. Action d'hiverner.
Huard n.m. Zool. (ou huart) Plongeon arctique.
Humidex n.m et adj. Indice météorologique exprimant l'effet combiné (chaleur-humidité).
Hydrangée n.f. (ou hydrangéa) Hortensia.

Icitteadv. Fam. Ici.
Idéateur, trice 1. n. Concepteur.   2. n.m. Logiciel permettant d'organiser des idées. 
Infolettre n.f. Newsletter. 
Inhalothérapie n.f. Traitement des fonctions cardio-respiratoires.
Initialer vt. Parapher.
Intermodal, e, aux adj. Relatif à plusieurs modes de transport.
Intrant n.m. Inf. Donnée en entrée.
Ivressomètre n.m. Éthylotest.

Jambette n.f., Croc-en-jambe.
Jarnigoine n.f. Intelligence.
Jasant, e adj. Qui aime jaser.
Jaser vt. Raconter.
Jasette n.f. Causerie informelle.
Jello n.m. Gelée à saveur de fruits.
Jobine n.f., Petit travail d'appoint.
Joual, e n.m et adj. (pl. jouals, jouaux) Argot franco-anglais parlé au Québec.
Joujouthèque n.f. Ludothèque.

Kayakable adj. Où l'on peut faire du kayak.

Léotard n.m. Maillot de danse.
Lettreur, euse n. Graphiste spécialisé dans l'écriture des panneaux et des enseignes.
Lousse adj. Non serré, lâche.
Lumière n.f., Feu de circulation.
Lyrer vi. Pleurnicher longtemps sur le même ton.

Machine à boule n.m. Flipper.
Maganer vt. User, détériorer.
Magasinage n.m. Promenade à la découverte dans les magasins ou devant leurs vitrines pour repérer ou acheter des objets.
Magasiner vt. Acheter au meilleur prix, en visitant plusieurs magasins.
Magasineur, euse n. Personne qui magasine.
Malendurant, e adj. Impatient.
Malengueulé, e adj et n. Fam. Malappris.
Malpèque n.f. Variété d'huîtres.
Manquer le bateau, loc.verb. Manquer une occasion.
Marchette n.f. Siège roulant pour bébés.
Maskinongé n.m. Brochet.
Mêlant, e adj. Qui embrouille.
Mémérer vi. Bavarder.
Mentorat n.m. Aide apportée par un mentor.
Mentoré, e n. Personne qui bénéficie de l'aide d'un mentor.
Microbrasserie n.f. Brasserie artisanale.
Millage n.m. Distance en milles.
Minoucher vt. Caresser.
Minoune n.f. Vieille voiture.
Mordée n.f. Bouchée, morsure.
Motomarine n.f. Scooter des mers.
Motoneige n.f. Petit véhicule à chenilles ayant des skis à l'avant.
Motton n.m. Grumeau.
Mouche à feu n.f. Luciole.
Mousser vt. Promouvoir.

Narcomane n. Toxicomane.
Nettoyeur n.m. Magasin où l'on fait nettoyer son linge.
Niaisage n.m. Perte de temps, flânerie.
Niaiser vt. Ridiculiser. - Faire l'idiot.
Niaiseux, euse adj et n. Niais, sot.
Nono, Nonote adj et n. Fam. Niais, imbécile.
Nordicité n.f. Caractère nordique d'un lieu, d'une région.
Nouc n.m. (ou noucle) En Acadie, noeud.

Obstineur, euse adj et n. Qui s'obstine.
Ouache / interj. Exprime le dégoût.
Ouananiche n.f. Saumon d'eau douce.
Ouch / interj. Exprime la douleur.

Pantoute adv. Fam. Pas du tout.
Parlable adj. Personne d'un abord facile.
Parlure n.f. Façon de s'exprimer propre à quelqu'un, à un groupe.
Passer la nuit sur la corde à linge loc.verb. Passer la nuit à faire la fête.
Passer la renverse, loc.verb. Enclencher la marche arrière.
Passer tout droit loc.verb. Se réveiller plus tard que l'heure prévue.
Pasteure n.f. Féminin de pasteur.
Patarafe n.f. Affront, injure.
Patenteux, euse adj et n. Se dit d'un bricoleur ingénieux.
Patroneux, euse n. Personne qui pratique le patronage.
Peignure n.f. Coiffure.
Pembina n.m. (ou pimbina) Fruit de l'obier.
Pépine n.f. Excavatrice.
Péquiste adj et n. Membre du parti québécois.
Perchaude n.f. Perche d'eau douce.
Physiatre n. Médecin traitant les troubles locomoteurs.
Piasse n.f. Unité monétaire correspondant à un dollar canadien.
Piastre n.f. Billet de un dollar.
Pichou n.m. Mocassin.
Picosser vt. Picorer.
Picouille n.f. Cheval maigre, haridelle.
Pigouiller vt. En Acadie, tisonner.
Pinotte n.f. Fam. Peanut.
Piquetage n.m. Surveillance exercée par un piquet de grève à l'entrée de l'enceinte d'un lieu  de travail.
Piquerie n.f. Lieu où l'on se drogue.
Piqueteur, euse n. Personne qui participe à un piquet de grève.
Pitonner vt. Zapper.
Pitonneux, euse n. Zappeur.
Pitou n.m. Chien. - Terme affectueux.
Placoter vt. Parler beaucoup, de choses et d'autres, souvent sans, ou hors propos.
Plaignard, e adj et n. Geignard.
Podiatre n. Pédicure.
Pogner vt. Fam. Attraper.
Poigner vt. Saisir, prendre.
Poquer vt. Marquer de coups, meurtrir.
Portager vt. Porter une embarcation là où on ne peut naviguer.
Possesseure n.f. Féminin de possesseur.
Pouce n.m. Auto-stop.
Poucer vi. Faire de l'autostop.
Pouceur, euse n. Autostoppeur.
Poulamon n.m. Petit poisson des chenaux.
Pourriel n.m. Inf. Courriel publicitaire non sollicité.
Pourvoirie n.f. Entreprise au service des chasseurs et des pêcheurs.
Poutine n.f. Frites au fromage avec de la sauce brune.
Précurseure adj.f et n.f. Féminin de précurseur.
Prédécesseure n.f. Féminin de prédécesseur.
Prusse n.m. En Acadie, épicéa.
Publiciel n.m. Inf. Logiciel public.

Quahog n.m. Clam.
Québéciser vt. Doter d'une identité ou d'une spécificité québécoise.
Quétaine adj. De mauvais goût.
Quétainerie n.f. Action quétaine.
Quêteux, euse n. Joueur de quilles.
Quioute, adj. Fin, pénétrant.

Rabiole n.f. Variété de navet blanc.
Raboudiner vt. Fam. Rafistoler.
Raccompagnateur, trice n. Personne qui reconduit qqn à son domicile, par sécurité.
Radioroman n.m. Feuilleton radiophonique.
Rafaler vi. Souffler en rafales.
Ramancher vt. Fam. Rafistoler.
Ramancheur, euse n. Guérisseur, rebouteux.
Rapailler vt. Fam. Rassembler des objets épars.
Raplomber v.pr. Retrouver son équilibre.
Ratoureur, euse adj et n. Fam. Rusé, malin.
Recevant, e adj. Accueilllant, hospitalier.
Recherchiste n. Documentaliste.
Reculon n.m. Pellicule qui se détache de la peau autour des ongles.
Registraire n. Employé administratif dans un établissement d'enseignement.
Relationniste n. Spécialiste des relations publiques.
Relish n.f. Condiment aux cornichons.
Rempironner v. Aller en empirant
Renforcir vt. Fam. Fortifier.
Renipper vt. Embellir.
Renoter vt. Rabâcher.
Rescaper vt. Sauver d'un danger.
Retiger vi. Produire de nouvelles tiges.
Rêver en couleurs loc.verb. Concevoir des rêves irréalisables.
Revirer vt. Retourner.
Réviseure n.f. (féminin de réviseur). 
Ringuette n.f. Sport collectif féminin proche du hockey sur glace.
Robine n.f. Alcool dénaturé.
Robineux, euse n. Clochard qui boit de la robine.
Rongeur de balustre n.m. Faux dévot.
Roquille n.f. Mesure de capacité.
Rouleuse n.f. Cigarette roulée à la main.
Rousseler vt. Se couvrir de taches de rousseur.

