vendredi 28 juillet 2017

Sieur RENARD - Marie-Alice


C’était un rude hiver ! La neige avait tout recouvert et le renard affamé rodait autour de la ferme. Mais le fermier, toujours prudent, avait bien enfermé ses poules.

- Quel hiver ! Mais quel hiver ! se lamentait le fermier.

- On n’en voit pas la fin  renchérissait sa femme. Les provisions diminuent. Si au moins tu pouvais trouver quelque chose à manger. Un peu de poisson ou un morceau de viande ne serait pas de refus.

- Crois-tu que ce soit possible ? demanda le fermier. En faisant un trou dans la glace, je pourrais peut-être prendre du poisson. C’est entendu, réveille-moi tôt, j’irai à la pêche demain.

Caché derrière la fenêtre, le renard avait tout entendu.

- J’irai moi aussi à la pêche demain, se dit-il en se frottant les pattes de devant. Et une petite idée, une toute petite idée fit son chemin dans son esprit mauvais.

 Le lendemain matin, le fermier s’en alla de bonne heure. En chemin, il pensait déjà au bon repas qu’ils feraient le soir car il en était certain : il attraperai du poissons…

Tout en se dirigeant vers un lac gelé, il fredonnait une chanson :

«  Petits poissons, au court-bouillon,

Petits poissons, dans ma maison,

Petits poissons, vous serez bons,

Petits poissons, allons, allons ! »

Caché derrière une touffe d’arbustes, le renard ne perdait pas le fermier de l’œil.

- Chante toujours, mon bonhomme ! se dit-il et il le suivit de loin.

 Le fermier et lui, ce n’était pas une histoire d’amour. Par le passé, ils avaient eu pas mal de disputes. Le fermier défendait ses poules. Mais lui trouvait que les poules étaient faites pour être mangées. Les deux conceptions étaient opposées et les points de vue ne pouvaient jamais se rapprocher.

 Bientôt, le fermier arriva au bord du lac. A l’aide d’une pique, il fit un trou dans la glace et entra sa ligne. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il attrapa du poisson. Beaucoup de poisson. Le renard, toujours sur ses talons se disait :

- Attrape, attrape encore, fermier niais…Tes beaux poissons, tu ne sais pas qui va les manger… Et déjà il se pourléchait les babines.

 Lorsqu’il vit le fermier empaqueter les poissons dans un grand sac, le renard s’en alla en direction de la ferme par un raccourci. Il se coucha au beau milieu de la route et attendit que le fermier passe.

Dès qu’il l’aperçut, le fermier pensa :

- Ma parole, c’est ce vaurien de renard. Il sera mort de froid ou de faim.

Arrivé près de lui, il le prit par la queue, le secoua, le pinça. Le renard ne bougeait pas.

- Il est mort et bien mort, dit tout haut le fermier. En voilà une surprise. Quel beau col de renard ma femme va pouvoir porter cet hiver. Quant à moi, je serai tranquille pour toujours. Il ne mangera plus mes poules. Comment faire ? Je ne peux pas prendre à la fois mon sac et le renard. Je vais laisser le sac ici et rentrer à la ferme pour y chercher un traîneau.

 Le fermier s’en alla, laissant le renard pour mort et à côté de lui, son sac de poissons. L’occasion était inespérée pour le renard. Dès que le fermier ne fut plus en vue, il se leva, déchira le sac d’un coup de dents et mangea le plus de poissons qu’il put. Ceux qui restèrent, il les emmena dans sa tanière pour les dévorer à son aise après sa digestion.

Lorsqu’il revint avec son traîneau, le fermier ne trouva qu’un sac vide et troué et quelques reliques d’un festin mais point de renard. Il rentra tout penaud à la ferme où sa femme se moqua de lui :

- À ton âge, gros balourd, tu t’es encore fait duper par le renard. Ce en serait pas à moi qu’une chose pareille arriverait… Et pour le consoler, elle lui tendit un bol de café fumant.

jeudi 27 juillet 2017

Le moulin magique - Brigitte Fournier


Il y a très très longtemps , dans un petit village au bord de l’océan, inaccessible des hommes, vivaient de gentils lutins.
Au fil des ans, ils avaient acquis la bonté et une grande sagesse. Tous étaient très âgés mais chez les lutins, l’âge ne compte pas, car personne ne peux les apercevoir.

Heinkel, est l’ancien du village, le gardien de la magie, le protecteur des objets magiques récoltés depuis toutes ces longues années et âgé de plus de deux cent-cinquante ans.

Evidemment, c’est le plus sage et le plus malin.

Ce matin-là était différent, Heinkel savait que quelque chose allait se passer!

Très tôt, bien avant que les lutins ne partent pour leur journée de travail, un inconnu arriva dans le village ce qui embêtât beaucoup Heinkel car jamais auparavant, aucun être humain n’était parvenu jusqu'à eux.

En général, les hommes avaient peur des pouvoirs magiques des lutins, et cela arrangeait bien Heinkel car son travail était d’aider les enfants qui en avaient besoin et surtout pas les hommes qui passaient leurs temps à ce battre et détruire la nature.

Après chaque guerre, les lutins remettaient de l’ordre suivant leur spécialité .

Hayden guérissait les arbres après l’arrachage des branches que les hommes utilisaient pour la confection des arcs et des flèches .

Heutel s’occupait des fleurs qui avaient été piétinées sans aucune pitié.

Harold soignait les animaux , il les connaissait tous et tous lui faisaient totalement confiance .

Et Horgen rendait l’eau limpide et cristalline afin que les enfants puissent la boire et s’y baigner sans aucun problème.

Voilà pourquoi l’arrivée de cet inconnu dérangeait beaucoup le village.

- Qui es-tu et que viens-tu faire ici demanda Heinkel.

- Je m’appelle Macimo, je suis pécheur. Cette nuit, il y a eu une tempête et mon bateau a fait naufrage. J’ai eu la chance de m’accrocher à un tonneau et le courant m’a fait échouer ici.

Ce qu’il ne dit pas aux lutins, car il en avait peur lui aussi, c’est que son bateau n’avait pas chaviré, mais que l’équipage l’avait jeté par dessus bord, car il dérobait l’eau et la nourriture.

- Ne t’inquiète pas lui dit Horgen, tu es un pécheur, tu vis sur l’eau et bien moi, je vais t’aider!

- C’est très aimable à toi mais comment peux-tu m’aider ? demanda Macimo.

- Je vais réunir le village et leur demander de l’aide pour te construire un nouveau bateau.

- Il n’est pas question de couper mes arbres afin de lui construire un bateau gronda Hayden.

Heinkel promis de réfléchir a une solution pour le nouveau bateau mais actuellement tous avaient du travail.

Tard, après la veillée, alors que chacun avait regagné son lit, Harold alla trouver Heinkel et lui dit : "Aujourd’hui, j’ai soigné une mouette qui avait une aile abîmée et elle m’a raconté ce qui est vraiment arrivé à Macimo. C’est un menteur et un voleur et nous ne pouvons pas l’aider pour son bateau".

- Je le sais déjà lui répondit Heinkel, le vent me l’a soufflé à l’oreille et je sais quoi faire pour nous en débarrasser et qu’il quitte à jamais notre village. Dans mon coffre magique, je possède un objet qui va m’aider fortement dans la réalisation de mon stratagème.

Dans ce coffre, il y avait énormément de choses : la boîte de couleurs de l’arc en ciel, le sac de poudre d’étoiles, les graines magiques qui font que l’herbe soit si tendre et verte et d’autres merveilles encore qu’il gardait précieusement.

Le matin, un peu avant le réveil des lutins, Heinkel pris dans son coffre le moulin magique.

C’était un moulin ordinaire fait de bois avec une jolie poignée en porcelaine blanche et de petites fleurs bleues dessinées sur le tiroir .

Heinkel avait un petit sourire et ses yeux pétillaient de malice.

Son grand âge ne l’empêchait pas de jouer de vilains tours à ceux qui le méritaient, d’ailleurs, certains s’en souviennent encore.

Heinkel s’installa sur un banc a côté de l’arbre favori de Hayden et attendit le moment propice pour mettre son plan à exécution.

Il n’attendit pas longtemps, en effet, peu de temps après, les lutins arrivèrent accompagnés de Macimo.

C’est à ce moment que Heinkel commença à tourner lentement la poignée du moulin magique.

Macimo n’en croyait pas ses yeux .

Du tiroir du moulin sortaient des dizaines de pièces d’or et plus il tournait la poignée plus les pièces sortaient.

Il en sortait tellement qu’elles roulèrent jusqu’aux pieds de Macimo qui s’empressa de les ramasser afin de vérifier qu’il ne rêvait pas. Jamais il n’aurait pu croire qu’une telle chose existait, il s’approcha de Heinkel ou plutôt du moulin, car une méchante idée venait de lui traverser l’esprit.

Heinkel regarda Macimo et vit dans ses yeux que son plan avait fonctionné , il était content , Macimo allait bientôt quitter le village.

- Crois-tu avoir assez de pièces pour acheter ton nouveau bateau , lui demanda Heinkel.

- Je pense que cela suffira , répondit Macimo, les yeux toujours fixés sur le moulin. Mais comment fais-tu ,il y a sûrement une formule magique pour avoir autant d’or.

- C’ est très simple, lui répondit Heinkel, il suffit de demander ce dont tu as besoin et le moulin te le fournira.

Ce qu’Heinkel avait omis volontairement de dire a Macimo c’est que le moulin ne fonctionnait qu’a la condition que l’utilisateur soit très poli. Pour le faire fonctionner il fallait lui dire "S’il te plaît, petit moulin, donne moi ceci ou cela" de même pour qu’il arrête "s’il te plaît , petit moulin arrêtes toi ."

La nuit venue, lorsque le village était profondément endormi, Macimo se leva et s’habilla sans faire de bruit .

Il se dirigea vers la maison d’Heinkel, car à la minute même où il avait vu le moulin et les pièces d’or, il avait décidé de le voler.

Il pensait "Je vais êtres riche, je ne devrai plus jamais travailler, je construirai la plus grande et la plus belle maison qui existe, j’épouserai la plus jolie fille de la région et je deviendrai le chef de mon village ! Avec toutes ces pièces d’or, enfin les villageois me respecteront."

Il s’empara du moulin et se sauva à toute vitesse. Il couru jusqu’au bord de l’océan où la veille il avait repéré une petite barque. Il mit l’embarcation à l’eau et le moulin bien à l’abri sous le siège. Il commença à ramer de toutes ses forces afin de s’éloigner le plus rapidement possible du village.

Il rama toute la nuit, se guidant avec les étoiles fin de ne pas se perdre.

