lundi 16 février 2026

Citation de la semaine 8

 


Faites ce qui vous convient, car il y aura toujours quelqu'un qui ne sera pas d'accord.

Michelle Obama

dimanche 15 février 2026

La tautologie

 


LA TAUTOLOGIE

1. Définition

La tautologie est une figure de style qui consiste à définir un concept par lui-même ou à répéter une idée déjà exprimée dans la même proposition, sans apporter d'information nouvelle. En logique, c'est une proposition qui est toujours vraie par sa propre structure.

2. Histoire

Longtemps considérée comme un défaut de langage (une maladresse), la tautologie a été réhabilitée par la rhétorique et la philosophie. Elle sert à affirmer une identité immuable ou une fatalité. C’est la figure du « c’est ainsi ».

3. Figures proches

  • Le Pléonasme : Très proche, mais le pléonasme ajoute souvent un mot inutile pour renforcer une idée (ex: "monter en haut"), alors que la tautologie répète le terme ou l'idée de façon circulaire.

  • Le Truisme (ou Lapalissade) : Une vérité si évidente qu'elle en devient ridicule (ex: "un quart d'heure avant sa mort, il était encore en vie").

  • Le Polyptote : Joue sur les formes grammaticales du même mot, là où la tautologie reste souvent sur une identité de sens.

4. Fonctions et effets

  • L'Affirmation de l'Évidence : Elle clôt toute discussion par une vérité incontestable.

  • Le Caractère Inéluctable : Elle souligne que les choses sont ce qu'elles sont et ne peuvent changer.

  • L'Humour ou l'Ironie : Elle peut servir à souligner la vacuité d'un discours.

5. Stylistique

La tautologie utilise souvent la structure "A est A". C'est une figure de la clôture et de la stabilité. Elle donne une impression de force tranquille ou, au contraire, d'enfermement mental.

6. Exemples célèbres

  • « La guerre, c'est la guerre. »

  • « Quand on n'a plus rien, on n'a plus rien. »

  • « Je suis ce que je suis. »

  • « Une femme est une femme. » — Jean-Luc Godard (titre de film).

samedi 14 février 2026

La synesthésie

 


LA SYNESTHÉSIE

1. Définition

La synesthésie est une figure de style qui consiste à associer des sensations relevant de domaines sensoriels différents (la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le goût) dans une même expression. C'est un mélange des sens.

2. Histoire

Bien que pratiquée depuis l'Antiquité, elle devient une figure majeure au XIXe siècle avec les poètes symbolistes (Baudelaire, Rimbaud). Ils y voyaient un moyen de découvrir les "correspondances" cachées de l'univers et d'exprimer une perception plus profonde de la réalité.

3. Figures proches

  • La Métaphore : La synesthésie est souvent une forme de métaphore sensorielle (ex: "un son chaud").

  • L'Épithète : Elle utilise souvent des adjectifs sensoriels déplacés pour créer l'effet.

  • L'Hypallage : Attribue à un mot ce qui convient à un autre, ce qui arrive souvent lors d'un mélange sensoriel.

4. Fonctions et effets

  • L'Évocation Poétique : Elle crée des images riches et surprenantes qui marquent l'imaginaire.

  • L'Intensité Sensorielle : Elle permet de rendre une description plus immersive en sollicitant plusieurs sens à la fois.

  • L'Expression de l'Invisible : Elle aide à traduire des états d'âme complexes ou des atmosphères mystiques.

5. Stylistique

La synesthésie bouscule la logique rationnelle pour privilégier la sensation pure. Elle est le langage de l'impressionnisme littéraire. On la reconnaît par l'union de termes qui, logiquement, ne s'accordent pas (ex: une couleur qui "résonne").

6. Exemples célèbres

  • « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » — Baudelaire, Correspondances.

  • « Une odeur verte de forêt. »

  • « Des sons qui brillent dans la nuit. »

  • « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles... » — Rimbaud, Voyelles.

vendredi 13 février 2026

La répétition

 


LA RÉPÉTITION

1. Définition

La répétition est une figure de style qui consiste à reprendre un même mot ou un même groupe de mots plusieurs fois dans une phrase, un paragraphe ou un texte, sans que cela soit forcément en début ou en fin de phrase.

2. Histoire

C'est une des figures les plus anciennes et les plus instinctives du langage, présente dans les chants, les incantations, les discours politiques. Elle est l'outil premier de la mémorisation et de l'insistance, très utilisée dans l'éloquence sacrée et la poésie lyrique.

3. Figures proches

  • L’Anaphore : Répétition d'un mot ou groupe de mots en début de phrases, de vers ou de propositions successives. C'est une forme spécifique de répétition.

  • L'Épiphore : Répétition d'un mot ou groupe de mots en fin de phrases, de vers ou de propositions successives.

  • Le Pléonasme : Répète une idée déjà exprimée pour renforcer le sens (ex: "monter en haut"), mais avec des mots différents. La répétition utilise le même mot.

  • Le Parallélisme : Répète une structure syntaxique, pas nécessairement les mêmes mots.

4. Fonctions et effets

  • L'Insistance : Renforce une idée, un sentiment, une émotion.

  • La Persuasion : Marque les esprits et facilite la mémorisation du message.