Sacrant, e adj. Fam. Contrariant.
Sacré comme un bûcheron loc.verb. Ponctuer son discours de force jurons.
Sans-dessein n.m. Personne dépourvue d'initiative idiote et demeurée.
Sapinage n.m. Branches de conifère.
Saucette n.f. Baignade rapide.
Séraphin, e adj. Avare.
Siffleux n.m. Marmotte.
Siler vi. Produire un son aigu.
S'il vous plaît loc. Formule de politesse adressée à l'occasion d'une demande.
Sloche n.f. Neige fondante souvent mêlée de sel ou de sable.
Snoreau, x n.m. Enfant espiègle.
Solage n.m. Fondations, assise d'une maison.
Solutionnaire n.m. Corrigé du cahier d'exercices.
Songé, e adj. Fam. Réfléchi, intelligent.
Soûlon, onne n. et adj. Ivrogne.
Soupane n.f. Bouillie de farine d'avoine.
Sous-marin n.m. Gros sadwich
Soutenant, e adj. Nourrissant.
Sparage n.f. Fam. Gesticulation ridicule.
Subler vt. En Acadie, siffler.
Subpoena n.m. Dr. Assignation.
Surtemps n.m. Temps de travail fourni en supplément des heures normales.
Syntonisateur n.m. Syntoniseur.

Tabletter vt. Enterrer un dossier.
Tappissage n.m. Pose du papier peint.
Tapocher vt. Frapper.
Taponner vt. Manipuler, palper.
Tartinade n.f. Préparation pour tartines.
Tataouiner vi. Fam. Tergiverser.
Taxage n.m. Action d'extorquer.
Téléavertisseur n.m. Appareil de radiomessagerie.
Téléjournal, aux n.m. Journal télévisé.
Téléroman n.m. Feuilleton télévisé.
Téléuniversité n.f. Université qui enseigne à distance.
Terrazzo n.m. Procédé de revêtement.
Textier vt. (ou textoter) Communiquer par texto.
Tiger vt. Produire des tiges.
Tiguidou adv. Fam. Très bien, parfait.
Tocson, onne adj et n. Têtu, rude.
Toler vt. Recouvrir de tôles.
Tomber en amour loc.verb. Devenir amoureux.
Touladi n.m. Grande truite d'eau douce.
Traînerie n.f. Objet laissé à la traîne.
Traîneux, euse adj et n. Traînard.
Trapper vt. Chasser les animaux à fourrure.
Travaillant, e n. et adj. Ouvrier.
Traversier n.m. Bac.
Tricoler vi. En Acadie, tituber.
Tripant, e adj. (ou trippant) Très excitant.
Troupier, ère n. Membre d'une équipe sportive.
Tuque n.f. Bonnet de laine orné d'un pompon.
Turluter vt. Chantonner.

Unifamilial, e, aux adj. Habitation à l'usage d'une seule femme.
Urgentologue n. Urgentiste.

Vacher vt. Paresser.
Vainqueure adj.f et n.f. Féminin de vainqueur.
Valdrague / n.f. A la valdrague : en Acadie, à l'abandon. (ods 8)
Vaser v.pr. Se couvrir de vase.
Versant, e adj. Qui chavire facilement.
Virailler vi. Tourner en tous sens.
Virailleur, euse n. Personne qui perd son temps au travail.
Vire-capot n.m. Personne qui change d'allégeance politique ou religieuse.
Visionnement n.m. Visionnage.
Visou / n.m. Avoir du visou : être adroit.
Ne pas être vite sur ses patins loc.verb. Etre dur à la détente, avoir la comprenette difficile.
Vivoir n.m. Salle de séjour.
Voyagement n.m. Allées et venues.

Webcaméra n.f. Webcam.
Woh / interj. Fam. C'est assez.

Zec n.f. Zone de chasse et de pêche contrôlée par l'État.
Zigonner vi. Fam. Hésiter.
Zirable adj. En Acadie, dégoûtant.
Zire n.f. Faire zire : En Acadie, dégoûter.

lundi 3 octobre 2016

Chasse-galerie Claude DUBOIS




À force de rester dans la forêt à s'ennuyer,
Le diable est venu les tenter;
Il fallait deux semaines quand la glace s'était en allé
En canot, pour s'en retourner.
C'était déjà l'hiver, les grands froids nous mordaient les pieds,
Impossible de s'en aller,
C'était déjà Noël, le nouvel An montrait son nez,
Tous les hommes voulaient s'en aller.
Le diâb' guettant comme un rapace son gibier,
Vint leur offrir tout un marché:
«Dans un canot, dans le plus grand que vous avez
Installez-vous là, sans bouger,
Quand minuit sonnera, vot' canot d'un coup bougera,
S'élèvera pour t'emporter,
Mais si l'un d'entre vous une fois la fête terminée
Manqu' le bateau, vous périrez,
Et chez le grand Satan vous irez brûler, ignorés,
Ignorés pour l'éternité!»
Le canot s'éleva, jusqu'au ciel ils furent emportés
Jusqu'à leur village tant aimé;
Chacun revint une fois la fêt' terminée,
Sauf le dernier, sans y penser
Posant le pied, en embarquant s'est retourné,
S'est retourné sans y penser;
Alors le grand Satan dans un tourbillon de brasier,
Tous et chacun a emporté.
Le plus jeune d'entre eux, le plus méfiant, le plus peureux,
Gardait comme un bijou précieux
Une prière à tuer les diables de la terre,
Et quand il eut enfin cité,
Comme des étoiles, furent soudainement libérés
Devant leur cabane isolée.

vendredi 30 septembre 2016

Martin de la Chasse-Galerie - La bottine souriante


Une composition de Michel Rivard interprétée par La Bottine Souriante. C'est tiré de leur album "La Mistrine" (1994). Superbe pièce du temps des Fêtes, cette toune entraînante nous convie à bord d'un canot volant, d'où la célèbre "légende de la Chasse-Galerie". Mise à jour 3 décembre 2013: L'album "La Mistrine" est gagnant d'un Félix dans la catégorie "album folklorique de l'année" (1995); en 1997 "La Mistrine" devient disque Platine (plus de 100,000 copies vendues). L'interprète de "Martin de la Chasse-Galerie" est nul autre que le chanteur et multi-instrumentiste Michel Bordeleau. Bonne ouïe et merci Michel Rivard et La Bottine Souriante.



1
Vous connaissez l'histoire
Nous bûchions au chantier
Loin de nos êtres chers
Dix gars bien esseulés.
Dans notre désespoir
Le soir du jour de l'An
Nous avons fait, ciboère!
Un pacte avec Satan!
Dans le ciel du pays
Le canot fendit l'air
Et nous mena, ravis
Aux maisons de nos pères!
Toute la nuit, en famille
Nous pûmes rire et boire
Mais sans toucher aux filles
Le diable veut rien savoir!
(REFRAIN:)
C'est moi le plus jeune des dix
Dans ce canot maudit
Volant par maléfice
Au-dessus de vos vies
Épargnez vos prières
Mes parents, mes amis
Je suis un beau tord-vis:
Martin de la Chasse-Galerie.
2
Mais moi toujours plus saoul
Fantasque et fanfaron
Plus prime aux mauvais coups
Que mes vieux compagnons.
Au moment des adieux
J'entraînai Marion
La plus belle des lieux
Dans un baiser profond!
C'est là que l'histoire se foque!
Car le grand Lucifer
Pour comble de badloque
Tchèquait du haut des airs!
"Martin mon escogriffe
T'as voulu faire ton frais!
Asteure on est kif-kif
Vous n'en reviendrez jamais!"
3
En nous voyant, penauds
Chuter jusqu'aux enfers
Dans notre maudit canot
Le Bon Dieu n'était pas fier.
"Ma gang de sans-génie!
Le Malin vous a pincé!
Il ne me reste qu'à vous souhaiter
Une belle éternité!"
"Quand même, je serai bon diable
Et au lieu d'en enfer
Je vous enverrai dans le ciel!
Ça fera suer Lucifer!"
Mais ce n'est pas le Paradis
Ce ciel dont je vous parle
C'est un petit peu plus gris
C'est le ciel de Montréal!
4
Voilà pourquoi, bonnes gensses,
Depuis ce jour fatal
Nous flottons en errance
Entre Longueuil et Laval!
Condamnés, pour toujours
À contempler de haut
Vos peines et vos amours
Vos chars et votre métro!
Jeunes filles au pas léger
Flânant rue Saint-Denis
Si un jour entendez
Un sifflet impoli
Ne soyez pas rebelles
Quelqu'un vous trouve jolie
Regardez vers le ciel
C'est Martin qui s'ennuie!

