mercredi 28 janvier 2026

L'apostrophe

 


L’APOSTROPHE

1. Définition

L'apostrophe est une figure de style qui consiste à interrompre brusquement le fil du discours pour s'adresser directement à un destinataire, qu'il soit présent ou absent, réel ou imaginaire, animé ou inanimé (une idée, un objet, un mort). Elle est souvent marquée par l'utilisation du vocatif et de l'interjection « Ô ».

2. Histoire

Issue de la rhétorique grecque (apostrophê signifiant « action de se détourner »), elle désignait à l'origine le moment où l'orateur cessait de s'adresser au juge ou à l'assemblée pour interpeller directement son adversaire ou une puissance supérieure. Elle est devenue un pilier de la tragédie classique et de la poésie lyrique, permettant d'exprimer une émotion trop vive pour rester contenue dans une narration simple.

3. Figures proches

  • L’Invocation : Une forme d’apostrophe adressée à une divinité ou une muse (ex: « Muse, conte-moi l'aventure... »).

  • La Personnification : L'apostrophe est souvent l'outil qui permet de faire d'un objet un être doué de raison à qui l'on parle.

  • La Prosopopée : Alors que l'apostrophe s'adresse à un absent, la prosopopée le fait parler.

4. Fonctions et effets

  • Effet pathétique : Elle traduit une émotion intense (douleur, révolte, prière) qui déborde le cadre du récit.

  • Dynamisation du discours : Elle rompt la monotonie et crée une tension dramatique immédiate.

  • Création d'un lien : Elle prend le lecteur à témoin ou crée une intimité feinte avec l'objet interpellé.

  • 5. Stylistique

    Sur le plan grammatical, l'apostrophe se reconnaît par :

    • L'usage de l'impératif ou de la deuxième personne.

    • La présence d'interjections (« Hélas ! », « Ah ! », « Ô »).

    • Une ponctuation expressive (points d'exclamation).

    • Une mise en relief par la virgule (le nom interpellé est souvent en début ou fin de phrase).

    6. Exemples célèbres

    • « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! / Suspendez votre cours... » — Lamartine, Le Lac.

    • « Hélas ! petit oiseau, tu n'es pas mon ami... » — Victor Hugo.

    • « Ô jalousie ! de quel dard ne m'as-tu point percé ? » — Madame de Sévigné.

    • « France, mère des arts, des armes et des lois, / Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle. » — Du Bellay.

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