  • L'Intensité : Crée un rythme, une cadence, et peut exprimer l'obsession, l'urgence ou la passion.

  • La Musique du texte : Contribue à la mélodie et à la sonorité d'un poème ou d'une prose.

5. Stylistique

La répétition peut être simple et directe, ou plus subtile, répartie à travers un texte. Sa puissance réside dans sa capacité à ancrer une idée dans l'esprit du lecteur ou de l'auditeur. Elle peut traduire l'hypnose, la mélancolie, la colère ou la joie.

6. Exemples célèbres

  • « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » — Pascal. (Répétition du mot "raison")

  • « Paris ! Paris ! à six jours de Paris ! » — Victor Hugo, Les Misérables. (Répétition du nom de la ville)

  • « Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, que le monde est grand ! » — Alfred de Musset. (Répétition pour l'intensité et l'exclamation)

  • « Rien ne l'arrête, rien ne l'étonne, rien ne l'effraie. » (On est ici proche de l'anaphore, mais la répétition est le terme générique.)

jeudi 12 février 2026

La prosopopée

 


LA PROSOPOPÉE

1. Définition

La prosopopée est une figure de style qui consiste à faire parler et agir une personne absente, un mort, un animal, une chose inanimée ou même une abstraction (comme la Mort, la Patrie, la Justice). Elle va plus loin que la simple personnification en donnant une voix directe au sujet.

2. Histoire

Grande favorite des orateurs de l'Antiquité, elle servait à rendre les discours poignants (faire parler la veuve d'un soldat ou la cité de Rome). Au XVIIe siècle, Bossuet ou Pascal l'utilisaient pour donner une dimension divine ou terrifiante à leurs écrits.

3. Figures proches

  • La Personnification : Elle attribue des traits humains (des bras, des sentiments), mais la prosopopée, elle, donne la parole (le discours).

  • L’Allégorie : Elle représente une idée abstraite par un être vivant, souvent à travers une prosopopée (ex : la Justice qui s'exprime).

  • L’Hypallage : Déplace un adjectif, tandis que la prosopopée déplace toute une conscience humaine.

4. Fonctions et effets

  • Le Pathétique et l'Émotion : Entendre un objet ou un mort parler crée un choc émotionnel fort.

  • Le Sacré ou le Fantastique : Elle donne un caractère surnaturel au texte.

  • La Prise de conscience : En faisant parler la Nature ou le Temps, l'auteur donne une leçon morale plus frappante.

5. Stylistique

La prosopopée est souvent introduite par des verbes de parole ou des guillemets. C'est une figure de "théâtralisation" : le texte devient une scène où l'impossible prend vie.

6. Exemples célèbres

  • « Écoutez ! Je suis la Mort, je viens vous chercher... »

  • « Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre... » — Baudelaire, La Beauté (La Beauté elle-même prend la parole).

  • Le célèbre passage où la Loi s'adresse à Socrate dans le Criton de Platon.

  • « Qu'as-tu fait de ta jeunesse ? » — (La voix du remords ou du passé qui interroge).

mercredi 11 février 2026

La prolepse

 


LA PROLEPSE

1. Définition

La prolepse est une figure de style qui consiste à anticiper. Elle existe sous deux formes principales :

  • En rhétorique : On prévient une objection en y répondant d'avance (comme illustré sur notre visuel : « On m'objectera que... mais je réponds que... »).

  • En narration (narratologie) : C'est un saut en avant dans l'intrigue (un "flash-forward") qui raconte un événement qui se passera plus tard.

2. Histoire

Issue de la rhétorique grecque, la prolepse était l'arme favorite des orateurs pour désarmer l'adversaire avant même qu'il ne prenne la parole. En littérature, elle est devenue un moteur de suspense ou de fatalité, annonçant souvent une fin tragique dès les premières pages.

3. Figures proches

  • L'Analepse : C'est l'inverse exact (le "flash-back"). On revient en arrière dans le récit.

  • L'Hypothèse : Elle envisage un futur possible, alors que la prolepse narrative raconte un futur certain.

  • La Prétérition : On affirme qu'on ne va pas parler d'une chose, mais on le fait quand même.

4. Fonctions et effets

  • L'Autorité : En rhétorique, elle donne l'impression que l'orateur maîtrise parfaitement son sujet et les arguments de l'autre.

  • Le Suspense ou la Fatalité : En annonçant la fin (ex: la mort d'un héros), elle déplace l'intérêt du lecteur du "quoi" vers le "comment".

  • L'Organisation : Elle permet de lier logiquement des événements éloignés dans le temps.

5. Stylistique

La prolepse brise la linéarité. Elle crée un sentiment de destin inéluctable ou une structure argumentative solide. C'est la figure de la "vision du futur".

6. Exemples célèbres

  • Rhétorique : « Je sais ce que vous allez me dire : que le projet est coûteux. Certes, mais il est nécessaire. »

  • Littérature : « Bien des années plus tard, devant le peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi... » — Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude.

  • « Dans deux heures, il serait mort, et il le savait. »

mardi 10 février 2026

Le polyptote

 


LE POLYPTOTE

1. Définition

Le polyptote est une figure de style qui consiste à utiliser plusieurs formes grammaticales d'un même mot (nom, verbe, adjectif, etc.) ou à répéter un verbe sous différentes conjugaisons dans une même phrase ou un même passage.