Macimo était pressé de rentrer chez lui et de pouvoir faire toutes les choses auxquelles il avait rêvé.

Tout en ramant, il réfléchit "Si j’utilise le moulin au village et qu’un voisin le voit, il va certainement vouloir le voler donc, je vais demander au moulin de sortir toutes les pièces qu’il a dans le tiroir ensuite, je le cacherai dans les rochers après, je rentrerai riche et fière chez moi."

Aussitôt dit, aussitôt fait, Macimo sort le moulin qu’il avait mis à l’abri sous le siège de la barque, tourne la poignée et dit : "Donne-moi beaucoup d’or ."

Evidemment , Macimo ne sait pas qu’il faut dire "S’il te plaît, petit moulin, donne moi de l’or."

Comme il continue à tourner la poignée de plus belle, ce ne sont pas des pièces d’or qui sortent du tiroir mais du sel des kilos et des kilos de sel.

Macimo crie : "Arrête - toi, mais arrêtes ce n’est pas du sel que je demande mais de l’or."

Macimo crie de plus en plus fort , il s’énerve , mais rien n’arrête le petit moulin.

La barque s’alourdit et cela risque de la faire chavirer .

Macimo se rend bien compte qu’il s’est fait avoir par les lutins et ne sachant plus quoi faire, il prend le petit moulin et le jette le plus loin possible dans l’eau.

Depuis ces nombreuses années, le petit moulin continue a déverser du sel dans la mer, personne n’a pu lui demander poliment de s’arrêter et voilà pourquoi toutes les eaux des océans sont salées.

mercredi 26 juillet 2017

Les sabots de Noël - Fernand Desonay


Sur la terre d'Orient, loin, bien loin de l'autre côté des mers et des montagnes, par une nuit bleue où l'on entendait voler les anges, vint au monde, comme vous savez, le Petit Jésus de Bethléem.

Il vint au monde, et ce fut dans une étable parce que son père n'était qu'un pauvre ouvrier charpentier.

Et parce que saint Joseph était pauvre, sa naissance fut tout d'abord annoncée aux pauvres gens : des bergers et des bergères qui gardaient leurs moutons dans la            campagne. C'est un ange du ciel qui vint avec une harpe, leur chanter le message. Il avait une robe de neige, des cheveux dorés, un diadème d'argent avec une étoile à cinq branches, et une voix musicale. Il chantait d'une façon si mélodieuse que les bergers se mirent debout, tout remplis d'allégresse. Mais avant de courir vers l'étable, comme ils avaient le cœur généreux et qu'ils connaissaient les usages, ils garnirent leur bissac de fromages de chèvre, d’œufs frais, de pommes mûres et de gâteaux de miel.

Liseth, la pastoure, n'avait pour tout bien qu'une tourterelle captive. Elle aurait voulu l'offrir à l'Enfant-Dieu. Mais le chef des bergers lui donna à entendre que les parents du nouveau-né n'auraient que faire d'un oiseau roucoulant. Et Liseth suivit les bergers, le coeur gros parce qu'elle avait les mains vides.

En arrivant devant l'étable, le groupe des bergers menait grand bruit. Il y avait des cris, des rires pleins de fête, des airs de galoubet. Dans la lumière de l'étoile, on entendait le concert des anges. Liseth, en bonne petite fille qu'elle était, se disait : « On va réveiller le petit poupon! n Et comme ses sabots de bois claquaient : clic! clac! clic! clac! sur le sol sec, Liseth, de peur de tirer de son sommeil l'Enfant-Dieu, sur le seuil abandonna ses deux sabots.

Se poussant les uns les autres pour bien vite admirer le nouveau-né, les bergers entrèrent; et Liseth, déchaussée, les suivit. Elle voyait à peine, car elle était petite et au dernier rang. Les plus âgés et les plus bavards étaient juste devant la crèche, dépliant les mouchoirs à carreaux pour déposer l'humble offrande du pauvre. Le chef présenta un agneau. Un autre joua un air de cornemuse. Liseth, qui n'avait pu apporter sa tourterelle, n'avait rien à donner que son cœur de fillette et le silence dévotieux de ses petits pieds nus.

Après qu'ils eurent beaucoup questionné Marie qui devenait lasse et joseph tout chenu dont la tête s'appesantissait, les bergers se retirèrent louant Dieu et toujours chantants.

Liseth était si émue en même temps que si déçue de n'avoir pu regarder de près le Petit Jésus qu'elle en oublia ses sabots. Marie, qui s'était levée après le départ des bergers pour changer les langes de son fils, vit sur le seuil de l'étable les petits sabots abandonnés.

« Ils appartiennent à cette petite fille qui se tenait derrière les autres, dit-elle à Joseph. Elle a le cœur gentil, l'âme compatissante et déjà maternelle puisqu'elle s'est déchaussée afin de ne pas éveiller l'Enfant. Pour l'adorer, elle est demeurée les pieds nus sur la terre froide. En vérité, en vérité, je vous le dis, pour l'amour de cette fillette, les petits sabots seront bénis ».

Et Marie prit les humbles chaussures de bois qu'elle déposa sur la crèche.

A ce moment, on frappa discrètement à la porte de l'étable. Joseph, quoiqu'il fût bien las, s'empressa d'aller ouvrir. Dans le carré de lumière apparut alors une petite fille qui, timide, roulait un coin de sa robe entre ses doigts. C'était Liseth qui venait rechercher ses sabots. Elle les vit entre les mains de jésus; et leurs sourires se rencontrèrent si beaux, si lumineux que le visage de la petite pastoure devint aussitôt plus resplendissant que celui du plus beau séraphin du chœur céleste.

Marie fit signe à la petite fille de s'approcher; et comme elle allait lui rendre les deux petits sabots, voici que l'Enfant-Dieu fit son premier miracle. Des roses, des violettes, des lys des champs, des hyacinthes et des mélisses fleurirent et embaumèrent, pour Liseth, la double conque des sabots de bois. Et Liseth, après avoir baisé doucement les boucles blondes du nouveau-né, s'en fut, avec les sabots sur son cœur et de la joie pour toujours .

 Vous saurez que , depuis ce temps-là, tous les ,petits enfants du monde mettent leurs sabots dans la cheminée. Et parce qu'Il se souvient de l'attention gentille de la petite pastoure, l'Enfant Jésus, du haut du ciel, continue de remplir de ses bénédictions et de ses présents vos petits sabots de Noël.

mardi 25 juillet 2017

Conte de Noël - François Doubior



Il était une fois dans les Flandres au nord de l'Europe une famille ordinaire composée du Père et de la Mère Doubi et de leurs huit enfants qui avaient pris forme de moutons a l'approche de la Fête de Noël. En effet, la Mère Doubi pour calmer la turbulence de sa progéniture, pendant que le Père Doubi, d'un œil, surveillait les opérations, avait, après avoir installé une crèche célébrant la future nativité de l'enfant Jésus, imaginé de placer huit petits moutons au seuil de la crèche. Ces huit petits moutons, dit la Mère Doubi, vous représentent, mes chers petits, dit-elle, l’œil lourd de sous-entendus et le sourire malicieux, pendant que le Père Doubi acquiesçait dodelinant de la tête. Mes chers petits, pendant les quatre semaines que durera l'Avent, vous devrez redoubler de sagesse. Au fur et à mesure que nous approcherons de la Fête de Noël, vos efforts seront récompensés et je vous rapprocherai ainsi de l'enfant Jésus. Il vous faudra courage et ténacité pour pouvoir progresser et parvenir ainsi au cœur de la crèche.
Quatre semaines, c'est long pour des enfants pleins de vie, enclins aux pires bêtises et méchancetés qui caractérisent leur jeune âge, mais la perspective d’accéder au "saint des saints", de mériter le salaire promis par le Père et la Mère Doubi, bref de participer à une course a "l’étoile", de damer le pion au petit frère ou a la petite sœur, était un puissant aiguillon qui, d'un coup de baguette magique, avait transformé la turbulente progéniture de Mère Doubi en de doux et dociles petits moutons.

L'histoire ne dit pas qui accéda le premier auprès de l'Enfant Jésus.....Faut pas faire de jaloux!!!

lundi 24 juillet 2017

La légende de la sauge - Amina



En ce temps là, Hérode, le méchant, le cruel roi avait ordonné à ses soldats de tuer tous les petits garçons qui n'avaient pas deux ans. Il était ainsi certain de faire disparaître l'Enfant Jésus. La Vierge Marie s'était sauvée dans la campagne avec son Petit, caché dans son grand manteau bleu. Elle courait, elle courait; car elle entendait derrière elle les chevaux des soldats.

Taque-tac – Taque-tac – Taque-tac.

Marie dans sa frayeur s'approcha d'une rose et lui demanda :
- Rose, jolie rose, ouvre tes pétales afin que je puisse, dans ton cœur, cacher l'Enfant Jésus que les soldats du méchant roi Hérode veulent faire mourir.
Mais la rose refusa parce qu'elle craignait d'abîmer ses pétales et de ne plus pouvoir dresser fièrement la tête au-dessus de toutes les autres fleurs.
Triste de ce refus, la Vierge Mère s'en alla. Derrière elle, elle entendait, très près, toujours plus près, les chevaux des soldats.

Taque-tac – Taque-tac – Taque-tac.

Dans le champ qui bordait la route, fleurissait un grand coquelicot.
- Coquelicot, joli coquelicot, ouvre tes pétales afin que je puisse, dans ton cœur, cacher l'Enfant Jésus que les soldats du méchant roi Hérode veulent faire mourir.
Mais le coquelicot refusa parce qu'il craignait de perdre ses belles couleurs et de voir sa tige se courber.
Triste de voir cet égoïsme, Marie s'en alla encore. Derrière elle, elle entendait très prés, toujours plus près, le pas des chevaux des soldats.

Taque-tac – Taque-tac – Taque-tac.

Au bord du chemin, fleurissait une toute petite fleur bleue, la sauge.
- Sauge, ma petite saugette, veux-tu bien cacher mon fils dans ton petit cœur bleu?
Et sans hésiter, la petite sauge écarta si fort et si fort ses pétales que la Vierge Marie et son Enfant Jésus purent tous deux s'y blottir.

Taque-tac – Taque-tac – Taque-tac...

Le pas des chevaux s'était rapproché tout près, toujours plus près. Les soldats étaient là; mais ils ne voyaient ni la mère, ni l'enfant, ni la petite fleur qui, au bord du chemin, les abrite.

Taque-tac – Taque-tac – Taque-tac...

