Le S long : La lettre qui jouait à cache-cache avec le F
Introduction : Une illusion d'optique historique
Si vous ouvrez un ouvrage imprimé avant le XIXe siècle, vous aurez l'impression que l'auteur a bégayé ou que l'imprimeur avait un cheveu sur la langue. "Le foir" au lieu du "soir" ? Pas du tout. Vous faites face au S long ( ſ ), une variante de la lettre "s" qui ressemble à s'y méprendre à un "f" sans barre transversale.
Une règle de survie typographique
Pour ne pas s'emmêler les pinceaux en lisant Racine ou Voltaire dans le texte, il y avait des règles :
Le S long ( ſ ) s'utilisait au début et au milieu des mots.
Le S rond ( s ), celui que nous connaissons, était réservé exclusivement à la fin des mots.
Le piège : Dans certains types de caractères, le "ſ" avait une petite amorce de barre sur la gauche, le rendant presque identique au "f". De quoi transformer une "pensive réflexion" en une "penfive réflexion" !
Pourquoi a-t-il disparu ?
Le "S long" a été victime de sa propre confusion. Au début du XIXe siècle, pour simplifier la lecture et éviter les erreurs de typographie, les imprimeurs l'ont progressivement abandonné au profit du "s" unique. C'est l'une des rares fois où l'esthétique a cédé la place à la clarté pure.
Le Défi du Jour : Le traducteur de l'ancien temps
Proposez une phrase à vos lecteurs en utilisant le "ſ" (vous pouvez copier-coller ce caractère) :
"Saurez-vous déchiffrer cette sentence de 1750 ? : 'Le ſage ſait ſe taire quand le ſot ſe précipite.'"

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