2. Histoire

C'est une figure très ancienne, pilier de la rhétorique classique. Elle était utilisée pour marteler une idée sans pour autant paraître répétitif, grâce à la variation des terminaisons. Les poètes baroques et classiques l'affectionnaient pour exprimer les tourments de l'esprit ou la fatalité.

3. Figures proches

  • La Dérivatio : Très proche, elle consiste à employer des mots ayant la même racine (ex: marché et marchand).

  • L’Anaphore : Répète le même mot en début de phrase, alors que le polyptote change la forme du mot.

  • La Paronomase : Joue sur des mots aux sonorités proches mais aux sens différents, tandis que le polyptote garde le même sens racine.

4. Fonctions et effets

  • L’Insistance : Elle permet de souligner une obsession ou un thème central de manière omniprésente.

  • La Cohérence : Elle lie les différentes parties d'une pensée par un fil conducteur lexical.

  • Le Rythme : Elle crée une harmonie sonore par la répétition de la racine.

5. Stylistique

Le polyptote joue sur la flexibilité de la langue. C'est une figure de la variation dans la continuité. Elle montre un mot sous toutes ses coutures, le faisant passer du sujet à l'action, de l'action à l'état.

6. Exemples célèbres

  • « Rome vous craindra-t-elle, si vous ne craignez Rome ? » — Racine (ici par changement de fonction grammaticale).

  • « Tel est pris qui croyait prendre. » — La Fontaine.

  • « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie. » — Louise Labé (Polyptote de conjugaison).

  • « Et l'onction de l'oint... » — Bossuet.

lundi 9 février 2026

Citation de la semaine 7

 


La nature est pleine d'enseignements, ouvrez grands les yeux, et elle vous instruira.

Félicité Robert de Lamennais

Photo - Perito Moreno Argentine 1 mars 2020

dimanche 8 février 2026

L'onomatopée

 


L’ONOMATOPÉE

1. Définition

L'onomatopée est une figure de style qui consiste à créer un mot dont la sonorité imite le bruit naturel ou l'objet qu'il désigne. C'est un signe linguistique dont la forme sonore rappelle le référent (le son réel).

2. Histoire

Présente dans toutes les langues depuis l'origine de l'humanité, elle est la forme la plus "primitive" et immédiate du langage. En littérature française, elle a été anoblie par les poètes qui cherchaient à rendre leurs descriptions plus vivantes, puis elle est devenue l'un des piliers de la bande dessinée au XXe siècle.

3. Figures proches

  • L’Allitération : Elle répète des consonnes pour suggérer un bruit (ex: le "s" pour le sifflement), sans pour autant créer un mot-cri comme l'onomatopée.

  • L’Harmonie imitative : C'est un ensemble de sonorités dans un vers ou une phrase qui évoque un bruit, sans forcément utiliser d'onomatopées pures.

  • L'Interjection : Un cri qui exprime une émotion (Ah ! Oh !), alors que l'onomatopée imite un bruit extérieur (Vlan ! Plouf !).

4. Fonctions et effets

  • L'Animation : Elle rend le récit dynamique et vivant, presque sonore.

  • Le Réalisme : Elle permet de plonger le lecteur dans une ambiance concrète (le crépitement du feu, le tic-tac d'une horloge).

  • La Brièveté : Elle remplace souvent une longue description par un son unique et percutant.

5. Stylistique

L'onomatopée est souvent utilisée comme une ponctuation ou une rupture dans le rythme de la phrase. Elle peut être intégrée grammaticalement (ex: "le frou-frou des robes") ou jetée de manière isolée pour marquer une action soudaine. C'est la figure de l'immédiateté.

6. Exemples célèbres

  • « Tac-tac-tac-tac... c'était la mitrailleuse. »

  • « Un petit glou-glou de bouteille qu'on vide. »

  • « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » — Racine (Ici, l'allitération en "s" tend vers l'onomatopée pour imiter le sifflement).

  • « Cric, crac, les sabots de bois sur les pavés. »

samedi 7 février 2026

La métalepse

 


LA MÉTALEPSE

1. Définition

La métalepse est une figure de style qui consiste à substituer la cause à l'effet, ou l'inverse, ou à intervertir le narrateur et le personnage, le moment de l'énonciation et le moment de l'énoncé. Elle crée une transgression des niveaux de réalité et une confusion intentionnelle.

2. Histoire

Apparue dans la rhétorique grecque et latine, la métalepse était d'abord une figure d'atténuation. C'est au XXe siècle, avec l'étude des récits (narratologie), qu'elle a pris une importance capitale pour désigner les franchissements des frontières narratives, devenant un procédé courant dans la littérature fantastique et post-moderne.

3. Figures proches

  • La Métonymie : La métalepse peut s'apparenter à une métonymie de la cause pour l'effet (ou inversement), mais elle va plus loin en créant un véritable mélange de niveaux logiques ou narratifs.

  • L'Hypallage : Si l'hypallage déplace une qualité, la métalepse déplace un événement ou un rôle.