Le pas des chevaux s’éloignaient toujours plus, toujours plus. Les soldats passés, ils ne reviendront pas. Alors la Vierge sortit de la sauge, son Enfant dans les bras, et avant de partir, elle bénit la petite fleur accueillante :
- Sauge, petite saugette, puisque tu as sauvé mon Petit Enfant, Il te donne le pouvoir de sauver ceux qui ont un corps souffrant.

Et c'est grâce à cette bénédiction que l'on guérit, avec la sauge, tant et tant de maladies.

dimanche 23 juillet 2017

Les sabots - Maurice Bardy


C’était, il y a longtemps, à une époque où les loups couraient la campagne limousine.
Un jour de ces lointaines années un homme traversa Neuvic puis, par les Garennes, descendit vers Châteauneuf. Il devait venir de loin, sûrement de bien au-delà de l’horizon, car sur le sol enneigé ses souliers laissaient des empreintes où se voyait l’usure des chaussures déformées, avachies, trouées par de longues marches. De plus, la pauvreté semblait être un des états du voyageur, il allait nu-tête et ses vêtements, trop légers pour la saison, étaient un ridicule obstacle pour le froid de décembre qui devait mordre sauvagement ce corps émacié.

Pourtant l’inconnu ne paraissait pas souffrir des intempéries. Il allait avec un léger sourire et régulièrement rajustait le balluchon qu’il avait au dos.

Dans Neuvic, il n’avait frappé à aucune porte pour solliciter une soupe et un quignon ni mendié un ou auprès des passants.

“Mais qui est cet homme?” s’exclamèrent Jeantou et Léonard, deux jeunes amis qui buvaient chopine de rouge dans une auberge à l’entrée de Châteauneuf. L’inconnu passa le pont de la Combade et attaque la côte qui mène au bourg. Par la vitre, face à leur table, les deux copains avaient belle et longue vue sur l’arrivant qui grimpait lentement. Lorsqu’il passa devant l’auberge la chopine était vide et payée. La curiosité des deux amis avait pris décision. Avec cent pas de retard, elle suivrait l’étranger.

L’homme traversa le bourg, monta à Sainte-Marie puis, de Murat, par un chemin forestier, il gravit la pente menant à la Croix-Chevaux. Il allait toujours à la même allure. Malgré la neige épaisse qui rendait l’ascension pénible, il ne fit aucune halte et ses deux pisteurs avaient grand peine à le suivre malgré des sabots bien cloutés mais pénétrés par la neige.

Au carrefour de la Croix-Chevaux, l’homme ne s’arrêta pas. Sans hésitation, il prit un sentier sur lequel sa sèche carcasse se courbait pour éviter les branches lourdes de neige. Arrivé à une clairière où se réunissaient cinq chemins ou sentier, il stoppa. Ses regards circulaires fouillaient la forêt rendue lumineuse par la neige. Puis ses pas le menèrent à un gros chêne contre lequel il appuya son dos après avoir posé son balluchon.

“Le bourg reprend des forces!” murmura Léonard.

Lui et Jeantou, bien cachés, ne perdaient pas de vue l’inconnu qui sursautait aux moindres bruits et l’on sait combien le silence des forêts est plein de sons, murmures, froissements, craquements qui font confidences aux initiés de la vie secrète des sous-bois.

La neige crissa sous de pas. L’homme sursauta. D’un sentier déboucha une jeune femme d’une merveilleuse beauté. Le visage légèrement hâlé avait un ovale aux traits d’une incomparable finesse. Son corps svelte se moulait dans un tailleur dont le bleu-marine faisait rayonner sur les épaules une longue chevelure blonde.

“Quelle belle créature!” murmura Jeantou.

“Pour sûr!...Une perfection!”

La femme s’immobilisa un court instant. Le temps, sans doute, de se persuader que l’homme était bien là. Alors, elle eut un sourire, un petit cri de bonheur et courut vers l’inconnu qui l’enveloppa de ses bras. Aussitôt se furent des baisers. Entre chaque étreinte la femme caressait le visage de l’homme en lui murmurant des mots d’amour que Jeantou et Léonard auraient bien voulu entendre.

“De bien belles retrouvailles. La séparation a dû être longue au vu de si fougueuses effusions.”

“Pour sûr! Et Chapeau pour tant d’amour et de tendresse.” balbutia Jeantou, tout ému.

Maintenant, calmés les amoureux se regardaient. Leurs yeux brillants, leurs visages rayonnants montraient leur bonheur. Un bonheur que, sans nul doute, ils voulaient garder pour eux seuls. Une dernière fois, ils se prirent un baiser et partirent sur un chemin qui n’était pas celui d’où la femme était arrivée.

Jeantou et Léonard les suivirent. Une courbure du sentier les cacha, un instant, aux regards des deux amis.

Après le virage, les empreintes des pas du couple s’arrêtaient. Jeantou et Léonard regardèrent partout: sur le chemin, dans les sous-bois, au fond des fossés, furetèrent autour des broussailles, ce fit peine perdue. Au-delà des dernières traces la neige était immaculée.

“Comment diable ont-ils disparu?”

“Comme des sorciers qu’ils sont!...D’ailleurs Jeantou, ne sens-tu pas cette odeur de soufre qui flotte dans l’air? “

“Pour sûr t’as raison!”

En réalité, il n’y avait à respirer que les bonnes senteurs de la forêt mais l’imagination est fertile quand des faits étranges se produisent.

Soudain la bise se leva. La neige ébouriffée vola en une blanche et aveuglante poussière. Les branches secouées déversèrent leurs charges sur les deux hommes qui s’ébrouèrent mais ne purent empêcher un froid coulis de descendre le long de leur dos. Et puis! Et puis les loups hurlèrent. Sang glacé, la peur au ventre, Jeantou et Léonard restaient immobilisés, pétrifiés. Le premier Léonard se ressaisit.

“Ils viennent droit sur nous! Déguerpissons!”

“Oui! Oui fuyons vite!”

Jambes soudain déliées, légères, rapides telles celles des gazelles, ils partirent comme des flèches que rien n’arrêtent. Avalant creux, bosses, pentes rudes et glissantes, ignorant leurs poitrines oppressées, leurs coeurs affolés, ils allaient à perdre haleine, suffocant, trébuchant sur leurs jambes aux pieds nus, libres de leurs lourds sabots laissés en chemin.

Ils ignoraient la douleur des branches qui fouettaient, des ronces qui griffaient. Pour eux une seule obsession: courir, courir encore et encore. Et pour garder moral et énergie Jeantou criait malgré son souffle court.

«Tombant, levant.

L’i arribaran.»

Ce proverbe limousin, il le hurlait à ses pauvres jambes et à celles de Léonard.

Enfin leur bonne étoile mit fin à leur calvaire. Elle les mena sains et saufs dans un village qu’ils connaissent.

“Sauvés !…Nous sommes sauvés !…Ouf !”

Rassemblant leurs dernières forces, ils frappèrent à une porte. C’était celle de l’auberge du hameau. Ivres de fatigue ces deux miraculés commandèrent, en guise de remontant, une chopine de rouge. Puis, en roulant une cigarette, ils contèrent leur aventure.

L’aubergiste n’en crut évidemment pas un mot, mais, comme il était un gai luron, il entra dans le jeu et sut dans le moindre détail l’équipée de ses clients. Il servit, à son compte, une deuxième chopine que l’on but avant une troisième, une quatrième et une cinquième qui était un litre.

A ce stade de beuverie Jeantou et Léonard s’écroulèrent. Sur le sol de terre battue, ils cuvèrent jusqu’au lendemain matin. L’aubergiste charitable les couvrit et mit dans la cheminée l’énorme bûche qu’il gardait pour la nuit du surlendemain qui était celle de Noël. Lui-même passablement éméché alla se coucher en bredouillant ce proverbe :

« Lorsqu’on a bu un coup

tout le pays est plat

et les bœufs ont le lait. »

Lorsque Jeantou et Léonard contaient leur équipée, personne ne voulait les croire. Par contre à Châteauneuf, à Neuvic, dans les bourgs alentours, et d’autres lieux plus éloignés ils avaient bien des rieurs.

Et pourtant cette histoire est aussi vraie que celle de France. Ce fut beaucoup plus tard, en une certaine année de notre fin de siècle, que l’aventure de Jeantou et Léonard s’avéra authentique.

Voici les faits qui corroborent le récit de Jeantou et Léonard qui, bien sûr, aujourd’hui ne sont plus. L’un est parti célibataire, l’autre, Jeantou, s‘en est allé en laissant une nombreuse descendance. Basile est l’un de ses arrière-petits-fils. Celui-ci perpétuera la lignée. Bon sang ne saurait mentir, d’autant que ses vingt-cinq ans s’apprêtent à prendre épouse. Ce mariage se fera très bientôt. Mais pour l’heure, Basile et Nina, sa fiancée, s’ils pensent à ce grand jour, sont aux préparatifs d’une randonnée pédestre pour le lendemain dimanche. La météo prévoit un temps doux pour ce jour de fin décembre. Il faut en profiter !

L’aube hivernale avec ses brumes les a vus partir sac au dos et jambes vaillantes pour l’itinéraire musclé qu’ils ont concocté. Il leur faudra résistance et énergie. Le physique et le mental devront répondre présents et ne pas faillir.

Par routes, chemins, sentiers, au cœur de la forêt au sol mordoré ils ont marché au gré de leurs pas avec des pauses pour récupérer, se restaurer. Ils ont, aussi, fait des haltes pour des baisers et des étreintes car ces choses-là sont bien naturelles pour des amoureux.

Cependant au soir tombant, la randonnée n’est pas terminée. Loin sont encore douches bienfaisantes et fauteuils relaxes. Les jambes de Basile et Nina, lourdes de kilomètres, demandent grâce, les rotules grincent, les pieds se traînent. Corps courbatus, muscles flapis crient leurs douleurs. Où sont vigueur et entrain du départ ?

Basile a pris le sac de Nina laquelle appuie se fatigue sur l’épaule de son fiancé.

“Courage Nina ! Nous arrivons bientôt à la Croix-Chevaux.”

Juste à cet instant et bizarrement pour la saison, un méchant zèbre d’éclair et son pète –sec de tonnerre d’enfer déchargent leur colère sur la forêt. La terre, surprise, a un tremblement et la peur glace Basile et Nina. Figés, ils attendent le deuxième éclair qui va les foudroyer.

Celui-ci n’est pas venu. L’orage a fui mais sa formidable déflagration a dû crever le ciel car de gros flocons de neige tombent sans presse mais drus.

Brusquement la bise se lève. Les confettis blancs aveuglent. Dans l’impossibilité de s’orienter Basile et Nina marchent au hasard, au pifomètre. La forêt les a piégés !