jeudi 29 septembre 2016

La chasse galerie (2)


Dans le chantier en haut de la Gatineau, on était la veille du jour de l'an. La saison avait été dure et la neige atteignait déjà la hauteur du toit de la cabane.
J'avais terminé de bonne heure les préparatifs du repas du lendemain et je prenais un petit coup avec les gars, car pour fêter l'arrivée du nouvel an, le contremaître nous a vait offert un petit tonneau de rhum. J'en avais bien lampé une douzaine de petits gobelets et, je l'avoue franchement, la tête me tournait. En attendant de fêter la fin de l'année avec les autres, je décidai de faire un petit somme.
Je dormais donc depuis un moment lorsque je me sentis secoué assez rudement par le chef des piqueurs, Baptiste Durand, qui me dit :
- Jos ! Les camarades sont partis voir les gars du chantier voisin. Moi, je m'en vais à Lavaltrie voir ma «blonde». Veux-tu venir avec moi ?
- À Lavaltrie ? Es-tu fou ? Lavaltrie, c'est à plus de cent lieues. Ça nous prendrait plus d'un mois pour faire le chemin à pied ou en traîneau à cheval.
- Il ne s'agit pas de cela, répondit Baptiste. Nous ferons le voyage en canot dans les airs. Et demain matin, nous serons de retour au chantier.
Je venais de comprendre. Mon homme me proposait de courir la chasse-galerie et de risquer mon salut éternel pour le plaisir d'aller embrasser ma blonde au village. Ah ! ma belle Lise, je la voyais en rêve avec ses beaux cheveux noirs et ses lèvres rouges ! Il est bien vrai que j'étais un peu ivrogne et débauché à cette époque, mais risquer de vendre mon âme au diable, ça me surpassait. Mais Baptiste Durand s'impatientait :
- Il nous faut un nombre pair. On est déjà sept à partir et tu seras le huitième. Fais ça vite : il n'y a pas une minute à perdre ! Les avirons sont prêts et les hommes attendent dehors.
Je me laissai entraîner hors de la cabane où je vis en effet six de nos hommes qui nous attendaient, l'aviron à la main. Le grand canot d'écorce était sur la neige dans une clairière. Avant d'avoir eu le temps de réfléchir, j'étais assis devant, l'aviron pendant sur le plat-bord, attendant le signal du départ.
D'une voix vibrante, Baptiste lança :
- Répétez après moi !
Et tous les sept, nous répétâmes :
- Satan, roi des enfers, nous te promettons de te livrer nos âmes, si d'ici à six heures nous prononçons le nom de ton maître et du nôtre, le bon Dieu, et nous touchons une croix dans le voyage. À cette condition tu nous transporteras à travers les airs, au lieu où nous voulons aller et tu nous ramèneras de même au chantier !
Acabri ! Acabras ! Acabram !
Fais-nous voyager par-dessus les montagnes !

À peine avions-nous prononcé les dernières paroles que le canot s'éleva dans les airs. Le froid de là-haut givrait nos moustaches et nous colorait le nez en rouge. La lune était pleine et elle illuminait le ciel. On commença à voir la forêt représentée comme des bouquets de grands pins noirs. Puis, on vit une éclaircie : C'était la Gatineau dont la surface glacée et polie étincelait au-dessous de nous comme un immense miroir.
Puis, petit à petit, on commença à distinguer les lumières dans les maisons, des clochers d'églises qui reluisaient comme des baïonnettes de soldats.
Et nous filions toujours comme tous les diables, passant par-dessus les villages, les forêts, les rivières et laissant derrière nous comme une traînée d'étincelles. C'est Baptiste qui gouvernait car il connaissait la route puisqu'il avait fait un tel voyage déjà. Bientôt la rivière des Outaouais nous servit de guide pour descendre jusqu'au lac des Deux-Montagnes.
- Attendez un peu, cria Baptiste. Nous allons raser Montréal et effrayer les sorteux qui sont encore dehors à cette heure-ci. Toi, Jos, en avant, éclaircis-toi le gosier et chante-nous une chanson !
On apercevait en effet les mille lumières de la grande ville et Baptiste d'un coup d'aviron nous fit descendre à peu près à la hauteur des tours de l'église Notre-Dame. J'entonnai à tue-tête une chanson de circonstance que tous les canotiers répétèrent en choeur :

Mon père n'avait fille que moi
Canot d'écorce qui va voler
Et dessus la mer il m'envoie
Canot d'écorce qui vole, qui vole
Canot d'écorce qui va voler !

Les gens sur la place nous regardaient passer et nous continuions de filer dans les airs. Bientôt nous fûmes en vue des deux grands clochers de Lavaltrie qui dominaient le vert sommet des grands pins.
- Attention ! cria Baptiste. Nous allons atterrir dans le champ de mon parrain Jean-Jean Gabriel et nous irons ensuite à pied pour aller surprendre nos connaissances dans quelque fricot ou quelque danse du voisinage.
Cinq minutes plus tard, le canot reposait dans la neige à l'entrée du bois et nous partîmes tous les huit à la file pour nous rendre au village. Ce n'était pas une mince besogne car il n'y avait pas de chemin battu et nous avions de la neige jusqu'au califourchon. Baptiste alla frapper à la porte de la maison de son parrain. Il n'y trouva qu'une fille engagée qui lui dit que les gars et les filles de la paroisse étaient chez Batisette Augé, à la Petite-Misère, de l'autre côté du fleuve, là où il y avait un rigodon du jour de l'an.
- Allons au rigodon chez Batisette, dit Baptiste, on est sûr d'y rencontrer nos blondes.
Et nous retournâmes au canot, tout en nous mettant mutuellement en garde sur le danger qu'il y avait de prononcer certaines paroles et de prendre un coup de trop car il fallait reprendre la route du chantier et nous devions y arriver avant six heures du matin sinon nous étions flambés comme des carcajous et le diable nous emportait au fond des enfers !

Acabris ! Acabras ! Acabram !
Fais-nous voyager par-dessus les montagnes !

cria de nouveau Baptiste. Et nous voilà repartis pour la Petite-Misère, en naviguant en l'air comme des renégats que nous étions tous.
En deux tours d'aviron, nous avions traversé le fleuve et nous étions chez Batisette Augé dont la maison était tout illuminée. On entendait les sons du violon et les éclats de rire des danseurs dont on voyait les ombres se trémousser à travers les vitres couvertes de givre. On cacha le canot et on courut vers la maison. Baptiste nous arrêta pour dire :
- Les amis, attention à vos paroles. Dansons mais... pas un verre de jamaïque ou de bière, vous m'entendez ? Et au premier signe, suivez-moi tous car il faudra repartir sans attirer l'attention.
Suite à nos coups sur la porte, le père Batisette lui-même vint ouvrir. On nous reçut à bras ouverts et nous fûmes assaillis de questions.
- D'où venez-vous ?
- N'êtes-vous pas dans les chantiers ?
Mais Baptiste Durand coupa court à ces discours en disant :
- Laissez-nous nous décapoter et puis, ensuite laissez-nous danser. Nous sommes venus exprès pour ça. Demain matin, nous répondrons à toutes vos questions.
Moi, je n'avais eu besoin que d'un coup d'oeil pour trouver ma Lise parmi les autres filles du canton. Elle se faisait courtiser par un nommé Boisjoli de Lanoraie mais je vis bien qu'elle m'avait vu. Elle m'accorda la prochaine danse avec le sourire, ce qui me fit oublier que j'avais risqué le salut de mon âme juste pour avoir le plaisir de me trémousser à ses côtés. Pendant deux heures de temps, une danse n'attendait pas l'autre et ce n'est pas pour me vanter si je vous dis qu'il n'y avait pas mon pareil à dix lieues à la ronde pour la gigue simple.
Mes camarades, de leur côté, s'amusaient comme des lurons. Du coin de l'oeil j'avais aperçu Baptiste s'envoyer des gobelets de whisky blanc dans le gosier mais je n'y avais pas prêté attention tant j'étais heureux de danser. Puis, quatre heures sonnèrent à la pendule. Il fallait partir.
Les uns après les autres, il fallut sortir de la maison sans attirer les regards ce qui se réalisa sans trop de mal. Mais rendus dehors, on s'aperçut que Baptiste Durand avait pris un coup de trop et qu'il était si soûl qu'il avait du mal à se tenir debout. On n'était pas rassurés car c'était lui qui gouvernait.
La lune était disparue et le ciel n'était pas aussi clair qu'auparavant. Ce n'est pas sans crainte que je pris ma place à l'avant du canot, bien décidé à avoir l'oeil sur la route que nous allions suivre. On lança la formule.