  • La Mise en abyme : Comme la métalepse, elle joue avec la structure narrative, mais la mise en abyme est une inclusion, tandis que la métalepse est un franchissement.

4. Fonctions et effets

  • L'Effet comique ou fantastique : Elle peut créer un décalage amusant ou, au contraire, une étrangeté perturbante, en brouillant la distinction entre la fiction et la réalité.

  • La Réflexion sur la narration : Elle attire l'attention sur le processus même de la création et de la lecture.

  • La Mise en question de la réalité : Elle invite le lecteur à s'interroger sur les frontières du réel et de l'imaginaire.

5. Stylistique

La métalepse opère une "intrusion" : un élément d'un niveau (par exemple, le narrateur) intervient dans un autre niveau (le monde des personnages). Elle se manifeste souvent par des expressions qui brisent l'illusion narrative, ou par la substitution d'un événement par sa conséquence.

6. Exemples célèbres

  • « Le vent du soir me fit un si beau chant que je m'endormis. » (Le chant du vent est la cause du sommeil, mais ici le verbe "faire" attribue au vent une intention humaine).

  • « Et le lecteur s'enfonça dans la forêt où l'attendait le loup. » (Le lecteur, hors de la fiction, est invité dans la fiction).

  • « Il écrivit toute la nuit, le jour se leva. » (On passe de l'action d'écrire à l'effet du temps qui passe, sans lien grammatical explicite).

  • Dans La Grotte de Jean Anouilh, l'auteur dialogue avec ses personnages, brisant le quatrième mur.

vendredi 6 février 2026

L'hypallage

 


L’HYPALLAGE

1. Définition

L’hypallage est une figure de style qui consiste à attribuer à un mot d'une phrase ce qui conviendrait logiquement à un autre mot de cette même phrase. Le plus souvent, il s'agit d'un adjectif que l'on déplace d'un nom concret vers un nom voisin (souvent un objet), créant ainsi une image inhabituelle.

2. Histoire

Très prisée par les poètes latins (comme Virgile), l'hypallage a été redécouverte et magnifiée par les poètes français, notamment Baudelaire et les Symbolistes. Elle permet d'infuser des sentiments humains dans les objets inanimés, créant une atmosphère onirique.

3. Figures proches

  • La Personnification : L'hypallage est souvent une forme de personnification, mais elle repose spécifiquement sur un transfert grammatical d'adjectif.

  • La Métonymie : Elles partagent le principe du lien logique (on remplace un élément par un autre proche), mais l'hypallage joue sur la qualification.

  • Le Transfert d'épithète : C'est le nom technique moderne de la forme la plus courante d'hypallage.

4. Fonctions et effets

  • L'Atmosphère : Elle crée une ambiance où le décor semble imprégné de l'émotion des personnages.

  • La Poésie : Elle rompt avec la logique banale pour offrir une vision plus sensitive et subjective du monde.

  • La Surprise : Elle force le lecteur à s'arrêter pour rétablir mentalement le lien logique.

5. Stylistique

L'hypallage fonctionne comme un "glissement". C'est une figure de la confusion organisée. Sur le plan grammatical, tout est correct, mais sur le plan sémantique, il y a un décalage qui rend l'expression mémorable et imagée.

6. Exemples célèbres

  • « Ce marchand accoudé sur son comptoir avide. » — Victor Hugo (C'est le marchand qui est avide, pas le comptoir).

  • « Les habitants de ces campagnes aventureuses. » — (Ce sont les habitants qui sont aventureux, pas les campagnes).

  • « Je suis d'un pas rêveur le soleil solitaire. » — Lamartine (C'est le poète qui est solitaire et rêveur).

  • « Rendre le fer jaloux à sa flamme asservi. » — Racine.

jeudi 5 février 2026

L'hendiadys

 


L’HENDIADYS

1. Définition

L'hendiadys (ou hendiadis) est une figure de style qui consiste à exprimer une idée unique au moyen de deux noms coordonnés par une conjonction (souvent « et »), au lieu d'utiliser un nom et son complément ou un adjectif. Au lieu de dire « le temple sacré », on dira « le temple et la religion ».

2. Histoire

Son nom vient du grec hen dia duoin qui signifie littéralement « un par deux ». Elle était extrêmement fréquente dans la poésie latine (notamment chez Virgile). Elle a été adoptée par les auteurs classiques français pour donner une certaine solennité au discours et une ampleur poétique particulière.

3. Figures proches

  • La Périphrase : Elle remplace un mot par une expression, mais l'hendiadys sépare spécifiquement une notion liée en deux entités distinctes.

  • Le Pléonasme : Si les deux termes sont trop proches, l'hendiadys peut glisser vers la répétition inutile, mais sa fonction est normalement esthétique.

  • L'Énumération : Mais limitée ici à deux termes seulement qui forment un tout indissociable.

4. Fonctions et effets

  • La Solennité : Elle ralentit la lecture et donne du poids à chaque mot.

  • L’Abstraction : Elle transforme une image concrète en une idée plus vaste et plus mystérieuse.

  • La Mise en relief : En séparant l'adjectif du nom pour en faire un deuxième nom, on donne à la qualité autant d'importance qu'à l'objet lui-même.