La fatigue ?…Ils ne la sentent plus. Trébuchant, tombant, se relevant, s‘aidant ils vont avec, en tête, ce lancinant leitmotiv : marcher, marcher encore et encore pour qu’une route, un sentier familier croisent leurs pas.

Pendant cette pénible et angoissante avancée Basile subtilement ; pense à son arrière-grand-père fuyant les loups. Pour Nina et lui, les fauves sont la neige, le vent, le froid qui guettent leur chute sans relève pour les glacer, les ensevelir.

Heureusement leur bonne étoile les a veillés. Elle les mène aux abords de la clairière des cinq chemins. Basile situe, enfin, leur position.

“Nina ! Nina ! Je reconnais l’endroit. Sauvés ! Sauvés ! Nous sommes sauvés ! Courage Nina la route est proche.”

Un dernier effort les fait déboucher dans la clairière. Que voient-ils ?

Un couple qui, appuyé au tronc d’un grand sapin, semble ignorer la tempête. Ils se sourirent, se parlent et parfois des rirent fusent. La femme jeune et divinement belle a lis sa tête sur l’épaule de l’homme.

“Elle lui murmure de tendres mots” chuchote Basile à Nina qui, grelottante mais pleine de sympathie pour ces deux amoureux, articule :

“Du vent, du froid, de la neige ils paraissent s’en moquer. Faut croire que pour eux seuls, là-haut, le soleil brille et illumine leur amour.”

Soudain, en Basile jaillit une fulgurante révélation. Une vérité toute simple et lumineuse.

“C’est lui ! C’est elle ! Ce sont eux j’en suis certain ! C’est le couple vu par grand-père et Léonard.”

Elle et lui se sont retournés. Souriants, ils regardent les arrivants. L’homme ramasse un balluchon posé à ses pieds et s’avance accompagné de la femme.

“Nous vous attendions ” dit-il.

De son balluchon, il sort deux paires de sabots qu’il tend à Basile et Nina.

“Voici notre cadeau pour ces fêtes de Noël”

“Pourquoi un tel présent ?”

“Ces sabots, dit la femme, sont ceux de Jeantou, votre aïeul et de Léonard, son ami. Ils les avaient laissés en chemin pour fuir plus vite une meute de loups qui, en ces temps lointains, couraient la campagne et avaient tanières en cette forêt. ”

Lui, dans un éclat de rire, conclut l’équipée des ancêtres :

“Ce jour-là, mon épouse et moi avons détourné des fauves, sinon Basile vous ne seriez pas arrière-petit-fils de Jeantou. ”

Avec une infinie douceur, c’est Elle qui ajoute :

“Aujourd’hui, avant de vous quitter, mon mari et moi formons, en cette fin d’année, le vœu pour que votre couple soit aussi uni et heureux que le nôtre. Ne brisez jamais les merveilleux liens qui vous enchaînent l’un à l’autre. Soyez pour toujours les amoureux d’aujourd’hui. Un bel amour ne meurt jamais. Il défit la mort car il est éternel. D’ailleurs, n’en sommes nous pas la preuve !”

“Adieu mes amis ! Nous vous quittons.”

Pour ce salut leurs voix se sont mêlées. Ils s’éloignent. Par un sentier habillé de neige ils vont, main dans la main, au cœur de la forêt. Basile et Nina, chacun tenant une paire de sabots, les regardent s’éloigner. Au coude du chemin, ils disparaissent.

“Ton grand-père disait donc vrai !”

Trop ému pour parler, Basile opine de la tête.

La neige ne tombe plus. Le vent n’a plus sa colère, son souffle devenu sociable porte l’aboiement d’un chien. Une proche maison, pleine de chaleur, ouvrira sa porte pour accueillir Basile et Nina fatigués, bouleversés mais heureux.

Maurice Bardy, décembre 2000.

NB : Cette rencontre avec Lui et Elle est le secret de Basile et Nina.

Vous qui venez de lire leur équipée et celle de Jeantou et Léonard, n’en parlez à personne car qui pourrait vous croire ?

Et pourtant ! Et pourtant !

Si le hasard, les affaires, l’amitié vous mènent chez Basile et Nina, regardez bien. Dans un coin sont deux paires de sabots en noyer. Ils sont la preuve de l’authenticité de ce récit.

MB

samedi 22 juillet 2017

Une mère peu ordinaire - Aline Conord



C’est en s’installant dans son panier que la chatte Chiffonnette vit un œuf, un magnifique œuf blanc posé là, par hasard.
- Mais, à qui peut-il bien être ? Pensa-t-elle, il n’est pas venu tout seul ?
Elle alla vite dans la basse-cour, demanda à la cane qui couvait patiemment ses œufs.
- Tu n’aurais pas égaré un œuf chez moi par hasard ?
- Sûrement pas ! J’en ai déjà sept et ça me suffit ! A chacun sa couvée, allez ouste !
Chiffonnette alla trouver la poule et lui posa la même question, celle-ci lui répondit méchamment.
- Dis donc, si tu crois que tu vas me donner tes œufs à couver, tu te trompes d’adresse ma vieille !
La chatte n’en crut pas ses oreilles, quelle idiote cette poule je sais bien que les chattes ne pondent pas.
Chiffonnette rentra dans son panier douillet et parla à son œuf.
- Pauvre petit œuf, que vais-je faire de toi ? Que vas-tu devenir ?
Tout en parlant, elle lécha l’œuf et le prit délicatement sous ses pattes. Comme c’est doux, pensa-t-elle. Et si je le couvais comme la poule et la cane ? On verra bien ce qui va sortir de cet œuf tombé du ciel.

Pendant des semaines, Chiffonnette couva son œuf, elle faisait très attention de ne pas l’écraser, elle dormait très mal et se mit à maigrir.
Elle n’osait pas sortir du panier pour manger car elle avait peur que l’œuf attrape froid. Elle se souvenait que les œufs en couveuse restaient toujours à bonne température pour réussir l’éclosion.
- Je mangerais plus tard, lorsque le petit sera là !
Elle ne doutait pas une seconde que ce petit serait un mâle. Et comment vais-je l’appeler ? Tiens pourquoi pas Crépuscule, j’ai eu cet œuf au crépuscule. Non ! Ce n’est pas joli ; s’il était venu la nuit, je l’aurais appelé nuit et matin pour matin. C’est ridicule ces noms. Je pense que Babyton, ce serait pas mal du tout. Allez va pour Babyton.

Ses efforts furent récompensés, un matin, Chiffonnette entendit : crac-crac, elle sentit sous ses poils un coup de bec.
Chiffonnette s’écarta du panier et regarda avec admiration ce petit œuf bouger. C’était la première fois qu’elle assistait à la naissance d’un poussin, son poussin.
- Comme c’est beau ! Soupira-t-elle, je vais t’aider mon petit !
Lorsque le poussin sortit de sa coquille Chiffonnette le lécha et lustra son duvet ; c’était doux et chaud. Elle jeta les morceaux de coquille hors du panier et à ce moment le poussin poussa de petits piaillements.
- Piou ! Piou !
- Bienvenue Babyton ! Je suis ta maman et toi tu es le plus joli poussin que j’ai mis au monde !
- Piou ! Piou ! Continuait le poussin.
- Tu dois avoir faim ? Mais au fait que mange un poussin ? Avec ton bec, tu ne peux pas me téter et d’ailleurs je n’ai même pas de lait !
- Piou ! Piou !Piou !
- Attends, ne t’affole pas, maman va te chercher à manger. Une souris, je vais te chercher une souris ! ! ! Suis-je bête, les poussins ne mangent pas de souris. Et surtout pas question de demander à la poule ou la cane, elles sont tellement méchantes qu’elles inventeraient n’importe quoi, pour empoisonner mon poussin

Chiffonnette alla dans la basse-cour et regarda discrètement comment se nourrissaient les poules. Il y en avait une qui grattait la terre et d’un coup de bec ramassa un ver.
- C’est çà, se sont des vers que mangent les poussins !
Mais pour attraper des vers lorsque l’on n’a pas de bec, comment fait-on ?
Chiffonnette était rusée. Elle alla dans le hangar, là où le fermier rangeait son matériel de pêche. Elle trouva un grand pot en plastique remplis de vers pour la pêche. Elle attrapa le pot et toute contente de son exploit, l’emporta pour nourrir son petit.
- C’est bon, n’est-ce pas Babyton !
- Piou ! Piou !

Le poussin grandissait de jour en jour. Il ressemblait à un canard, mais pas un canard gris ou noir, il était tout blanc.
- C’est parce que, je le lave trop ! Pensa Chiffonnette.
Elle était fière de sa progéniture et aujourd’hui, elle décida de le sortir pour le montrer à toute la basse-cour.
Ce fut vraiment une catastrophe pour le pauvre poussin. Babyton ne voulait pas jouer avec les autres canetons dans la mare, il trouvait l’eau trop sale. En plus un vilain canard boiteux le traita de poule mouillée. Un autre s’était moqué de son bec volumineux. Babyton est revenu dans le panier douillet en larmes, c’était une épreuve terrible qu’il venait de vivre.
- Maman, Maman ! Hurla Babyton, les canards sont méchants et ils sentent mauvais !
Ils sont méchants car ils ignorent que tu es un canard de race supérieure. Regarde tes plumes comme elles sont blanches et lustrées, c’est parce que je les ai bien lavées. Sois fier et avance dans la cour la tête haute, ne fréquente plus jamais ces canards sauvages !
- Piou ! Piou ! Pleurnicha Babyton, mais alors, si je ne suis pas un canard ni un chat, qui suis-je ? Réponds-moi je suis tellement malheureux !

Très contrariée, Chiffonnette lui raconta de nouveau sa naissance.
- Un jour, tu es tombé du ciel, dans mon panier. Je t’ai soigné, chouchouté, dorloté comme une maman oiseau. Je t’aime mon poussin, c’est moi qui t’ai couvé et donné ce nom Babyton ; aussi ne me le reproche pas !
Sans doute t’ai-je trop lavé, et c’est pour cela que tu es différent des autres ! N’es-tu pas content d’être un canard peu ordinaire ?
- Mais Maman, j’aimerais tant patauger dans la boue comme les autres ! J’aimerais tellement manger du maïs et non du poisson que tu me donnes tous les jours ! J’aimerais aussi courir et nager !
- Nager ? Sûrement pas ! Tu sais comme j’ai peur de l’eau et si je devais te récupérer dans une mare, je me noierais ! Non ! Ne me dis plus de bêtises ?
- Piou ! Piou ! Gémit Babyton.
Chiffonnette regrettait amèrement d’avoir été si dure avec son petit. Comme il est malheureux ! Mais d’où vient-il ? Les canards ne veulent pas de lui. Les poules, n’en parlons pas ! Il est si beau et délicat, la vie dans la ferme ne lui convient pas. Demain je l’emmènerais loin d’ici. Cet endroit si peu hospitalier n’est pas pour lui.