Acabris ! Acabras ! Acabram !
Fais-nous voyager par-dessus les montagnes !

Et nous revoilà partis à toute vitesse. Mais il devint évident que notre pilote n'avait plus la main aussi sùre, le canot décrivait des zigzags inquiétants. On frôla quelques clochers et enfin, l'un de nous cria à Baptiste :
- À droite ! Baptiste ! À droite, mon vieux ! tu vas nous envoyer chez le diable si tu ne gouvernes pas mieux que ça !
Et Baptiste fit tourner le canot vers la droite en mettant le cap sur Montréal que nous apercevions déjà dans le lointain. Le voyage fut très mouvementé à cause de Baptiste qui lançait des jurons et qui s'endormait mais on finit par apercevoir le long serpent blanc de la Gatineau. Il fallait piquer au nord vers le chantier.
Nous n'en étions plus qu'à quelques lieues, quand voilà-t-il pas que cet animal de Baptiste se leva tout droit dans le canot en lâchant un juron qui me fit frémir jusqu'à la racine des cheveux. Impossible de le maîtriser dans le canot sans courir le risque de tomber d'une hauteur de quatre-vingts mètres au moins. Il se mit à gesticuler en nous menaçant de son aviron et tout à coup, le canot heurta la tête d'un gros pin et nous voilà tous précipités en bas, dégringolant de branche en branche comme les perdrix que l'on trouve juchées dans les épinettes.
Je ne sais pas combien de temps je mis à descendre car je perdis connaissance avant d'arriver et mon dernier souvenir était celui d'un homme qui rêve qu'il tombe dans un puits sans fond.
Vers les huit heures du matin, je m'éveillai dans mon lit dans la cabane où m'avaient transporté des bûcherons qui nous avaient trouvés dans la neige. Personne n'était blessé mais on avait tous des écorchures sur les mains et la figure. Enfin, le principal c'est que le diable ne nous avait pas tous emportés et que nous étions sains et saufs.
Tout ce que je puis vous dire, mes amis, c'est que ce n'est pas si drôle qu'on le pense d'aller voir sa blonde en canot d'écorce, en plein coeur d'hiver, en courant la chasse-galerie. Surtout si vous avez un maudit ivrogne qui se mêle de gouverner. Si vous m'en croyez, vous attendrez à l'été prochain pour aller embrasser vos p'tits coeurs, sans courir le risque de voyager aux dépens du diable.
Surtout que, sachez-le, la Lise, eh ! bien... elle a fini par épouser le Boisjoli de Lanoraie, la bougresse !