5. Stylistique

L'hendiadys crée souvent une légère surprise logique. La grammaire suggère deux objets différents, alors que le sens n'en désigne qu'un. Elle demande au lecteur de "recoller" les deux morceaux pour comprendre l'image globale. C'est une figure de la dualité apparente.

6. Exemples célèbres

  • « Elle et sa lèvre de fraise et de baiser... » — Victor Hugo (au lieu de : son baiser de fraise).

  • « Le plaisir et l'amour » — (souvent utilisé pour désigner le plaisir amoureux).

  • « Verser le poison et la mort dans son cœur » — (au lieu de : le poison mortel).

  • « Un bruit de pas et de fer » — (au lieu de : un bruit de pas ferrés).

mercredi 4 février 2026

L'Épanorthose

 


L’ÉPANORTHOSE

1. Définition

L'épanorthose est une figure de style qui consiste à revenir sur ce que l'on vient de dire, soit pour le nuancer, soit pour le corriger avec plus de force, soit pour le rétracter tout à fait. C'est une forme d'auto-correction volontaire au sein d'une même phrase.

2. Histoire

Très utilisée par les orateurs de l'Antiquité pour simuler la spontanéité ou l'émotion sincère, elle devient un outil majeur de la littérature classique et baroque. Elle permet de donner au lecteur l'impression de voir la pensée de l'auteur "en train de se faire", avec ses doutes et ses fulgurances.

3. Figures proches

  • La Gradation : Comme l'épanorthose, elle peut intensifier un propos, mais l'épanorthose marque une rupture plus nette (une "reprise").

  • La Parastase : Accumulation de termes pour préciser une idée, souvent sous forme d'épanorthose.

  • La Prétérition : On affirme ne pas vouloir dire ce que l'on finit par dire encore plus fort.

4. Fonctions et effets

  • La Sincérité : Elle donne un ton naturel, presque improvisé, comme si l'émotion empêchait de trouver le mot juste du premier coup.

  • L’Intensification : Elle permet d'aboutir à un terme bien plus frappant que le premier mot utilisé.

  • L'Ironie : On peut corriger un mot par un autre pour souligner un ridicule ou une contradiction.

5. Stylistique

Elle se reconnaît souvent à l'usage de locutions de transition telles que : « que dis-je », « ou plutôt », « mieux encore », « disons même ». C'est une figure de mouvement qui brise la linéarité du discours pour lui donner du relief.

6. Exemples célèbres

  • « C’est un roc ! c’est un pic ! c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule ! » — Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac.

  • « J’espère qu'elle est morte, ou plutôt qu'elle n'est pas née. » — Madame de Sévigné.

  • « Votre prudence est telle, ou plutôt votre peur... »

mardi 3 février 2026

L'Epanalepse

 


L’ÉPANALEPSE

1. Définition

L’épanalepse est une figure de style de répétition qui consiste à reprendre un mot ou un groupe de mots après un intervalle, au sein de la même phrase ou d'une même strophe. À la différence de l'épanadiplose (début et fin), l'épanalepse place souvent la répétition de manière plus libre pour marteler une idée ou une émotion.

2. Histoire

Très présente dans la rhétorique ancienne et la poésie lyrique, elle a toujours été l'outil privilégié pour exprimer l'obsession, la passion ou la plainte. Les auteurs baroques et romantiques l'ont beaucoup utilisée pour souligner le tourment intérieur et briser la monotonie du discours.

3. Figures proches

  • L’Anaphore : Répétition en début de phrase ou de vers (plus structurée que l'épanalepse).

  • L’Épanadiplose : Répétition d'un même mot au début et à la fin d'une proposition.

  • Le Redoublement (ou Palillogie) : Répétition immédiate d'un mot (« Jamais, jamais je ne l'oublierai »), alors que l'épanalepse implique souvent une légère distance.

4. Fonctions et effets

  • L'Insistance : Fixer l'attention du lecteur sur un terme précis en le faisant résonner.

  • Le Lyrisme : Créer un effet d'écho ou de mélancolie, comme une complainte qui revient sur elle-même.

  • L'Intensité dramatique : Traduire un état d'esprit agité ou une émotion qui submerge le locuteur.

5. Stylistique

L'épanalepse joue sur le rythme : elle crée une pause, un retour en arrière. Son efficacité dépend de la force du mot répété et de la longueur du segment qui sépare les deux occurrences. Elle donne souvent au texte un caractère incantatoire ou obsessionnel.

6. Exemples célèbres

  • « Songe, Philis, songe à ce triste flambeau... » — Quinault.

  • « Ô triste, triste était mon âme / À cause d'une femme. » — Verlaine.

  • « L'homme est né libre, et partout l'homme est dans les fers. » — Jean-Jacques Rousseau.

lundi 2 février 2026

Citation de la semaine 6

 


"Le temps décide qui tu rencontres dans ta vie

Le cœur décide qui tu veux dans ta vie

Le comportement décide qui reste dans ta vie"

dimanche 1 février 2026

Le climax

 


LE CLIMAX

1. Définition

Le climax est une figure de style qui désigne le point culminant d'une progression ascendante (une gradation). Dans une phrase ou un récit, c'est le moment de tension maximale ou d'intensité la plus haute avant que l'action ne se dénoue. Bien que souvent confondu avec la gradation, le climax est spécifiquement le sommet de celle-ci.