Le lendemain Chiffonnette fit ses bagages, prit Babyton et quitta la ferme.
Je vais t’emmener dans les bois, nous chasserons et nous rencontrerons certainement des oiseaux de ta race !
Le premier jour Babyton était heureux, la forêt en cette période d’automne avait revêtu son manteau de feuilles rousses. Les champignons pointaient leurs têtes curieuses à travers la mousse.
- Salut les amis ! Cria Babyton, en voyant les écureuils rassembler leurs noisettes pour l’hiver.
- Sauvons-nous ! Cria un écureuil, voilà une chatte et son petit qui ne feront qu’une bouchée de nous !
- Ne vous sauvez pas ! Dit de nouveau Babyton, je suis votre ami et j’aimerais jouer avec vous !
Même les oiseaux s’envolaient au passage de Chiffonnette et de Babyton. Les mulots, les souris, tous ces animaux avaient peur des chats. Babyton pleurait :
- Tu vois bien Maman, même ici on ne veut pas de moi ! Je viens de nulle part.
- Calme-toi, c’est normal que les oiseaux aient peur des chats, depuis toujours nous les chassons. Ils n’ont pas remarqué que tu étais des leurs. Essaye de chanter ou de siffler, ils te reconnaîtront !
Babyton gonfla son petit torse et poussa un cri tellement rauque que tous les oiseaux se mirent à rire.
- Drôle d’oiseau ! Piailla un merle, mais où as-tu appris à t’égosiller de la sorte, dans un pigeonnier ?
- C’est ça, moquez-vous de moi vilain merle ! Protesta Babyton. Maman, partons de cet endroit, ce n’est pas ma place ici.
- Attendons demain, nous venons à peine d’arriver et je suis si fatiguée. Au levé du jour tu changeras peut-être d’avis !

La nuit Babyton eut beaucoup de mal à dormir. Les chouettes, les chats huants et les hiboux n’arrêtaient de scruter les deux fugitifs.
- Je ne suis vraiment pas un animal de la forêt, pensa Babyton, c’est lugubre la nuit. Ce doit être difficile de vivre en pleine nature. Je préférais la ferme même si les canards ne m’aimaient guère.
Au petit matin, la rosée vint mouiller le museau de Chiffonnette. Une légère brise finit par réveiller les deux dormeurs.
- Comme il fait froid ! Cria Babyton, vite maman on rentre à la maison !
- Oh ! Bailla Chiffonnette, il y avait bien longtemps que je n’avais dormi aussi profondément !
Elle s’étira, et secoua ses pattes.
- Vois-tu Babyton, à la maison nous prenons de mauvaises habitudes. Le panier est trop confortable, il fait trop chaud, et nous ne savons plus apprécier la nature. Cette escapade dans la forêt, m’a fait le plus grand bien.
Jamais Chiffonnette ne fut aussi loquace ; elle était ravie, sa véritable nature avait pris le dessus. Pour un peu elle serait redevenue sauvage. Pas le petit Babyton, il détestait cette forêt et n’avait qu’une hâte, rentrer le plus rapidement possible.
- Bien, maugréa Chiffonnette, rentrons si tel est ton désir. Je pense que tu es un garnement trop gâté. Mais avant de retourner à la maison, allons faire une ballade au marché.
- Au marché ? Qu’est-ce qu’un marché ? Questionna Babyton.
- Tu verras c’est très amusant, il y a des marchands de légumes, de poissons et même des animaux.
- Cela sert à quoi, un marché ?
- Les enfants et les grandes personnes se promènent, bavardent, font des provisions. C’est l’occasion de se retrouver et de parler de la pluie ou du beau temps. C’est une fête, et peut-être rencontrerons quelqu'un qui connaît tes origines !

Encore une fois Chiffonnette prit tout son temps pour bien laver son petit. Les voilà tous les deux sur la place du village. Il y avait foule et Babyton était tout énervé à la vue de ces gens qui se bousculaient pour approcher les marchands.
Soudain, une voie stridente interpella le poussin :
- Eh ! Toi, le poussinot, tu ne serais pas le petit de la Franquette ?
- Chiffonnette regarda d’où provenait cette voie. Elle vit alors un superbe perroquet dans une cage dorée.
- C’est à nous que vous parlez ? Demanda-t-elle.
- Et oui, ma petite dame ! renchérit l’oiseau. Figurez-vous que votre petit poussin ressemble étrangement à ma cousine Franquette !
- A ce nom, Chiffonnette tressaillit. Elle comprit de suite que ce perroquet arrogant, devait connaître la véritable identité de son cher petit
- Dites-moi mon brave, que savez-vous au juste de votre cousine ?
- C’est une bien longue histoire madame. Voyez-vous, l’année dernière, toute la troupe faisait son numéro. Nous sommes des artistes dans la famille. Nous faisons partie d’un cirque et nous voyageons de ville en ville. Je disais donc, nous étions dans ce village et c’était jour de repos pour toute l’équipe. Nous avions décide de faire une ballade dans les champs. Ma cousine, avait déjà son œuf et elle le promenait partout. C’était une bonne mère ! Nous avions faim, aussi nous nous sommes rassasiés dans un champs de blés. Hélas, le fermier n’était pas loin et dés qu’il nous a vus, il a lâché ses chiens sur nous.
- Je commence à comprendre ! Dis Chiffonnette.
- Ensuite nous avons couru, ma pauvre Franquette avait bien du mal à tenir l’œuf sous son aile. Aussi, quand nous sommes passés devant une cour de ferme, j’ai crié : jette ton œuf ! On viendra le récupérer demain. On a eu la plus grosse trouille de notre vie.
- Seulement le lendemain, lorsque nous voulions aller chercher l’œuf, nous ne l’avons jamais retrouvé. Depuis, nous errons de ville en ville, nous espérons le retrouver.
- Aujourd’hui, je pense que le petit doit être née, et comme votre poussin ressemble à Franquette, le doute n’est pas permis. Je crois que c’est le sien. Une chatte n’a jamais donné naissance à un poussin !

Chiffonnette a écouté cette histoire, elle comprend que le perroquet a raison, malgré tout elle l’interroge.
- Dites-moi pourquoi, mon poussin n’a pas d’aussi jolies plumes colorées, comme les vôtres ? Et pour quelle raison, votre cousine n’est pas là ?
- Pour ce qui est la couleur des plumes, c’est normal, Franquette est toute blanche. C’est la race des grands seigneurs ! Et si ma cousine n’est pas là ; c’est qu’elle est bien malade depuis la disparition de son œuf. Elle se laisse mourir. Autrefois elle dansait et moi je chantais, mon frère Frédo, jouait de la contrebasse. Mes sœurs faisaient les cœurs, je vous avais bien dit que nous sommes tous artistes dans la famille. Et le petit Babyton, vous auriez du l’appeler baryton !

Lorsque Babyton entendit toute cette conversation, une immense joie envahit son cœur de petit oiseau.
- Je suis un perroquet ! Je suis un perroquet ! Cria-t-il. Comme je suis heureux, je sais qui est ma famille. Emmène-moi vite voir ma maman. Je suis impatient de la connaître.
Babyton, tout à sa fougue ne se rendait pas compte, combien ces mots faisaient mal à Chiffonnette. Elle était heureuse qu’il retrouve ses origines, mais dieu que cet événement était cruel à vivre. Elle se reprochait d’avoir eu cette idée de venir au marché. Maintenant elle en était certaine, son poussin ne serait plus jamais avec elle.

Les choses allèrent rapidement ensuite, Chiffonnette se rendit dans la caravane du perroquet. Lorsque Franquette vit son fils, elle accourut en larmes et se jeta dans les bras du petit. La scène était émouvante, Chiffonnette pleurait, Babyton aussi mais ses larmes n’étaient certainement les mêmes que ses deux mamans.

Chiffonnette voulait s’esquiver discrètement en laissant là les retrouvailles si chaleureuses. Mais Babyton, qui la vit partir la supplia de rester, il ne pouvait pas se priver de sa maman nourricière. Aussi d’un commun accord, Jaco proposa à Chiffonnette de rester avec toute la famille perroquet. Tous reprirent la route et comme tout artiste continuèrent leur chemin.

Un jour si vous rencontrez une caravane transportant des oiseaux exotiques et une chatte peu ordinaire, arrêtez-vous, c’est certainement Chiffonnette !

vendredi 21 juillet 2017

Les rêves d'Arthur - Aline Conord



Un jour la maîtresse d’école demanda aux élèves de raconter leurs rêves...
Hélas ! Arthur ne se souvenait jamais de ses rêves.
Il avait beau essayer de fermer les yeux et d’y penser très fort, rien n’y faisait. Il était désespéré. D’autant que ses petits camarades arrivaient bien à se souvenir.

- Tu n’es qu’un paresseux, lui dit sa maîtresse, allez fait un effort ! Et chaque soir, avant de t’endormir, bois du lait chaud, tu verras tes rêves viendront tout seul ! Le lendemain tu pourras nous les raconter... Regarde Hector et Marius , ils savent me les raconter !
Les deux élèves riaient et se moquaient d’Arthur.
- Je vais essayer, promit Arthur très tristement (comme ils m’agacent Hector et Marius) pensa Arthur, je parie qu’ils inventent leur rêve pour être bien vu de la maîtresse. Ce soir j’irais vite au lit, je prendrais un bol de lait chaud et je ferais travailler mes méninges !

- Pourquoi vas tu te coucher si tôt ? s’étonna sa maman, tu es malade ?
- Non ! Il faut que je rêve, alors j’y vais !
- Mais les rêves ne sont pas sur commande, s’inquiéta sa maman. Qu’est-ce que cette histoire encore ? Tu me caches quelque chose, tu as une mauvaise note ?
- Non maman ! je t’assure, il faut que je me souvienne de mon rêve pour le raconter demain.

Et voilà Arthur qui essaya de s’endormir et de rêver. Hélas, le lendemain matin, au réveil les yeux d’Arthur étaient encore remplis de sommeil mais pas de rêve.
- Quel désespoir ! gémit-il, toute la classe va encore se moquer de moi !
Effectivement, Hector raconta son merveilleux rêve, dans lequel il était un chasseur de papillons, Marius était un cheval magnifique...
- Si encore, j’avais rêvé que j’étais, moi Arthur, ce petit garçon rouquin et malicieux qui gambade dans la cour de récréation ? Même pas, rien, le néant. J’ai le cerveau vide ! Sans rêve !