mercredi 28 septembre 2016

Titange Louis Fréchette



Ca, c'est un vrai conte de Noël, si y en a un! dit le vieux Jean Bilodeau. Vous en auriez pas encore un à nous conter, Jos ? Vous avez le temps d'icitte à la messe de mênuit.
- C'est ça, encore un, père Jos! dit Phémie Boisvert. Vous en sauriez pas un sus la chasse-galerie, c'te machine dont vous venez de parler?
- Bravo! s'écria tout le monde à la ronde, un conte de Noël sur la chasse-galerie !
Jos Violon ne se faisait jamais prier.
- Ça y est, dit-il. Cric, crac, les enfants... Parli, parlo, parlons... Exétéra...
Et il était entré en matière :
C'était donc pour vous dire, les enfants, que, c't'année-là, j'avions pris un engagement pour aller travailler de la grand'hache, au service du vieux Dawson, qu'avait ouvert un chanquier à l'entrée de la rivière aux Rats, sus le Saint-Maurice, avec une bande de hurlots de Trois-Rivières, où c'qu'on avait mêlé tant seurement trois ou quatre chréquins de par en-bas.
Quoique les voyageurs de TroisRivières soient un set un peu roffe, comme vous verrez tout à l'heure, on passit pas encore un trop mauvais hiver, grâce à une avarie qu'arriva à un de nous autres, la veille de Noël au soir, et que je m'en vas vous raconter.
Comme pour équarrir, vous savez, y faut une grand'hache avec un piqueux, le boss m'avait accouplé avec une espèce de galvaudeux que les camarades appelaient - vous avez qu'à voir! - jamais autrement que Titange.
Titange! c'est pas là, vous allez me dire, un surbroquet ben commun dans les chantiers. J'sus avec vous autres; mais enfin c'était pas de ma faute, y s'appelait comme ça.
Comment c'que ce nom-là y était venu ?
Y tenait ça de sa mère... avec une paire d'oreilles, mes amis, quéraient pas manchotes, je vous le persuade. Deux vraies palettes d'avirons, sus vot' respèque!
Son père, Johnny Morissette, que j'avais connu dans le temps, était un homme de chantier un peu rare pour la solidité des fondations et, quoique d'un sang ben tranquille, un peu fier de son gabareau, comme on dit.
Imaginez la grimace que fit le pauvre homme quand, un beau printemps, en arrivant chez eux après son hivernement, sa femme vint y mettre sous le nez une espèce de coquecigrue qu'avait l'air d'un petit beignet sortant de la graisse, en disant : "Embrasse ton garçon! "
- C'est que ça? que fait Johnny Morissette qui manquit s'étouffer avec sa chique.
- Ça, c'est un petit ange que le bon Dieu nous a envoyé tandis que t'étais dans le bois.
- Un petit ange! que reprend le père. Eh ben, vrai là, j'crairais plutôt que c'est un commencement de bonhomme pour faire peur aux oiseaux!
Enfin, y fallait ben le prendre comme il était, c'pas; et Johnny Morissette, qu'aimait à charader, voyait jamais passer un camarade dans la rue sans y crier :
- T'entres pas voir mon p'tit ange ?
Ce qui fait, pour piquer au plus court, que tout le monde avait commencé par dire le p'tit ange à Johnny Morissette, et que, quand le bijou eut grandi, on avait fini par l'appeler Titange tout court.
Quand je dis " grandi ", faudrait pas vous mettre dans les ouïes, les enfants, que le jeune homme pût rien montrer en approchant du gabarit de son père. Ah! pour ça, non! Il était venu au monde avorton, et il était resté avorton. C'était un homme manqué, quoi! à l'exception des oreilles.
Et manquablement que ça le chicotait gros, parce que j'ai jamais vu dans toute ma vie de voyageur, ni sus les cages ni dans les bois, un petit tison d'homme pareil. C'était gros comme rien, et pour se reconsoler, je suppose, ça tempêtait, je vous mens pas, comme vingt-cinq chanquiers à lui tout seul.
À propos de toute comme à propos de rien, il avait toujours la hache au bout du bras et parlait rien que de tuer, d'assonuner, de massacrer, de vous arracher les boyaux et de vous ronger le nez.
Les ceusses qui le connaissaient pas le prenaient pour un démon, comme de raison, et le craignaient comme la peste; mais moi je savais ben qu'il était pas si dangereux que tout ça. Et pi, comme j'étais matché avec, c'pas, fallait ben le prendre en patience. Ce qui fait qu'on était restés assez bons amis, malgré son petit comportement.
On jasait même quèque fois sus l'ouvrage, sans perdre de temps, ben entendu.
Un bon matin - c'était justement la veille de Noël - le v'là qui s'arrête tout d'un coup de piquer et qui me fisque dret entre les deux yeux, comme quèqu'un qu'a quèque chose de ben suspèque à lâcher.
Je m'arrête étout moi, et pi j'le regarde.
- Père Jos! qu'y me dit en reluquant autour de lui.
- Quoi c'que y a, Titange ?
- Êtes-vous un homme secret, vous ?
- M'as-tu jamais vu bavasser? que je réponds.
- Non, mais je voudrais savoir si on peut se fier à votre indiscrétion.
- Dame, c'est selon, ça.
- Comment, c'est selon?
- C'est-à-dire que s'il s'agit pas de faire un mauvais coup...
- Y a pas de mauvais coup là-dedans ; y s'agit tant seurement d'aller faire un petit spree à soir chez le bom' Câlice Doucet de la banlieue.
- Queue banlieue ?
- La banlieue de Trois-Rivières, donc. C'est un beau joueur de violon que le bom' Câlice Doucet; et pi les aveilles de Noël, comme ça, y a toujours une trâlée de créatures qui se rassemblent là pour danser.
- Mais aller danser à la banlieue de Trois-Rivières à soir! Quatre-vingts lieues au travers des bois, sans chemins ni voitures... viens-tu fou? avons pas besoin de chemins ni de voitures.
-Comment ça? T'imagines-tu qu'on peut voyager comme des oiseaux ?
- On peut voyager ben mieux que des oiseaux, père Jos.
- Par-dessus les bois pi les montagnes ?
- Par-dessus n'importe quoi. -J'te comprends pas!
-Père Jos, qu'y dit en regardant encore tout autour de nous autres pour voir si j'étions ben seux, vous avez donc pas entendu parler de la chasse-galerie, vous ?
- Si fait.
- Eh ben ?
- Eh ben, t'as pas envie de courir la chasse-galerie, je suppose !
- Pourquoi pas? qu'y dit, on est pas des enfants.
Ma grand' conscience! en entendant ça, mes amis, j'eus une souleur. Je sentis, sus vot' resp'eque, comniu une haleine de chaleur qui m'aurait passé devant la physionomie. Je baraudais sur mes jambes et le manche de ma grand'hache me fortillait si tellement dans les mains que je manquis la ligne par deux fois de suite, c'qui m'était pas arrivé de l'automne.
- Mais, Titange, mon vieux, que je dis, t'as donc pas peur du bon Dieu ?
- Peur du bon Dieu! que dit le chéti en éclatant de rire. Il est pas par icitte, le bon Dieu. Vous savez pas qu'on l'a mis en cache à la chapelle des Forges? Par en-bas, je dis pas; mais dans les hauts, quand on a pris ses précautions, d'abord qu'on est ben avec le Diable, on est correct.
- Veux-tu te taire, réprouvé! que j'y dis.
- Voyons, faites donc pas l'habitant, père Jos, qu'y reprend. Tenez, je m'en vas vous raconter comment que ça se trime, c't'affaire-là.
Et pi, tout en piquant son plançon comme si de rien n'était, Titange se mit à me défiler tout le marmitage. Une invention du Démon, les enfants! Que j'en frémis encore rien que de vous répéter ça.
Faut vous dire que la ville de TroisRivières, mes petits coeurs, si c'est une grosse place pour les personnes dévotieuses, c'est ben aussi la place pour les celles qui le sont pas beaucoup. Je connais Sorel dans tous ses racoins; j'ai été au moins vingt fois à Bytown, "là où c'qu'y s'ramasse ben de la crasse", comme dit la chanson; eh ben, en fait de païens et de possédés sus tous les rapports, j'ai encore jamais rien vu pour bitter le faubourg des Quat'-Bâtons à Trois-Rivières. C'est, m'a dire comme on dit, hors du commun.
C'que ces flambeux-là sont capables de faire, écoutez : quand ils partent l'automne, pour aller faire chanquier sus le Saint-Maurice, ils sont ben trop vauriens pour aller à confesse avant de partir, c'pas; eh ben comme ils ont encore un petit brin de peur du bon Dieu, ils le mettent en cache, à ce qu'y disent.
Comment c'qu'y s'y prennent pour c't'opération-là, c'est c'que je m'en vas vous espliquer, les enfants - au moins d'après c'que Titange m'a raconté.
D'abord y se procurent une bouteille de rhum qu'a été remplie à mênuit, le Jour des morts, de la main gauche, par un homme la tête en bas. Ils la cachent comme y faut dans le canot et, rendus aux Forges, y font une estation. C'est là que se manigance le gros de la cérémonie.
La chapelle des Forges a un perron de bois, c'pas; eh ben, quand y fait ben noir, y a un des vacabonds qui lève une planche pendant qu'un autre vide la bouteille dans le trou en disant :
- Gloria patri, gloria patro, gloria patrum!
Et l'autre répond en remettant la planche, à sa place :
- Ceusses qu'ont rien pris en ont pas trop d'une bouteille de rhum.
- Après ça, que dit Titange, si on est correct avec Charlot, on a pas besoin d'avoir peur pour le reste de l'hivernement. Passé la Pointe-auxBaptêmes, y a pus de bon Dieu, y a pus de saints, y a pus rien! On peut se promener en chasse-galerie tous les soirs si on veut. Le canot file comme une poussière, à des centaines de pieds au-dessus de terre; et d'abord qu'on prononce pas le nom du Christ ni de la Vierge, et qu'on prend garde de s'accrocher sus les croix des églises, on va où c'qu'on veut dans le temps de le dire. On fait des centaines de lieues en criant : Jack!
- Et pi t'as envie de partir sus train-là à soir? que j'y dis.
- Oui, qu'y me répond.
- Et pis tu voudrais m'emmener?
- Exaltement. On est déjà cinq; si vous venez avec nous autres, ça fera six: juste, un à la pince, un au gouvernaü et deux rameurs de chaque côté. Ça peut pas mieux faire. J'ai pensé à vous, père Jos, parce que vous avez du bras, de l'oeil pi du spunk. Voyons, dites que oui, et j'allons avoir unfun bleu à soir.
- Et le saint jour de Noël encore ! Y penses-tu ? que je dis.
- Quins ! c'est rien que pour le fun; et le jour de Noël, c'est une journée de fun. La veille au soir surtout.
Comme vous devez ben le penser, les enfants, malgré que Jos Violon soye pas un servant de messe du premier limaro, rien que d'entendre parler de choses pareilles, ça me faisait grésiller la pelure comme une couenne de lard dans la poêle.
-Pourtant, faut vous dire que j'avais ben entendu parler de c't'invention de Satan qu'on appelle la chasse-galerie; que je l'avais même vue passer en plein jour commeje vous l'ai déjà dit, devant l'église de Saint-Jean-Deschaillons; et que je vous cacherai pas que j'étais un peu curieux de savoir comment c'que mes guerdins s'y prenaient pour faire manoeuvrer c'te machine infernale. Pour dire comme de vrai, j'avais prèsquement envie de voir ça de mes yeux.
- Eh ben, qu'en dites-vous, père Jos ? que fait Titange. Ça y est-y ?
- Ma frime, mon vieux, que je dis dit-il, je dis pas que non. T'es sûr que y a pas de danger?
- Pas plus de danger que sus la main; je réponds de toute!
- Eh ben, j'en serons, que je dis. Quand c'qu'on part?
- Aussitôt que le boss dormira, à neuf heures et demie au plus tard.
- Où ça ?
- Vous savez où c'qu'est le grand canot du boss ?
- Oui.
- Eh ben, c'est c'ty-là qu'on prend; soyez là à l'heure juste. Une demi-heure après, on sera cheux le bom' Câlice Doucet. Et pi, en avant le quick step, le double-double et les ailes de pigeon! Vous allez voir ça, père Jos, si on en dévide une rôdeuse de messe de mênuit, nous autres, les gens de Trois-Rivières...
Et en disant ça, l'insécrable se met à danser sus son plançon un pas d'harlapatte en se faisant claquer les talons, conune s'il avait déjà été dans le milieu de la place chez le bom' Câlice Doucet à faire sauter les petites créatures de la banlieue de Trois-Rivières.
Tant qu'à moi, ben loin d'avoir envie de danser, je me sentais grémir de peur.
Mais vous comprenez ben, les enfants, que j'avais mon plan.
Aussi, comme dit monsieur le Curé, je me fis pas attendre. À neuf heures et demie sharp, j'étais rendu avant les autres et j'eus le temps de coller en cachette une petite image de l'Enfant Jésus dret sour la pince du canot.
- Ça c'est plus fort que le Diable, que je dis en moi-même; et j'allons voir c'qui va se passer.
- Embarquons, embarquons vite! que dit Titange à demi haut à demi bas, en arrivant avec quatre autres garnements et en prenant sa place au gouvernail. Père Jos, vous avez de bons yeux, mettez-vous à la pince et tenez la bosse. Les autres, aux avirons! Personne a de scapulaire sus lui ?
- Non.
- Ni médailles ?
- Non.
- Ni rien de bénit, enfin ?
- Non, non, non !
- Bon! Vous êtes tous en place? Attention là, à c't'heure! et que tout le monde répète par derrière moi: " Satan, roi des Enfers, enlève-nous dans les airs! Par la vertu de Belzébuth, menénous dret au but! Acabris, acabras, acabram, fais-nous voyager par-dessus les montagnes!" Nagez, nagez, nagez fort... à c't'heure !
Mais j't'en fiche, on avait beau nager, le canot grouillait pas.
- Quoi c'que ça veut dire, ça, bout de crime? que fait Titange. Vous avez mal répété: recommençons !
Mais on eut beau recommencer, le canot restait là, le nez dans la neige, comme un corps sans âme.
-Mes serpents verts! que crie Titange en lâchant une bordée de sacres; y en a parmi vous autres qui trichent. Débarquez les uns après les autres, on voira ben.
Mais on eut beau débarquer les uns après les autres, pas d'affaires! la machine partait pas.
- Eh ben, j'y vas tout seul, mes calvaires! et que le gueulard du SaintMaurice fasse une fricassée de vos tripes! " Satan roi des Enfers... " Exétéra.
Mais il eut beau crier: "Fais-moi voyager par-dessus les montagnes", bernique! Le possédé était tant seurement pas fichu de voyager par-dessus une clôture.
Le canot était gelé raide.
Pour lorse, comme dit monsieur le curé, ce fut une tempête que les cheveux m'en redressent encore rien que d'y penser.
-Ma hache! ma hache! que criait Titange en s'égosillant comme un vrai nergumène. Je tue, j’ assomme, j'massacre! Ma hache !
Par malheur, y s'en trouvait ben, une de hache, dans le fond du canot.
Le malvat l'empoigne, et dret deboute sus une des tôtes, et ses oreilles de calèche dans le vent, y la fait tourner cinq ou six fois autour de sa tête, que c'en était effrayant. Y se connaissait pus !
C'était une vraie curiosité, les enfants, de voir ce petit maigrechigne qu'avait l'air d'un maringouin pommonique et pi qui faisait un sacacoua d'enfer, qu'on aurait dit une bande de bouledogues déchâinés.
Tout le chantier r'soudit, c'pas, et fut témoin de l'affaire.
C'est au canot qu'il en voulait, à c't'heure.
-Toi, qu'y dit, mon cierge bleu! J'ai recité les mots corrects; tu vas partir ou ben tu diras pourquoi !
Et en disant ça, y se lance avec sa hache pour démantibuler le devant du canot, là où c'qu'était ma petite image.
Bon sang de mon âme! on n'eut que le temps de jeter un cri.
La hache s'était accrochée d'une branche, avait fait deux tours en y échappant des mains et était venue retimber dret sus le bras étendu du malfaisant que la secousse avait fait glisser les quat' fers en l'air dans le fond du canot. Le pauvre diable avait les nerfs du poignet coupés net. Ce soir-là, à mênuit, tout le chantier se mit à genoux et dit le chapelet en l'honneur de l'Enfant-Jésus.
Plusse que ça, le jour de l'an au soir, y nous arrivit un bon vieux missionnaire dans le chanquier, et on se fit pas prier pour aller à confesse tout ce que j'en étions, c'est tout c'que j'ai à vous dire; Titange le premier.
Tout piteux d'avoir si mal réussi à mettre le bon Dieu en cache, y profitit même de l'occasion pour prendre le bord de Trois-Rivières, sans viser un seul instant, j'en signerais mon papier, à aller farauder les créatures cheux le bom' Câlice Doucet de la banlieue.
Une couple d'années après ça, en passant aux Forges du Saint-Maurice, j'aperçus, accroupi sus le perron de la chapelle, un pauvre quêteux qu'avait le poignet tout crochi et qui tendait la main avec des doigts encroustillés et racotillés sans comparaison comme un croxignole de Noël.
En m'approchant pour y donner un sou, je reconnus Titange à Johnny Morissette, mon ancien piqueux.
Et cric, crac, cra! Exétéra.