2. Histoire

Issu de la rhétorique grecque (klimax signifiant « échelle »), il était utilisé pour construire des discours persuasifs. Au théâtre, particulièrement dans la tragédie classique, le climax correspond souvent à la péripétie finale ou au moment où le destin des personnages bascule irrémédiablement.

3. Figures proches

  • La Gradation : La suite de mots ou d'idées rangés par ordre croissant d'intensité (le climax en est le dernier barreau).

  • L’Anticlimax : L'opposé, où une progression ascendante est brusquement brisée par un élément trivial ou décevant (souvent à but comique).

  • L'Hyperbole : Le climax utilise fréquemment l'exagération pour atteindre son sommet d'intensité.

4. Fonctions et effets

  • La Tension : Créer une attente insoutenable chez le lecteur ou le spectateur.

  • L’Emphase : Souligner une idée en la plaçant au bout d'une montée en puissance.

  • Le Pathos : Provoquer une émotion forte (peur, admiration, pitié) en atteignant un paroxysme.

5. Stylistique

Le climax repose sur une structure syntaxique rigoureuse. On utilise souvent l'énumération de termes de plus en plus forts, des répétitions (anaphores) ou un rythme de plus en plus rapide pour mimer cette ascension. C'est une figure de mouvement et d'énergie.

6. Exemples célèbres

  • « Va, cours, vole et nous venge. » — Corneille, Le Cid (gradation de trois verbes où « vole » est le climax).

  • « C’est un roc ! c’est un pic ! c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule ! » — Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac.

  • « Je me meurs, je suis mort, je suis enterré. » — Molière, L'Avare.

samedi 31 janvier 2026

La circonlocution

 


LA CIRCONLOCUTION

1. Définition

La circonlocution est une figure de style qui consiste à utiliser plusieurs mots, ou une phrase entière, pour désigner une chose ou une personne que l'on pourrait nommer par un seul terme. Elle s'apparente à la périphrase, mais elle est souvent utilisée pour éviter de nommer directement quelque chose, par prudence, par pudeur ou par ironie.

2. Histoire

Très prisée par la préciosité au XVIIe siècle, la circonlocution permettait d'éviter les termes jugés trop "bas" ou vulgaires (on disait « les commodités de la conversation » pour désigner les fauteuils). Elle vient du latin circum (autour) et loqui (parler) : littéralement, c'est le fait de « parler autour ». Elle a toujours été un outil essentiel de la diplomatie et de l'étiquette.

3. Figures proches

  • La Périphrase : C'est la figure la plus proche. La périphrase est souvent descriptive ou méliorative, tandis que la circonlocution a souvent une nuance d'évitement ou d'hésitation.

  • L'Euphémisme : On utilise une circonlocution pour atténuer une réalité brutale (ex: « Il nous a quittés » pour éviter de dire « il est mort »).

  • Le Pléonasme : Parfois, une circonlocution maladroite peut devenir un pléonasme si elle n'apporte aucune nuance utile.

4. Fonctions et effets

  • L'Évitement : Contourner un sujet tabou ou désagréable.

  • L'Ornementation : Donner une dimension poétique ou noble à un objet banal.

  • L'Ironie : Se moquer de quelqu'un en utilisant une expression exagérément longue et complexe pour désigner une chose simple.

  • Le Suspense : Retarder le moment de nommer l'objet pour piquer la curiosité du lecteur.

5. Stylistique

La circonlocution allonge la phrase et ralentit le rythme du texte. Elle joue sur la substitution lexicale : on remplace le "mot propre" par un groupe nominal complexe. Son efficacité repose sur la capacité du lecteur à décoder ce qui est caché derrière le détour de langage.

6. Exemples célèbres

  • « Le conseiller des grâces » — Pour désigner un miroir (langage précieux).

  • « Celui dont on ne doit pas prononcer le nom » — Pour désigner Voldemort dans Harry Potter.

  • « L'astre de la nuit » — Pour désigner la Lune.

  • « La capitale de la douleur » — Paul Éluard (pour désigner Paris sous l'Occupation).

vendredi 30 janvier 2026

Écrin de mots : Voyage au cœur de quelques trésors cachés de la langue française

 


Introduction : L'Écrin des mots

« La langue française n’est pas seulement un outil de communication ; c’est un jardin luxuriant, une estampe aux courbes complexes où chaque mot cache parfois un secret, une rime orpheline ou une géométrie insoupçonnée. À la manière d’un artisan d’art qui cisèle le métal ou le verre, notre langue s’est façonnée au fil des siècles, accumulant des curiosités qui font tout son charme et sa noblesse.

Je vous invite à une flânerie à travers quelques-uns de ces trésors linguistiques : des mots qui se lisent à l’envers, des genres qui s'inversent et des pensées qui, en quelques lettres, capturent toute la complexité de l'âme humaine. Bienvenue dans ce cabinet de curiosités de la francophonie. »

Quelques trésors de la langue française

Voici quelques petits bijoux de notre langue que vous ne connaissiez peut-être pas…

  • Le palindrome : Le plus long mot palindromique est « ressasser ». Il se lit dans les deux sens, sans jamais perdre le Nord.

