samedi 7 février 2026

La métalepse

 


LA MÉTALEPSE

1. Définition

La métalepse est une figure de style qui consiste à substituer la cause à l'effet, ou l'inverse, ou à intervertir le narrateur et le personnage, le moment de l'énonciation et le moment de l'énoncé. Elle crée une transgression des niveaux de réalité et une confusion intentionnelle.

2. Histoire

Apparue dans la rhétorique grecque et latine, la métalepse était d'abord une figure d'atténuation. C'est au XXe siècle, avec l'étude des récits (narratologie), qu'elle a pris une importance capitale pour désigner les franchissements des frontières narratives, devenant un procédé courant dans la littérature fantastique et post-moderne.

3. Figures proches

  • La Métonymie : La métalepse peut s'apparenter à une métonymie de la cause pour l'effet (ou inversement), mais elle va plus loin en créant un véritable mélange de niveaux logiques ou narratifs.

  • L'Hypallage : Si l'hypallage déplace une qualité, la métalepse déplace un événement ou un rôle.

  • La Mise en abyme : Comme la métalepse, elle joue avec la structure narrative, mais la mise en abyme est une inclusion, tandis que la métalepse est un franchissement.

4. Fonctions et effets

  • L'Effet comique ou fantastique : Elle peut créer un décalage amusant ou, au contraire, une étrangeté perturbante, en brouillant la distinction entre la fiction et la réalité.

  • La Réflexion sur la narration : Elle attire l'attention sur le processus même de la création et de la lecture.

  • La Mise en question de la réalité : Elle invite le lecteur à s'interroger sur les frontières du réel et de l'imaginaire.

5. Stylistique

La métalepse opère une "intrusion" : un élément d'un niveau (par exemple, le narrateur) intervient dans un autre niveau (le monde des personnages). Elle se manifeste souvent par des expressions qui brisent l'illusion narrative, ou par la substitution d'un événement par sa conséquence.

6. Exemples célèbres

  • « Le vent du soir me fit un si beau chant que je m'endormis. » (Le chant du vent est la cause du sommeil, mais ici le verbe "faire" attribue au vent une intention humaine).

  • « Et le lecteur s'enfonça dans la forêt où l'attendait le loup. » (Le lecteur, hors de la fiction, est invité dans la fiction).

  • « Il écrivit toute la nuit, le jour se leva. » (On passe de l'action d'écrire à l'effet du temps qui passe, sans lien grammatical explicite).

  • Dans La Grotte de Jean Anouilh, l'auteur dialogue avec ses personnages, brisant le quatrième mur.

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