mardi 27 septembre 2016

La chasse-galerie JOCELYN BÉRUBÉ

Serge Brunoni | Galerie d' art Archambault
Ah, mes amis, la chasse-galerie, parlons-en. C’est une légende qui n’a pas fait couler beaucoup d’encre sur papier, mais qui a brassé beaucoup de salive dans la bouche des conteurs d’ici.

A travers les lueurs de la pleine lune, c’est vrai qu’on ne voit plus dans le ciel d’hiver ces fameux canots volants comme avant. Car il y avait des gens qui croyaient en apercevoir de temps en temps. Ça, mes amis, c’est une histoire qui commence dans un des ces anciens chantiers du nord. Un soir d’hiver comme tant d’autres. Des bûcherons dans leur camp s’ennuyaient de leurs familles, de leurs blondes. C’était pas comme aujourd’hui. Il n’y avait ni route ni autoroute à travers les bois et les fibres. Les gars montaient pour bûcher à l’automne, avant les glaces, par les rivières en canots, et ne redecendaient qu’au printemps, après la débâcle. La route, c’était l’eau, et quand elle était gelée, bien «c’était à l’eau». Tu ne pouvais plus voyager. Pas besoin de vous dire que les soirs d’hiver étaient longs et ennuyants. Pas mal plus que maintenant. Un de ces soirs d’ennuyance, donc, un bûcheron, le grand Baptise Beaufouet, a dit aux autres:

« On serait ben à soir, les gars, à fêter et danser chez nous au village. Il y a sûrement une veillée chez le père Bourret. Ah, si je pouvais donc y être avec ma blonde. Pour y conter fleurette, y donner un beau bec à pincettes. »
A côté du poêle à deux ponts il y avait le cook, le cuisinier qu’on surnommait Jos Grosse Fourchette parce qu’il n’était pas subtil trop trop dans ses fricots. Là, il écoutait sans dire un mot. Il ne faisait pas juste des bines et des fèves au lard du matin au soir. On le soupçonnait de faire aussi de la magie noire. Tout à coup, il leur dit dans le tuyau de l’oreille : « C’est bien simple, les gars, on va y aller en chasse-galerie. »

« Quoi!!! dirent-ils. En canot volant dans les airs, tu y penses pas, c’est interdit .»