  • Le lipogramme : « Institutionnalisation » est le plus long mot ne comportant aucun « e ». Une prouesse pour la lettre la plus fréquente de l'alphabet !

  • L'anagramme : « Guérison » est l'anagramme de « soigneur ». Quant à « endolori », il est l'anagramme de son propre antonyme, « indolore ». Paradoxal, n'est-ce pas ?

  • L'exception : « Squelette » est l'un des très rares noms masculins qui se finissent en « ette ». On peut aussi citer un trompette (le musicien), un casse-noisette ou encore un porte-serviette.

  • Le solitaire : « Où » est le seul mot contenant un « u » avec un accent grave. Il a même une touche de clavier dédiée !

  • L'orphelin : Le mot « simple » ne rime avec aucun autre. Il partage cette solitude avec « triomphe », « quatorze », « belge » ou encore « goinfre ».

  • Le genre voyageur : « Délice », « amour » et « orgue » sont masculins au singulier, mais deviennent féminins au pluriel. (Toutefois, rares sont ceux qui acceptent l'amour au pluriel ! mais il est vrai que nous sommes alors dans un usage poétique ou littéraire)

  • Le prodige : « Oiseau » est le plus petit mot contenant toutes les voyelles. Son pluriel, « oiseaux », a la particularité qu'aucune des lettres n'est prononcée avec sa valeur individuelle habituelle [o-i-s-e-a-u-x]. 


L'Art de l'Apophtegme

Un apophtegme (prononcez « apoftègme ») est un précepte, une sentence ou une parole mémorable ayant valeur de maxime. Si le mot est difficile à écrire, il devient un pur plaisir quand on le lit.

Florilège :

  • « L'homme descend du songe. » (Georges Moustaki)

  • « Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet. » (G. Courteline)

  • « La tolérance, c'est quand on connaît des cons et qu'on ne dit pas les noms. » (Michel Audiard)

  • « Un cocu est un entier qui perd sa moitié pour un tiers. » (Jean Carmet)

  • « L’expérience est l’addition de nos erreurs. »

  • « La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. » (Socrate)

  • « On peut donner le bonheur sans l’avoir... c’est d’ailleurs comme cela qu’on l’acquiert. » (Voltaire)

  • Elle était belle comme la femme d'un autre. (Paul Morand)

  • L'enfant est un fruit qu'on fit. (Leo Campion)

  • Dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu hais. (Francis Blanche)

  • Quand il y a une catastrophe, si on évacue les femmes et les enfants d'abord, c'est juste pour pouvoir réfléchir à une solution en silence. (Winston Churchill)

  • Tout le monde pense ; seuls les intellectuels s’en vantent. (Philippe Bouvard)

  • Le jour où Microsoft vendra quelque chose qui ne se plante pas, je parie que ce sera un clou.

  • Elle est tellement vieille qu'elle a un exemplaire dédicacé de la Bible.

  • Quand Rothschild achète un Picasso, on dit qu'il a du goût. Quand Bernard Tapie achète un tableau, on demande où il a trouvé les ronds.

  • Si la Gauche en avait, on l'appellerait la Droite. (Reiser)

  • Si on ne faisait les choses qu’après y avoir mûrement réfléchi, on ne coucherait jamais avec personne. (Ray Bradbury)

  • "Parlement"… mot étrange formé de "parler" et "mentir". (Pierre Desproges)

  • Quand un couple se surveille, on peut parler de "communauté réduite aux aguets".

  • Lorsque un minable attaque un autre minable, il faut s’attendre à "une guerre interminable".

  • Il y a trois sortes de personnes : Celles qui savent compter et celles qui ne savent pas.

  • Un trou noir c’est troublant.

  • Il faisait tellement froid que j’ai vu un socialiste avec les mains dans ses propres poches.

  • Mieux vaut être une vraie croyante qu’une fausse sceptique.

  • Mieux vaut être un papa au rhum qu’un gâteux sec.

  • N'attendez pas la solution de vos problèmes des hommes politiques puisque ce sont eux qui en sont la cause (Alain Madelin)

  • Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. (J-B. Bossuet)

  • Pardonner, c’est refuser de rester une victime.

Conclusion : La Musique du sens

« En refermant cet écrin, on réalise que la beauté du français réside autant dans sa rigueur que dans ses délicieuses excentricités. Qu’il s’agisse d’une prouesse de l’alphabet ou d’un trait d’esprit lancé comme un défi à la logique, ces trésors nous rappellent que les mots sont vivants. Ils ne servent pas seulement à dire, ils servent à briller, à surprendre et, parfois, à nous faire sourire de notre propre condition.

Et vous, quel est le "bijou" de la langue française qui vous émerveille ou vous amuse le plus ? N'oublions jamais que cultiver notre langue, c'est avant tout entretenir l'éclat d'un héritage qui nous appartient à tous. »

jeudi 29 janvier 2026

Loin s'en faut / Tant s'en faut

 

« Quand la grammaire se fait ornement : un hommage à l'esthétique 1900 pour éclairer les subtilités de notre syntaxe. »

Loin s'en faut / Tant s'en faut

"On utilise chaque jour ces expressions en pensant bien faire, et pourtant, elles font trembler les murs de la Coupole. "Loin s’en faut" et "Tant s’en faut" : entre élégance naturelle et fronde linguistique, découvrons pourquoi ces expressions ne sont pas tout à fait celles que vous croyez. Plongée au cœur d'un duel entre l'usage et la règle. "

1. Loin s'en faut

C'est la plus courante des deux. Elle signifie " pas du tout ", " bien au contraire " ou " il s'en faut de beaucoup ". On l'utilise pour souligner un écart important entre ce qui est affirmé et la réalité.