Pauvre Arthur , il se lamentait sur son banc et pleurait à n’en plus finir.
Un arbre qui perdait ses feuilles, car nous étions en automne, remarqua ce pauvre petit garçon qui pleurait.
- Arrête de m’arroser les pieds , lui cria l’arbre , je vais devenir un saule pleureur ! Dis - moi plutôt pourquoi tu as ce gros chagrin ?
- Je suis la risée de ma classe , car je suis incapable de rêver.
- Hum ! C’est étrange , car tout le monde rêve ! Si tu essayais d’inventer un rêve cela marcherait sans doute.
- Non ce serait un mensonge et c’est vilain de mentir.
- Alors ! Dans ce cas débrouille toi ; moi je voulais simplement te rendre service !
Au fond, pensa Arthur, l’arbre a peut être raison, je vais inventer un rêve.
Il prit une grande feuille de papier et se mit à écrire, au fur et à mesure qu’Arthur écrivait, son imagination s’enflammait .

Il se mit à écrire n’importe quoi et n’importe comment. Ses phrases n’avaient ni queue ni tête. Par exemple il écrivait :
" Aujourd’hui j’ai parlé à un arbre qui en avait marre de me voir pleurer car mes larmes lui arrosaient les pieds... Mais lui , il ne se rend pas bien compte qu’il perd ses feuilles et qu’elles m’agacent à tournoyer autour de moi !... ".
Je cherche un rêve, et je ne le trouve pas, rien ne se pointe à l’horizon ! Rêve où es-tu ? Rêve m’entends-tu ?

Arthur fit un effort surhumain et se concentra au maximum pour inventer un rêve. A ce régime, il fatigua vite son cerveau et finit par trouver le sommeil. Il s’endormit d’abord doucement, faiblement, puis de plus en plus profondément.
Enfin, Arthur s’endormit à poings fermés, sur le banc dans la cour de récréation.
Les feuilles de l’arbre continuèrent de tomber et recouvrirent entièrement le corps d’Arthur. Soudain le miracle se produisit Arthur se mit à rêver.

D’abord des petites bulles éclatèrent devant ses yeux et pénétrèrent dans sa tête. A ce moment le rêve prit sa véritable ampleur.
Arthur était devenu un magicien vêtu d’une cape lumineuse, il portait un chapeau claque. Avec sa baguette magique il fit sortir trois colombes de son chapeau. Ensuite sa cape se transforma en tapis volant, ce tapis l’emporta dans les airs à la façon d’un cerf-volant.
Il vola ainsi au dessus des montagnes et des océans. Il écarquillait les yeux et regardait autour de lui. Les arbres, les fleurs, les animaux et les enfants, volaient comme Arthur. Il était entré dans le pays du rêve.

Le rêve est une magnifique planète volante ou les parfums nous enivrent , les couleurs nous émerveillent et les musiques nous bercent.
Arthur se sentait léger comme une plume. A sa grande surprise il vit Hector ; Marius et sa maîtresse d’école, sur la planète du rêve.
- Comme ils sont beaux ? Regardez mes amis cria Arthur, moi aussi je suis entré dans le monde. C’est un monde merveilleux.
- Viens avec nous ! cria Marius, tu vas voir là-bas au bout de ton rêve, il y en aura d’autres encore, plus doux, plus merveilleux que les premiers.
- Sois le bienvenu dans le monde du rêve ! lui chanta une petite fille qui volait.
- Tiens, pensa Arthur on dirait ma copine Stella ? Elle aussi elle rêve ?

Pendant des heures interminables, Arthur dormait sur son banc . La maîtresse d’école essaya en vain de le réveiller :
- "Arthur ! Réveille - toi , la classe est finie . Tu vas avoir froid sur ce banc ? "
Rien n’y fit ,Arthur continuait de dormir et de rêver .Il était parti dans son monde féerique avec ses petits camarades de classe . Il voyageait par dessus les villes, les villages, les plaines.
Il vit sa maman qui le félicitait car il venait d’obtenir la meilleure note pour son devoir. Elle lui donnait des confiseries et lui criait :
- Arthur ! Arthur ! réveille toi mon petit. En réalité sa maman était inquiète. Elle avait fait venir le docteur, car Arthur dormait depuis plus de trois jours.
- Voyez-vous, dit le docteur, Arthur ne semble pas malade, il a l’air en bonne santé, ses joues sont bien roses, regardez- le, il sourit !
- Oui, il sourit, mais il ne bouge pas beaucoup dit la maman .
- Il respire normalement, rassura le docteur, s’il est fatigué laissez le dormir.

Arthur continuait de dormir et de rêver. Maintenant tous les gens du village étaient inquiets, le curé, le boulanger, le boucher, tous passèrent près d’Arthur et le regardèrent dormir.
Cela fait trois mois qu’Arthur dort sur ce banc recouvert de feuilles mortes. Il était devenu la distraction du village.

- Il n’a pas maigri , il est tout souriant et il semble en pleine forme dit le docteur.
Personne ne pouvait réveiller Arthur , les rêves l’avaient emporté si loin , si haut ......
Les saisons passèrent très vite , l’hiver était fini et le printemps commençait à faire pointer les bourgeons.
L’arbre avait perdu toutes ses feuilles, mais les nouvelles toutes petites et toutes vertes poussèrent. Les oiseaux chantaient sur les branches. Une légère brise vint caresser la joue d’Arthur. Au contact du froid Arthur bougea, s’étira sur son lit de feuilles mortes et bailla à se décrocher la mâchoire.
De ses yeux ronds tout étonné , il regarda autour de lui et se demanda combien de temps il avait dormi. Tous les gens du village étaient autour de lui, le docteur, le boucher, la maîtresse d’école, les élèves et sa maman.
- Comme il est mignon ! s’étonna une petite fille , il est tout roux et tout ébouriffé !
- Alors Arthur ! lui dit gentiment la maîtresse d’école, tu as passé un bon hiver ?
- Oh oui ! maîtresse et j’ai bien rêvé cette fois - ci !
Les enfants se mirent à rire, Arthur ne comprenait pas pourquoi les enfants riaient. Sa maman le savait et vous le savez-vous ?
En réalité, Arthur était un petit écureuil tout roux. Il s’était égaré dans la cour de l’école et il avait choisi ce banc sous l’arbre pour passer l’hiver.
Il avait entendu les enfants parler de leurs rêves un jour de septembre à la rentrée des classes.
Voilà pourquoi depuis toujours les écureuils hibernent . En vérité je vous le dis, ils rêvent...

jeudi 20 juillet 2017

Un drôle de voyage - Classe de 5B


Il était une fois en Angleterre, un professeur qui travaillait dans une université de Londres. Il travaillait sur une machine étrange et merveilleuse.
- " Excusez-moi ! J’ai oublié de me présenter, je m’appelle Henri Dutemps. "

Un jour, il cria : " Ma machine est terminée. "

Tout à coup, le téléphone sonna. C’était les voisins, pour lui dire que sa femme était à l’hôpital. Il prit sa voiture et fonça à l’hôpital.

Pendant ce temps, à l’université, son directeur entra dans le laboratoire du professeur. Il n’était pas d’accord avec cette invention, il chipota à la machine.

Après peu de temps, il revint près de son invention, il décida de la tester. Il s’installa aux commandes, appuya sur le bouton rouge. Tout à coup, un gros bruit retentit. Il regarda le compteur et vit qu’il retournait vers le passé. Il atterrit en l’an 1012.

Il ouvrit les yeux et se trouva nez à nez avec un lutin au bonnet rouge et aux habits verts.

Il lui dit " Hello ".

Le professeur lui rendit son bonjour.

Ils firent les présentations. Ils devinrent amis.

Il demanda au lutin " Où suis-je ? "

Le lutin répondit : " Vous êtes dans la forêt de Cherwood ! "

Il leva la tête et vit dans le ciel une sorcière sur son balai. Elle dirigea son doigt vers le lutin et prononça une formule et tua le lutin.

Mais avant de mourir, le lutin avait eu le temps d’offrir un collier magique à son nouvel ami.

Il décida de se venger de la sorcière.

Le professeur décida de trouver la tanière de la sorcière, mais il ne la trouva pas.

Il fit son premier vœu : " Je voudrais trouver la sorcière. " Une tornade l’emporta et le déposa devant la sorcière qui avait un sourire moqueur. La sorcière se jeta sur lui, il attrapa un bâton et transperça la sorcière. Et elle disparut.

Après cette aventure, le professeur avait faim et soif. Il fit son deuxième vœu : " Je voudrais des victuailles. " De la nourriture et du vin apparurent.

Il retourna près du lutin et fit son troisième vœu : " Je voudrais que tu revives. " Il toucha le lutin et celui-ci se releva.

Il pensa à sa femme et décida de faire son dernier vœu : " Je voudrais retourner chez moi ". Il dit au revoir au lutin et disparut.

Quand il ouvrit les yeux, il était dans son laboratoire.

Il était content d’être chez lui, il avait vécu une aventure pas comme les autres.

mercredi 19 juillet 2017

Pierre qui roule n'amasse pas mousse ©Lucie Montebello 2001



Il était une fois un pays où les deux puissances royales se chamaillaient sans cesse. Il faut dire que la frontière entre les deux était très mince.
On pouvait marcher sur l'une, le roi-sable le permettait bien volontiers.
Chaque habitant du pays avait le droit de s'allonger sur lui sans que celui-ci ne se fâche comme le fait son confrère du Sahara qui déchaîne des bourrasques effroyables.
On pouvait nager dans l'autre, le roi-océan avec ses rouleaux dans lesquels les petits cailloux tourbillonnaient avec les coquillages et les algues.
Or, à chaque fois , le roi-océan empiétait sur l'endroit réservé au roi-sable, comme pour le faire enrager. En effet, le sable se laisser recouvrir par l'eau et ses bougonnements colériques n'y changeaient rien.
Alors que le sable voyait arriver les arrogantes vagues, l'autre jubilait avec ses tourbillons de bigorneaux qui gesticulaient fièrement dans la mousse de l'océan. Impuissant, le roi-sable ne pouvait plus supporter la tyrannie de la mer qui débordait toujours sur lui et l'humiliait en le
mouillant. Sa rage augmentait de jour en jour et il recommandait maintenant aux grains de sable qui se tenaient devant d'essayer de lutter contre l'envahisseur .
Mais, à sa grande surprise, il vit que ceux-ci n'obéissaient pas, plutôt réjouis de partir un à un dans la belle spirale que leur offraient le roi-océan et ses rouleaux.
Une nuit, la colère du roi-sable devint telle que le roi-océan ne se risqua pas de venir le contrarier. Il se retira alors complètement. Les gens du pays appelaient ce phénomène "la marée basse". Le roi-sable jouissait enfin de sa solitude malgré les reproches de ses grains qui eux, ne supportaient pas la chaleur étouffante. Le roi-sable, digne, ne voulait pas avouer qu'il avait chaud lui-aussi. Pourtant, un jour, le soleil tapa si fort que le roi laissa tomber sa fierté et appela le roi-océan au grand bonheur de tous les grains de sable.
Depuis, le roi-sable, conscient de ce que représente en fait son ennemi, décide d'essayer de vivre en harmonie avec lui.