« Oui, oui, répond-t-il, nous serons en bas avant minuit. Il faut juste pas prendre de boisson forte pendant le voyage, pas dire de jurons, éviter de frôler les croix des clochers d’églises et revenir en douce avant le lever du jour. »

« C’est OK, dit Baptiste Beaufouet. Il y a du diable là-dedans mais pour voir ma blonde, je suis prêt à n’importe quoi, surtout à 300 kilomètres de la maison. Vite, les gars ! tout le monde dans le canot. Enlevez vos scapulaires. On est le nombre pair, c’est ça qu’il faut .» Il faisait assez frette que la neige crissait sec. La Grosse Fourchette infernale s’installe en arrière comme gouvernail et leur demanda de prononcer avec lui la formule magique : « Acabri, Acabra, Acabragne, canot volant, fais-nous voyager par dessus les montagnes. » Et le canot file, file comme le vent. Ça allait aussi vite qu’une autoroute électronique. Ça surplombait les forêts noires. Les avirons avaient un peu l’air de balais de sorcières qui balayaient les poussières d’étoiles. Au loin, ils commençaient à voir les petites lumières comme des chandelles sur un gâteau de fête au crémage blanc. Ah, ça va fêter en grand. En un rien de temps, les voilà rendus chez le père Bourret, où il y avait une grosse veillée. Les bûcherons sont reçus comme des rois qu’on n'attendait pas. Beaufouet faisait des steppettes avec sa blonde. Grosse Fourchette jouait des cuillères. Ça veillait en vieux péché, je vous en passe un papier. Mais le temps passe dans le temps de le dire et avant le lever du jour, il faut filer en douce et remonter au camp.

« Acabri, Acabra, Acabragne, canot volant, fais-nous voyager par-dessus les montagnes. » Et file encore le canot comme le vent. Et les bûcherons ont rapporté du vin de caribou. Il faut attacher Baptiste Beaufouet qui est saoul dans le fond du canot, il commencait à gueuler trop. Tout-à-coup la peur les prend, car le canot s’en va en zigzaguant. Baptiste Beaufouet se défait de son bâillon et lâche un juron : « Saint sapin de vieilles si croches en poêle de diable couetté pis noyé dans l’eau bénite! » On va-tu y arriver, pis vite!

Le canot frappe une épinette blanche et les bûcherons dégringolent en bas comme des perdrix dans une neige en poudrerie. Heureusement pour les gars, les bancs de neige les ont reçus comme des matelas. Ils étaient pas trop loin du camp. Ils ont fait le reste du voyage à pied pour dégriser. Ils avaient des éraflures, des égratignures, des écorchures, des engelures, des boursouflures, mais pas de cassures.

Il se sont bien promis qu’ils ne courraient plus la chasse-galerie. Mais c’est vrai, mes amis, car de nos jours on n’entend plus personne raconter qu’ils ont aperçu un canot volant dans le frisquet de l’hiver. Peut-être qu’un jour quelqu’un racontera qu’il a cru voir dans un rayon de lune, au-dessus des grandes forêts coupées à blanc, un canot volant non identifié qui vient voir si malgré tout sur terre on sait encore s’amuser et faire la fête. On appellerait ce canot la chasse-galaxie. Et cric crac croc, sac à tamis, sac à tabac, tant pis pour ceux qui n’y croient pas, car mon histoire finit d’en par là.

Lexique
Blonde : jeune fille courtisée en vue du mariage
Cook : cuisinier
Bec en pincettes : Court baiser en serrant les joues
Fricot : repas de famille
Bines : haricots
Frette : grand froid d’hiver
Steppette : danse ou pas de danse qu’on fait seul

lundi 26 septembre 2016

MA CHASSE-GALERIE Marc Laberge




J’ai souvenir d'un matin, très tôt vers cinq heures... Je m’en souviens parce c'était le jour de mon anniversaire, je venais tout juste d'avoir neuf ans. Le claquement d'un rond m'a sorti de mon sommeil : dans la cuisine, quelqu'un allumait le poêle à bois.
Il faisait froid dans la maison, et dans mon lit, bien au chaud sous mes couvertures, je ne voulais pas me lever. Mais j'ai senti qu'il se préparait quelque chose en bas. Ça a piqué ma curiosité. Alors je me suis presque gelé les pieds en les posant sur le plancher, j'ai relevé le col de mon pyjama de flanelette que ma mère m avait fait et j'ai descendu l'escalier. Les marches craquaient, tellement il avait fait froid durant la nuit. On aurait dit que les clous se tordaient dans le bois.

Au bas de l'escalier, j'ai regardé par la fenêtre, il faisait encore noir, et même les étoiles avaient l'air gelées. Arrivé dans la cuisine j'ai aperçu mon père :

- Pa! Qu'est-ce que tu fais là, debout à cette heure-là ?

- J’vas aller faire un tour dans le bois, tendre des collets

On n'était pas bien riches chez nous, alors le samedi mon père allait dans le bois pour attraper des lièvres et des perdrix et qu'on ait un peu plus de quoi manger. Le pauvre homme travaillait fort et il gagnait tellement peu d'argent que ça prenait tout pour qu'il puisse nous envoyer à l'école. Mais ce matin là, tout fier de mes neuf ans accomplis, je me sentais plus mature que jamais et enfin prêt à accompagner mon père.

- Pa ! emmène-moi, j'aimerais ça aller avec toi.

- Non! Non! je t'amène pas. Il a fait froid sans bon sens, ça a gelé dur la nuit passée. Tu vois, j'ai rempli le poêle de bois pis je réussis même pas à réchauffer la maison. Je pars pour toute la journée, il va probablement neiger, je pourrai pas te porter, t'es trop grand maintenant. Non, non, reste ici, ta mère pis les autres vont se lever, vous allez déjeuner, si tu veux pas te recoucher, installe-toi au chaud à côté du poêle.

Il avait bien dit " t'es trop grand maintenant ", et ça résonnait dans ma tête comme si je venais de franchir un grand pas dans ma vie:

- Pa! je veux y aller, je veux aller avec toi. Envoye donc! T'en fais pas, j'vas te suivre partout! T'auras pas besoin de m'attendre ni de m'porter.

Bien important que je dise ça parce que, lui, quand il allait dans le bois, il marchait pendant des heures. Il faisait des petits pas courts, mais rapides. Il se déplaçait vite d'un endroit à l'autre, comme un écureuil.

- Promis? tu vas me suivre, pis tu brailleras pas pour revenir?

- Promis!

- OK d'abord. Habille-toi comme il faut, pis prends-toi quelque chose à manger.

Nous sommes donc partis ensemble. Pour la première fois, mon père consentait à m'emmener avec lui pour toute une journée dans le bois. Quelle journée extraordinaire, on s'enfonçait dans les forêts et on ne rencontrait personne. A un moment donné, il s'approchait d'une talle d'arbres - pourquoi celle-là plutôt qu'une autre, je ne sais pas - et il se mettait à marmonner, à dire des paroles que je ne distinguais pas. On aurait dit qu'il parlait aux bêtes, et moi je suis certain que les bêtes comprenaient ce qu'il disait.

Ensuite, il se penchait, cassait trois ou quatre petites branches pour suggérer un passage au lièvre, et finalement attachait un fil de laiton à un petit arbre. Il savait très bien trapper parce qu'il l'avait appris de son père. Silencieux à ses côtés, j'observais sa façon d'installer les collets. J'aimais ça le regarder faire. Mais quand on est petit, on ne se rend pas compte que ces moments-là vont nous habiter toute notre vie.

J’aimais être seul avec mon père. Il travaillait silencieusement, consciencieusement. Il était constamment à l'écoute de la nature et des animaux. Il ne parlait pas beaucoup, mais à un moment donné il m'a dit :

- Tu vois l'arbre, là-bas ? Alors regarde bien ça, le lièvre va arriver par là en courant à toute vitesse, y va déraper un peu en tournant le coin, pis en sautant par-dessus cett'roche-là, y va s'en venir direct dans le collet.

Je savais que mon père était meilleur que tous les autres et qu'il ne disait que la vérité. Alors moi, tout fier comme un petit gars de neuf ans qui se sent consulté, je suis parti, les deux mains dans les poches, et j'ai examiné le plus sérieusement du monde ce qu'il venait de me dire. Je suis allé voir s'il y avait assez de place pour que le lièvre puisse passer derrière l'arbre et si la roche n'était pas trop haute pour que le lièvre puisse sauter par-dessus... j'ai regardé l'alignement avec le collet et je lui ai répondu:

- Ouais! Ça a du bon sens, pour moi c'est ça qui va arriver.