  • Sens littéral : Il manque beaucoup de distance/d'éléments pour arriver au résultat mentionné.

  • Usage : Elle se place généralement en fin de phrase ou en incise (entre deux virgules).

Exemples :

  • "Est-ce que le projet est terminé ? Loin s'en faut ! Nous n'avons même pas commencé la deuxième phase. "

  • " Le film n'a pas été un succès, loin s'en faut, les critiques ont été désastreuses. "

2. Tant s'en faut

C'est une variante un peu plus soutenue (plus "littéraire") de Loin s'en faut. Elle a exactement le même sens : « il s'en faut de beaucoup ».

  • Origine : Le "tant" insiste sur la quantité de ce qui manque pour atteindre le but.

  • Usage : On l'utilise souvent après une négation pour renforcer l'idée que la réalité est bien pire (ou bien différente) que ce qu'on pourrait croire.

Exemples :

  • " Ce n'est pas un expert, tant s'en faut ; c'est un débutant qui ignore les bases. "

  • " La situation ne s'est pas améliorée, tant s'en faut ; elle a empiré depuis hier. "

Comparaison et nuances

ExpressionRegistreFréquence
Loin s'en fautStandard / SoutenuTrès courante
Tant s'en fautSoutenu / LittérairePlus rare, plus élégante

Un petit piège à éviter : "Peu s'en faut"

Attention à ne pas confondre avec " Peu s'en faut ", qui signifie l'inverse !

  • Loin s'en faut = On est très loin du compte.

  • Peu s'en faut = On a failli y arriver (synonyme de "presque" ou "à peu de chose près").

    • Exemple : " Il a failli tomber, peu s'en est fallu ! "

En résumé

Si quelqu'un vous demande si vous avez faim après avoir mangé un festin, vous pourriez répondre :

"Pas du tout, loin s'en faut !" C'est une manière très élégante de dire que vous êtes totalement rassasié.



L'Académie française recommande de ne pas utiliser l'expression "Loin s'en faut" et la classe dans ses "emplois fautifs" pour la "pureté" de la langue telle que la conçoivent les Immortels. Aujourd'hui pourtant, elle est extrêmement courante - même chez les meilleurs auteurs.

Raison précise de cette mise à l'index :

1. L'origine du "problème" : Le télescopage

Pour l'Académie, "Loin s'en faut" n'existe pas historiquement. C'est ce qu'on appelle un croisement (ou télescopage) entre deux expressions distinctes qui ont fusionné dans l'usage populaire :

  1. " Loin de là " : Utilisé pour rejeter une idée ou une allégation ("Il est méchant ? Loin de là !").

  2. " Tant s'en faut " : Utilisé pour marquer une distance, un manque ou un écart quantitatif ("Il n'a pas réuni la somme, tant s'en faut").

En mélangeant le "Loin" de l'une et le "s'en faut" de l'autre, les locuteurs ont créé une "expression hybride" que les puristes considèrent comme illogique.

2. La nuance sémantique (selon l'Académie)

L'Académie insiste sur une distinction très fine entre les deux formes "correctes" que nous avons tendance à oublier :

  • Tant s'en faut (ou Il s'en faut) : On l'utilise pour souligner une différence de nombre ou de quantité. C'est le domaine de la mesure.

    Exemple : « Nous ne sommes pas assez nombreux pour partir, tant s'en faut. » (Il manque du monde).

  • Loin de là : On l'utilise pour repousser une opinion ou un jugement. C'est le domaine de l'idée.

    Exemple : « Pensez-vous qu'il soit coupable ? Loin de là ! » (Je rejette totalement cette pensée).

3. Faut-il arrêter de l'utiliser ?

Dans la vie de tous les jours et même dans un cadre professionnel classique, vous pouvez continuer à dire « loin s'en faut ».

Le célèbre grammairien Maurice Grevisse, dans Le Bon Usage, note que cette expression est devenue "habituelle" et qu'elle domine même parfois l'usage actuel. Cependant, si vous rédigez un discours officiel, un examen de haut niveau ou un texte littéraire très classique, préférez « tant s'en faut » ou « loin de là » pour éviter les foudres des correcteurs les plus rigides.

En résumé : L'Académie la rejette parce qu'elle la considère comme une erreur de construction née d'une confusion entre deux autres locutions.


"Que l'on suive la rigueur de l'Académie ou la liberté de l'usage, ces expressions nous rappellent une chose essentielle : la langue française est une matière vivante. Elle se courbe, s'adapte et s'orne de nuances, un peu comme les entrelacs d'une affiche d'Alfons Mucha. Car au fond, entre le "bon usage" et le plaisir de dire, l'écart n'est jamais si grand... loin s'en faut ! "