 FIN

mardi 18 juillet 2017

Au gré du vent - Seneffe


A l'occasion de mon anniversaire (je sais il est un peu passé...) nous sommes allés en compagnie de nos amis de bouche au restaurant Au Gré du Vent, en pleine nature, dans la commune de Seneffe. C'était une première pour tous... Premier bon point, un immense parking.


Bon accueil dès l'arrivée et découverte d'une salle fort agréable avec suffisamment d'espace entre les table et des panneaux anti-bruit au plafond. Sur le mur, les lamelles de bois rappellent le mur de Attablez-vous, visité il y a quelques semaines.



Nous avons opté pour le menu coup de coeur à 60 euros et les vins qui l'accompagne (38 euros) sauf moi, éternelle Bobette qui me noie dans les bulles de mon eau.




Les choses ne traînent pas - et c'est très bien ainsi - apéritif et 6 mises en bouches en salve de deux.


Première entrée : tomate d'antan - haddock fumé sur lit de basilic tartiné sur un biscuit. Bel équilibre de saveur et de texture quoi que de l'avis unanime le biscuit était un peu sec et difficile à couper.


Seconde entrée : Dorade royale au chorizo, fenouil et bouillabaisse. Tout le monde a apprécié et je dois les croire car je ne mange pas de poisson. J'ai par contre bien aimé les légumes juste à point.


Le plat principal : pluma iberico, artichaut, girolle, oignon confit, chips et quenelle de pomme de terre. Le pluma est un muscle en forme de pointe de silex situé à l’avant des lomos et enveloppé d’une fine cape de graisse goûteuse. Pour un cochon de 170 kilos, on compte 2 plumas de 180 grammes chacun. Tendreté, texture, cuisson, un moment parfait !


Moment fromage avec un très joli plateau et des fromages de la ferme de la Rosée à Corenne qui méritent le détour. On peut trouver le Corennois, un fromage à pâte pressée au lait cru de vache en différents affinages.


Mention toute particulière pour le pain servi au cours du repas.


Mon moment préféré, le dessert "Autour de l'abricot". Petit bémol, la glace au sésame... pas vraiment bonne.


Et pour terminer des mignardises servies avec le café. Boule aux cacahuètes, pâte de fruits eucalyptus, chou, tartelette chocolat. Pas vraiment le nirvana sauf en ce qui concerne la boule cacahuètes.

Nous avons passé un excellent moment et je recommande cette adresse.

Restaurant "Au gré du Vent"
Stéphanie Thunus et Sébastien Guchet
Rue de Soudromont, 67
7180 Seneffe, Belgique
Ouvert mercredi, jeudi et vendredi : Midi et soir
Ouvert samedi soir
Ouvert dimanche midi
064 33 66 01

lundi 17 juillet 2017

Audrey retrouvée - Sophie Kinsella



Audrey a 14 ans. Elle souffre de troubles anxieux. Elle vit cachée derrière ses lunettes noires, recluse dans la maison de ses parents à Londres.
Ça, c'était avant.
Avant que Dr Sarah, son psychiatre, lui demande de tourner un film sur sa famille, pour voir la vie d'un oeil nouveau : celui de la caméra.
Avant que Linus, un copain de son frère, débarque. Avec son grand sourire et ses drôles de petits mots griffonnés sur le coin d'une feuille, il va pousser Audrey à sortir. Et à redécouvrir le monde...



Sophie Kinsella, de son vrai nom Madeleine Wickham, est née le 12 décembre 1969 à Londres. Elle vit actuellement à Londres avec son mari et ses trois jeunes fils: Freddy, Hugo et Oscar. Sa sour Gemma Townley est aussi une auteur.
Sophie Kinsella a étudié au New College et est devenue écrivain après avoir été journaliste financière.
Sophie Kinsella est devenue mondialement célèbre pour son roman Confessions d'une accro du shopping (2002) et son héroïne, Becky, une jeune journaliste financière dépensant sans compter pour sa passion dévorante, la mode. Les aventures de Becky et de sa famille se poursuivent dans Becky à Manhattan (2003), L'Accro du shopping dit oui (2004), L'Accro du shopping a une sour (2006), L'Accro du shopping attend un bébé (2008), Mini accro du shopping (2011) et L'Accro du shopping à Hollywood (2015). C'est l'expérience hollywoodienne de Sophie, à l'occasion de l'adaptation au cinéma des Confessions d'une accro du shopping en 2009, qui lui a inspiré ce dernier opus.
Sophie est également l'auteur de six romans, aux héroïnes aussi délurées et attachantes que Becky Bloomwood-Brandon : Les Petits Secrets d'Emma (2005), Samantha, bonne à rien faire (2007), Lexi Smart a la mémoire qui flanche (2009), Très chère Sadie (2013), Poppy Wyatt est un sacré numéro (2013) et Nuit de noces à Ikonos (2013).
C'est à l'âge de 24 ans, alors journaliste financière, que Sophie a écrit son premier roman, signé de son véritable nom, Madeleine Wickham. Ont suivi : La Madone des enterrements (1999), Un week-end entre amis (2007) ou encore Cocktail club (2012). Elle a soumis en secret à ses éditeurs le premier roman signé Sophie Kinsella en ne révélant son identité qu'à la publication du justement très bien nommé Les Petits Secrets d'Emma (en anglais : Can you keep a secret ?).
Sophie a brièvement étudié la musique avant de se tourner vers les sciences sociales.
Tous ses romans sont publiés chez Belfond, et repris chez Pocket.

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Broché: 304 pages
Editeur : Pocket Jeunesse (3 mars 2016)
Collection : Pocket Jeunesse
Langue : Français
ISBN-10: 226626222X
ISBN-13: 978-2266262224
Dimensions du produit: 14,2 x 3 x 22,6 cm

dimanche 16 juillet 2017

Halloween - Nicole Coste



Il était une fois, loin au fond des bois, un pays nommé :
« pays secret ».
On chuchotait, on supputait, on imaginait,
mais la réalité était pire…
sorcières, mauvais génies,
s'y retrouvaient,
y complotaient,
y manigançaient.
Humains passez votre chemin,
Ne vous arrêtez pas,
N'essayez pas de percer les secrets des potions magiques !
Tout autour,
les crapauds coassaient, bavaient,
les araignées tissaient leurs toiles !
Dans toutes les contrées avoisinantes, on tremblait.
Que se passait-il là-bas au fond des bois ?
Bientôt le grand sabbat des sorcières, bientôt…
Dans les campagnes, on s'agitait, on réfléchissait…
La récolte des citrouilles battait son plein
quand une idée fusa.
On creusa,
On découpa,
On sculpta…
On choisit de grandes perches,
On plaça des bougies dans les potirons,
qui devinrent dans la nuit noire des têtes d'épouvantes !
Emmitouflés dans de grandes capes noires,
les villageois brandirent leurs perches
garnies des potirons,
transformés pour l'occasion,
en monstres flamboyants !
Frappant des pieds,
ils se mirent en marche,
pour encercler, là-bas, au fond des bois,
le pays de l'horreur !
quelle ne fut pas leur surprise, d'entendre des chants,
de voir s'écarter devant eux ,
les branches, les ronces et les taillis.
Ils se laissèrent guider, pousser,
par une force qui les conduisit vers une clairière,
où brûlait un grand feu.
Tout autour, sorciers, magiciens, génies et lutins
dansaient et chantaient pour accueillir les humains.
Bienvenue à vous !
Pour Halloween
Le savez-vous
Nos pouvoirs vous sont donnés !
Jetez des sorts,
Amusez-vous
Mais
Méchanceté n'utilisez jamais,
Car
Au pays des secrets
Enfermés vous serez
A tout jamais !
Une journée, une seule,
Vous est accordée !
Halloween est né !

samedi 15 juillet 2017

Yaël - Arnaud Rollet © Novembre 2002



C'est un petit garçon tout plein de taches de douceur.
Ses cheveux, toujours coiffés en bataille, sont de la couleur des blés…
Mais, est-il important de mieux le décrire ?
Non, ce qui importe, c’est de savoir ce qu’il fait, ce petit garçon tout plein de taches de douceur.
Yaël est un ange.
L’ange de tous les enfants du monde.
Dans des textes très anciens, il est écrit que lorsqu’il naît, un enfant sait déjà presque tout. Il parle toutes les langues, connaît déjà beaucoup d’histoires.
Mais, ce serait trop facile ! Tout au long de la vie, les hommes doivent apprendre, toujours et encore !
C’est pour cela que le jour de la naissance d’un petit enfant, Yaël vient le visiter, lui pose son doigt sur les lèvres en lui disant : « Chut ! Tu as encore bien le temps d’apprendre, ne va pas trop vite ! »
Alors, à ce moment, le petit enfant lui sourit. Il est d’accord avec lui. Il est d’accord pour faire semblant d’oublier ce qu’il sait déjà et recommence à apprendre, tous les jours, tous les jours.
Ce qu’il apprend, cela dépend de beaucoup de choses. Chaque petit enfant a une vie bien à lui, déjà bien remplie.
Dans certains pays, dans certaines familles, pourtant, les enfants apprennent la vie des adultes beaucoup trop vite.
Yaël est toujours là, à côté d’eux, et les aide de son mieux. Mais c’est un ange encore bien jeune et parfois, il ne peut pas...

Il est pourtant toujours là, à côté d’eux et les aide de son mieux. C’est pour cela qu’il arrive à Yaël d’être triste, parfois. Alors, certains soirs, essaye de penser un peu à lui. Il le saura et cela le réconfortera beaucoup. Peut-être même viendra-t-il te voir, quand tu dormiras et il te protègera.

Tu as remarqué qu’au milieu de tes lèvres, il y a deux petites fossettes ?