Le midi on s'est arrêtés pour manger. Assis sur une bûche, on a avalé un sandwich sans prendre trop de temps, parce qu'après avoir eu chaud en marchant on risquait de se refroidir rapidement. En buvant sa tasse de thé coupé avec du lait, mon père, pour la première fois, s'est mis à me raconter une histoire qu'il avait vécue quand il avait mon âge :

- Chez nous, c'était moi le plus vieux des gars, pis papa y avait besoin d'aide sur la terre. Tout seul, il ne pouvait pas ramasser et en même temps faire bouillir l'eau d'érable, alors il m'a sorti de l'école en troisième année pour que j'aille l'aider. Ça m'arrangeait, j'aimais pas ça l'école, j'avais bien plus que les hâte de faire la même chose que les hommes que de faire mes devoirs. Donc, un beau jour, il m'embarque avec lui, dans le traîneau attelé à la jument, la Bellestée. Je m’en souviendrai toujours, on a remonté les champs jusqu'au bout, on est rentrés dans le bois, ça m’a bien frappé d'aller jusqu'à la cabane à sucre, au fond de la terre, j'ai eu l’impression d’arriver au bout du monde. Mais la noirceur de la nuit m'a terrifié, j'avais une peur " du maudit ", je braillais sans arrêt, inconsolable. Pâpâ a dû ratteler la jument pour me redescendre à la maison dans la grosse noirceur. Il suivait le chemin de bois du mieux qu'y pouvait avec son petit fanal à huile, et même la Bellestée avait l'air de mauvaise humeur. Mes cousins et mes amis ont tellement ri de moi que la semaine d'après, j'y suis retourné, bien décidé de ne plus avoir peur de rien.

Écouter mon père me raconter des histoires me fascinait. je m’imaginais à sa place. Cest toujours curieux de penser que nos parents ont déjà été jeunes.

La journée avançait, on est repartis en continuant notre tournée des collets. Fait impressionnant, on prenait encore du gibier. À la fin de la journée, on a rebroussé chemin, contents, avec nos quatre lièvres et nos six perdrix. On avait hâte d'arriver pour montrer nos prises à la famille.

Soudain au retour on a aperçu, à travers les arbres, une ouverture qui formait comme un sentier. On a parfois cette impression-là, à l'automne quand les feuilles sont tombées. Mon père, étonné de n'avoir jamais remarqué ce passage auparavant, décida, malgré la " noirté proche " comme il avait l'habitude de dire, de s'aventurer dans cette direction, espérant découvrir un nouveau territoire giboyeux. Même si j'avais pas encore rechigné, je commençais à être plutôt fatigué de ma journée, mais j'ai dû suivre, j'avais promis.

On a avancé dans le sentier, il y avait beaucoup de fardoches, le sous-bois était encombré, fallait lever haut les jambes, S'arracher aux broussailles et se servir de nos bras pour se frayer un passage. Après un certain temps, on se doutait bien qu'il y avait quelque chose plus loin mais on savait pas quoi. Même mon père, avec toute son expérience des bois, ne comprenait pas. On a continué. Et là j'ai cru percevoir une vibration au loin, comme si des truites avaient sauté au-dessus de l'eau. C'était impossible, je- le savais. À l'automne, les truites ne sautent plus, elles frayent. Plus ça allait, moins on comprenait.

Mais tout à coup le tableau est apparu. Incroyable! on n'en revenait pas... on n'avait jamais vu quelque chose de semblable. Il y avait là un petit lac gelé avec environ deux cents à deux cent cinquante canards, les pattes prises dans la glace. Une chose comme celle-là est tout à fait exceptionnelle, ça n’arrive que rarement, quand les canards se posent, tard, le soir, sur un lac, et que durant la nuit il y a une baisse très brusque de température. La glace se forme, et le lendemain les canards ne peuvent plus décoller.

Imaginez ces pauvres oiseaux affolés qui battaient des ailes pour essayer de déprendre leurs pattes emprisonnées.

Quand mon père a vu ça, il a sorti sa petite hache, a sauté sur le lac gelé et a commencé à casser la glace. Quant à moi, je restais sur le bord, sans bouger, paralysé :

- Mais qu'est-ce que tu fais là, pa?

- Prends ton couteau, pis casse la glace de l'aut'bord.

Alors je me suis mis à briser la glace de toutes mes forces en faisant le tour du lac. Rendus à l'autre bout, il ne nous restait qu'un peu de glace à casser, mon père m’a arrêté et m'a dit :

- Tire-toi au milieu!

- Quoi?

- Tire-toi au milieu, pis pose pas de questions, envoye!

Avec toutes les précautions du monde, conscient du danger que cela représentait, mon père a fini de casser la glace, puis il m'a rejoint au centre. Si vous aviez vu la scène! Les canards affolés battaient des ailes dans un fracas épouvantable. La plaque de glace sur laquelle on se trouvait s'est mise à vibrer comme si elle allait éclater en mille morceaux. Les bords ont commencé à lever et presque aussitôt la plaque s'est soulevée d'un coup. Je n'y comprenais rien, je croyais devenir fou. Ca se pouvait pas! Mais je vous le jure, on montait dans les airs. À une certaine hauteur, on est partis sur le côté, et heureusement qu'on a seulement frôlé la tête des arbres, sinon, un rien de plus et on s'écrasait avec les canards. Mais non ! on a continué à lever!

Les canards ont soudain arrêté de monter. Dans les airs, on pouvait voir au travers de la plaque, comme par une fenêtre. C'était fabuleux! Quelques têtes d'épinettes noires dépassaient au-dessus des autres et semblaient se disputer les derniers rayons du soleil. Tout à coup, j'ai aperçu un orignal... En nous voyant il a semblé tellement effrayé qu'il a déguerpi à vive allure. Fauchant tous les arbres devant lui, il traçait dans le bois un sentier semblable à une petite ligne électrique.

Occupés à regarder défiler le paysage sous nos pieds, nous avons été surpris par des " Ouwoat, ouwoatwat. " Tout près de nous passait un magnifique " voilier " d'outardes, comme on dit par ici. Vous savez, ces grands oiseaux aux plumes violettes qui vont passer l'hiver sous des cieux plus cléments et qui battent des ailes si doucement qu'on se demande comment ils font pour se tenir dans les airs.

Les outardes s'éloignaient, puis subitement on n'a plus rien vu. Tout s'est comme évanoui autour de nous. Je ne me sentais pas trop brave, mais la présence de mon père me rassurait. Et soudainement tout est redevenu comme avant! C'est en jetant un coup d'oeil derrière que j'ai tout compris! Savez-vous ce qu'il y avait là ? Un nuage! On venait de traverser un nuage.

Le nuage, le vent, le soleil, tout s'y mettait... pour faire fondre la plaque ! Et à mesure qu'elle fondait, les canards se dégageaient, deux ou trois d'un côté, trois ou quatre de l'autre. En me retournant, j'en ai même vu une quinzaine se libérer et ils ont déguerpi ! Il y en avait de moins en moins pour nous faire voler, et après tout des canards c’est tout petit, on ne peut pas trop leur en demander. La plaque allait donc d'un côté et de l'autre. On commençait à se poser des questions... quand tout à coup on a aperçu notre maison au loin.

- Pourvu qu'on se rende ! a marmonné mon père.

La glace fondait toujours... et la plaque descendait, descendait de plus en plus vite... on a fait un atterrissage en catastrophe dans le jardin derrière la maison! Heureusement on avait labouré la veille, mais même dans la terre molle la plaque s'est fracassée, et les derniers canards se sont tous envolés, enfin libres.

Mon père et moi avons fait chacun quatre ou cinq tours à même le sol avant de pouvoir nous relever sains et saufs, avec de la terre plein les poches et dans le creux des oreilles. Après nous être secoués et avoir ramassé nos lièvres et nos perdrix, nous avons rejoint ma mère dans la maison et nous avons préparé tous ensemble un beau grand souper. Il y avait abondamment à manger et nous avons raconté notre histoire. Quand nous avions fini, il fallait recommencer...

J'ai compris, depuis, que cette aventure a été la source de mes plus beaux souvenirs, et après il a toujours fallu que je retourne dans le bois et que je raconte des histoires.