
Juillettistes contre Aoûtiens : La grande fracture estivale
Chaque année, à l'approche de l'été, la France se divise subtilement en deux camps que tout oppose, ou presque. Ce n'est ni une querelle politique ni une rivalité sportive, mais une affaire de calendrier. D'un côté, les juillettistes ; de l'autre, les aoûtiens. Ces deux termes, passés aujourd'hui dans le langage courant, cachent une histoire sociologique fascinante et illustrent à merveille la créativité de la langue française pour désigner nos rituels de vacances.
Aux origines des mots : Du jargon de la SNCF au dictionnaire
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ces mots ne sont pas nés de la plume d'un grand écrivain, mais plutôt des bureaux des statistiques !
La naissance du "juillettiste" : Le mot apparaît à la fin des années 1960. À l'origine, il s'agit d'un terme technique utilisé par la SNCF et les professionnels du tourisme pour prévoir les flux de voyageurs. Le suffixe -iste (que l'on retrouve dans les métiers ou les courants de pensée) donne un air presque "militant" à ceux qui choisissent le septième mois de l'année.
La réplique de l'"aoûtien" : Créé par symétrie un peu plus tard (au début des années 1970), "aoûtien" utilise le suffixe -ien (comme dans parisien ou terrien), évoquant presque une nationalité ou une appartenance géographique à ce mois central de l'été.
La consécration : Il faudra attendre la décennie suivante pour que ces mots fassent leur entrée officielle dans les dictionnaires d'usage (comme le Robert ou le Larousse), figeant ainsi cette dualité dans le patrimoine linguistique.
La sociologie derrière les mots : Qui est qui ?
Derrière ces étiquettes linguistiques se dessine (ou se dessinait) une véritable réalité sociale, liée à l'histoire des congés payés en France.
L'aoûtien traditionnel : Historiquement, le mois d'août était le mois des ouvriers et des employés de l'industrie. Les grandes usines (notamment automobiles comme Renault) fermaient traditionnellement pendant trois ou quatre semaines en août. L'aoûtien est donc, dans l'imaginaire collectif, celui des vacances populaires et familiales. C'est aussi le mois où les villes se vident le plus, laissant les commerces fermés avec la fameuse affichette "Fermeture annuelle".
Le juillettiste pionnier : Juillet a longtemps été le choix des cadres, des professions libérales ou des enseignants (dont les vacances commencent début juillet). On lui associe souvent une image de vacances plus "dynamiques", où l'on profite des jours les plus longs de l'année.
Le grand choc : Le "chassé-croisé"
On ne peut pas parler des juillettistes et des aoûtiens sans évoquer le point culminant de leur existence commune : le fameux week-end du chassé-croisé.
Situé autour du 31 juillet et du 1er août, ce moment critique voit les juillettistes rentrer chez eux tandis que les aoûtiens partent vers leurs lieux de villégiature. C'est l'époque des records de bouchons sur l'autoroute du Soleil, un marronnier absolu des journaux télévisés, incarné pendant des décennies par les prévisions de "Bison Futé".
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Aujourd'hui, avec la flexibilité du travail et l'évolution des modes de vie, la frontière entre juillettistes et aoûtiens tend à s'estomper. On voit apparaître les adeptes de juin ou de septembre (parfois appelés les "septembristes"). Pourtant, ces deux mots restent le symbole d'une France qui s'arrête pour respirer. Ils rappellent que la langue française excelle à créer des mots là où se nichent nos habitudes et nos petits rituels de bonheur.
Et vous, chers lecteurs, dans quel camp se situe votre cœur (et votre valise) cette année ?
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