C’est la marque du doigt de Yaël, l’ange de tous les petits enfants du monde.

vendredi 14 juillet 2017

Le père-temps ©Lucie Montebello



Connaissez-vous le père-temps, ce petit monsieur barbu qui vit loin de vous, au-dessus de vos têtes?
Savez-vous qu'il est l'origine de la pluie, de l'orage, de la neige et du vent?
Où habite-t-il, me demanderez-vous.
Et bien, sur les nuages, sur ces confortables barbe à papa blanches qui volent dans le ciel.
Le père-temps a là-haut une vie bien à lui.
Souvent, il commence par arroser les fleurs, soigneusement plantées dans la mousse des nuages.

Il prend soin de ses pots de fleurs adorés, tellement soin qu'il les arrose à les faire déborder et amène la pluie qui perle sur vos têtes.
Son autre passe-temps, c'est de s'amuser avec ses nuages.
Il invente en effet toutes sortes de jeux avec eux, comme la course.
Il ordonne aux nuages de s'aligner et donne le départ.
Or, comme chacun veut doubler l'autre, ils se bousculent et se disputent.
Parfois, vous pouvez  même voir des étincelles dans le ciel et entendre les grondements de ces mauvais perdants.

Quelquefois, le père-temps doit se couper la barbe , quand celle-ci, aussi blanche que ses nuages, arrive au niveau des pieds.
Il la taille en général lorsqu'il fait froid, pour éviter qu'elle ne gèle.
Quand il a fini, il balaye et tous les bouts de barbe voltigent dans le ciel: et oui, voilà la neige qui, au matin, vous émerveille de son tapis blanc.
Une longue barbe comme celle-ci demande beaucoup d'entretien et pas seulement un coup de ciseaux.

Régulièrement, le père-temps la nettoie, c'est une de ses occupations préférées.
Enfin, ce long travail se termine par un séchage méticuleux, à l'aide d'un sèche-cheveux géant qui amène le vent. Et c'est ce vent terrible qui vous décoiffe et fait voler vos chapeaux.
Très loin de se douter de ce qu'il apporte sur la terre , le père-temps continue son train-train quotidien et vit heureux en compagnie de ses nuages.

 FIN

jeudi 13 juillet 2017

Le Noël du Père Noël - Fata



C’était un jour à ne pas mettre un chien dehors.
La neige tombait dru depuis de longues heures. Des flocons s’infiltraient sous la porte et le vent passait par les châssis qui n’étaient plus de première jeunesse.

Le Père Noël boutonna sa chemise jusqu’au dernier bouton en faisant une grimace car avec l’âge, son cou s’était quelque peu ratatiné. Il passa un chaud tricot de laine et ajouta par-dessus un gilet qu’il boutonna également. Il enfila des chaussettes bien épaisses et chaussa ses bottes fourrées. Enfin, il se drapa dans son ample manteau de drap rouge et noua soigneusement son écharpe. Il prit sa paire de gants fourrés et pareillement harnaché, il se regarda dans le miroir accroché dans l’entrée.

- " Tout le monde dit que je suis gros, pas étonnant avec autant de couches - je ressemble à un oignon " Au lieu de le faire rire, cette réflexion eut le don de l’agacer un peu plus.
- " Quelle nuit atroce ! Je serais bien mieux confortablement installé près de ma cheminée et buvant un chocolat chaud fumant ... " Là encore, cette pensée le rembrunit un peu plus et son front se plissa.

Le Père Noël sortit de sa maison. Son renne Ferdinand l’attendait depuis de longues minutes. Il avait les naseaux gelés et ses yeux pleuraient. Le froid était si vif que les patins du traîneau ne voulaient pas se décoller du sol. Après une vérification sommaire de tous les paquets, l’équipage se mit en route.

Bien que de fort méchante humeur, le père Noël entonna son cri " Oh, oh, oh ! " et les clochettes se mirent à tintinnabuler. Il s’adressa à Ferdinand :
- " Pourquoi Noël est-il en hiver ? Ce n’est pas un temps pour voyager, il fait si froid, il fait si noir ... Eh ! puis, je ne suis plus de première jeunesse. Il faut changer tout ça. Rien que pour toi, tu risques de te rompre le cou à tout moment. Je crois que je n’ai vraiment pas envie de distribuer mes cadeaux cette année. "

Il avait à peine prononcé cette dernière phrase qu’il arriva à la première maison de sa tournée. Les parois du toit étaient particulièrement abruptes et la glace les avait rendues aussi brillantes qu’un miroir. La cheminée n’était pas très large et Ferdinand se demandait comment le Père Noël allait pouvoir pénétrer à l’intérieur. Timidement, il se hasarda :
- " Si vous ne descendiez pas cette année Père Noël ? "
Le Père Noël lui lança un regard très noir.
- " Mais tu n’y est pas mon pauvre Ferdinand ! Tu ne voudrais pas que je demande que l’on m’ouvre la porte tout de même ... "

Le Père Noël enjamba le rebord et commença à descendre. Il ne put pénétrer que jusqu’à la taille car avec un gilet en plus, le conduit était bien trop étroit pour lui. Il essaya en vain de respirer, de ne pas respirer, de se tirer, de se tordre dans tous les sens ... Rien. Il ne bougea pas d’un millimètre. Déjà des braises atteignaient la semelle de ses bottes. Elles se mirent à roussir en dégageant une épaisse fumée qui le fit tousser. Ferdinand s’approcha et poussa tellement fort que le père Noël et ses cadeaux furent propulsés vers le bas tels un boulet de canon. Le Père Noël se retrouva dans le salon couché sur le dos au beau milieu des cadeaux. En bougonnant, il remplit les souliers des enfants de tous les présents qu’ils avaient demandés et remonta avec beaucoup d’effort le long du conduit en se disant que l’an prochain Noël devra véritablement être à un autre moment. Arrivé sur le toit près de Ferdinand, il lui dit :
-" L’an prochain, nous avancerons la fête de Noël "
Vaguement inquiet, le renne lui demanda entre deux rafales de neige :
-" Ce sera beaucoup plus tôt ? "
-" En juillet, je pense que ce sera la bonne époque juste au moment où la nuit est si douce, si lumineuse... "

Les mois passèrent bien vite et le mois de juillet pointa son nez. Le Père Noël plus affairé que d’ordinaire ne vit pas les jours passer. Le Père Noël avait fait en six mois le travail qu’il effectue d’ordinaire en une année entière et il n’avait pas pris beaucoup de repos.

Le soir du 24 juillet, il demanda à Ferdinand de sortir le chariot à roues. Il ne pouvait pas utiliser son traîneau puisqu’il n’y avait pas de neige... Il rentra pour se préparer. Tout d’abord, il entreprit de se raser. La barbe, c’est bien l’hiver pour avoir chaud mais l’été, rien de tel qu’un bon rasage de frais. Il enfila un jeans, prit dans son armoire son plus beau tee-shirt et chaussa une paire de sandales en cuir. En passant devant le miroir de l’entrée, il ne put s’empêcher de se trouver très bien. Il était très à la mode, très mince et d’une humeur excellente. C’était pensait-il une excellente idée d’avoir changé la date de la fête de Noël.

Il sortit de sa maison. Son renne Ferdinand l’attendait depuis de longues minutes. Après une vérification sommaire de tous les paquets, l’équipage se mit en route. Le père Noël entonna son cri " Oh, oh, oh ! " Ils arrivèrent sans encombre à la première maison de la tournée. La cheminée était toujours aussi étroite mais il s’y engouffra sans aucun effort. Il se mit bien vite à éternuer à cause de la suie restée dans le conduit et aussi de ses narines qui n’étaient plus protégées par sa moustache. Une fois dans la pièce, il resta très étonné. Rien n’était comme d’habitude. Pas de petits souliers alignés devant la cheminée, pas de sapin de Noël, pas de décoration et surtout pas de petit verre de goutte ni de morceau de bûche de Noël à son intention. La maison était déserte, comme abandonnée. " Mais ce n’est pas possible, pensa le Père Noël, ils n’ont pas pu me faire ça ! à moi ! Ils sont partis en vacances ". Il reprit ses cadeaux et remonta sur le toit où le renne l’attendait.

Il n’était pas en très bonne compagnie, le renne Ferdinand. Des moustiques tournaient tout autour de lui, s’arrêtant de ci, de là pour le piquer un peu. Il n’était pas de très bonne humeur et lorsque le Père Noël apparut, il se mit à se plaindre :
-" L’hiver au moins, il n’y a pas toutes ces bestioles. Regardez comme elles m’ont piqué ! " Son œil était déjà tout enflé et sa queue allait et venait en tous sens pour essayer de les chasser.

Ils firent le tour des maisons mais c’était partout la même chose. Soit, les gens étaient en vacances, soit les enfants ne dormaient pas à cause de la chaleur. Par trois fois, le Père Noël faillit être vu et même la dernière fois, les parents crurent qu’un voleur était entré dans la maison et appelèrent la police. Le Père Noël grimpa sur son chariot à roues et s’enfuit en direction de sa maison. Il allait tellement vite que les cadeaux tombèrent les uns après les autres. Furieux de cette mésaventure, le Père Noël jura qu’on ne l’y reprendrait plus.

Le soir du 24 décembre, il sortit comme d’habitude dans la nuit glacée. Il avait pris ses gants, son gros gilet, sa chemise boutonnée jusqu’au dernier bouton et son ample manteau de drap rouge. Bien qu’il fasse plus froid que d’habitude, le Père Noël n’émit aucune plainte. Le toit de la première maison était toujours aussi pointu et aussi lisse, la cheminée aussi étroite. Il eut bien des difficultés à se laisser glisser jusqu’en bas mais il y parvint. Les petits chaussons étaient alignés devant la cheminée. Un sapin magnifique éclairait la pièce et une multitude de décorations rendaient ce lieu féerique. Il y avait sur la table un petit carton avec écrit en grosses lettres dorées : " POUR LE PERE NOËL " et juste à côté, un belle portion de bûche de Noël et un petit verre de goutte. Il trouva également une lettre tellement gentille qu’en la lisant, il sentit les larmes lui monter aux yeux.

" Mon cher petit papa Noël,
Je sais que je ne suis pas toujours très sage.
Je voulais te dire que tu es formidable.
Que malgré la neige et le froid tu viens toujours à la même date.
Je te fais un gros bisou.
Zoe "

La remontée lui parut facile. La suie n’entra pas dans ses narines car sa moustache avait repoussé Arrivé sur le toit, Ferdinand ne le vit pas arriver. Il fixait une étoile brillante en rêvant...

-" Tu sais, dit-il à son renne, c’est merveilleux un Noël en décembre.  Jamais je ne voudrais distribuer mes cadeaux à un autre moment." Et comme pour lui dire qu’il avait raison, toutes les cloches des environs se mirent à carillonner et une étoile filante passa au-dessus de la cheminée étroite.