samedi 21 avril 2018

Poil de Carotte - Le pot



Le pot

I
Comme il lui est arrivé déjà plus d’un malheur au lit, Poil de Carotte
a bien soin de prendre ses précautions chaque soir. En été, c’est facile. À
9 heures, quand madame Lepic l’envoie se coucher, Poil de Carotte fait
volontiers un tour dehors ; et il passe une nuit tranquille.
L’hiver, la promenade devient une corvée. Il a beau prendre, dès que la
nuit tombe et qu’il ferme les poules, une première précaution, il ne peut
espérer qu’elle suffira jusqu’au lendemain matin. On dîne, on veille, 9 heures
sonnent, il y a longtemps que c’est la nuit, et la nuit va durer encore une
éternité. Il faut que Poil de Carotte prenne une deuxième précaution.
Et ce soir, comme tous les soirs, il s’interroge.
– Ai-je envie ? se dit-il ; n’ai-je pas envie ?
D’ordinaire il se répond « oui », soit que, sincèrement, il ne puisse reculer,
soit que la lune l’encourage par son éclat. Quelquefois M. Lepic et grand
frère Félix lui donnent l’exemple. D’ailleurs la nécessité ne l’oblige pas
toujours à s’éloigner de la maison, jusqu’au fossé de la rue, presque en pleine
campagne. Le plus souvent il s’arrête au bas de l’escalier ; c’est selon.
Mais, ce soir, la pluie crible les carreaux, le vent a éteint les étoiles et les
noyers ragent dans les prés.
– Ça se trouve bien, conclut Poil de Carotte, après avoir délibéré sans
hâte, je n’ai pas envie.
Il dit bonsoir à tout le monde, allume une bougie, et gagne au fond du
corridor, à droite, sa chambre nue et solitaire. Il se déshabille, se couche
et attend la visite de madame Lepic. Elle le borde serré, d’un unique
renfoncement, et souffle la bougie. Elle lui laisse la bougie et ne lui laisse
point d’allumettes. Et elle l’enferme à clef parce qu’il est peureux. Poil de
Carotte goûte d’abord le plaisir d’être seul. Il se plaît à songer dans les
ténèbres. Il repasse sa journée, se félicite de l’avoir fréquemment échappé
belle, et compte, pour demain, sur une chance égale. Il se flatte que, deux
jours de suite, madame Lepic ne fera pas attention à lui, et il essaie de
s’endormir avec ce rêve.
À peine a-t-il fermé les yeux qu’il éprouve un malaise connu.
– C’était inévitable, se dit Poil de Carotte.
Un autre se lèverait. Mais Poil de Carotte sait qu’il n’y a pas de pot sous
le lit. Quoique madame Lepic puisse jurer le contraire, elle oublie toujours
d’en mettre un. D’ailleurs, à quoi bon ce pot, puisque Poil de Carotte prend
ses précautions ?
Et Poil de Carotte raisonne, au lieu de se lever.
– Tôt ou tard, il faudra que je cède, se dit-il. Or, plus je résiste, plus
j’accumule. Mais si je fais pipi tout de suite, je ferai peu, et mes draps auront
le temps de sécher à la chaleur de mon corps. Je suis sûr, par expérience,
que maman n’y verra goutte.
Poil de Carotte se soulage, referme ses yeux en toute sécurité et
commence un bon somme.

II

Brusquement il s’éveille et écoute son ventre.
– Oh ! oh ! dit-il, ça se gâte !
Tout à l’heure il se croyait quitte. C’était trop de veine. Il a péché par
paresse hier soir. Sa vraie punition approche.
Il s’assied sur son lit et tâche de réfléchir. La porte est fermée à clef. La
fenêtre a des barreaux. Impossible de sortir.
Pourtant il se lève et va tâter la porte et les barreaux de la fenêtre. Il rampe
par terre et ses mains rament sous le lit à la recherche d’un pot qu’il sait
absent.
Il se couche et se lève encore. Il aime mieux remuer, marcher, trépigner
que dormir et ses deux poings refoulent son ventre qui se dilate.
– Maman ! maman ! dit-il d’une voix molle, avec la crainte d’être
entendu, car si madame Lepic surgissait, Poil de Carotte, guéri net, aurait
l’air de se moquer d’elle. Il ne veut que pouvoir dire demain, sans mentir,
qu’il appelait.
Et comment crierait-il ? Toutes ses forces s’usent à retarder le désastre.
Bientôt une douleur suprême met Poil de Carotte en danse. Il se cogne au
mur et rebondit. Il se cogne au fer du lit. Il se cogne à la chaise, il se cogne à
la cheminée, dont il lève violemment le tablier et il s’abat entre les chenets,
tordu, vaincu, heureux d’un bonheur absolu.
Le noir de la chambre s’épaissit.

III

Poil de Carotte ne s’est endormi qu’au petit jour, et il fait la grasse
matinée, quand madame Lepic pousse la porte et grimace, comme si elle
reniflait de travers.
– Quelle drôle d’odeur ! dit-elle.
– Bonjour, maman, dit Poil de Carotte.
11
Madame Lepic arrache les draps, flaire les coins de la chambre et n’est
pas longue à trouver.
– J’étais malade et il n’y avait pas de pot, se dépêche de dire Poil de
Carotte, qui juge que c’est là son meilleur moyen de défense.
– Menteur ! menteur ! dit madame Lepic.
Elle se sauve, rentre avec un pot qu’elle cache et qu’elle glisse prestement
sous le lit, flanque Poil de Carotte debout, ameute la famille et s’écrie :
– Qu’est-ce que j’ai donc fait au ciel pour avoir un enfant pareil ?
Et tantôt elle apporte des torchons, un seau d’eau, elle inonde la cheminée
comme si elle éteignait le feu, elle secoue la literie et elle demande de l’air !
de l’air ! affairée et plaintive.
Et tantôt elle gesticule au nez de Poil de Carotte :
– Misérable tu perds donc le sens ! Te voilà donc dénaturé ! Tu vis donc
comme les bêtes ! On donnerait un pot à une bête, qu’elle saurait s’en servir.
Et toi, tu imagines de te vautrer dans les cheminées. Dieu m’est témoin que
tu me rends imbécile, et que je mourrai folle, folle, folle !
Poil de Carotte, en chemise et pieds nus, regarde le pot. Cette nuit il n’y
avait pas de pot, et maintenant il y a un pot, là, au pied du lit. Ce pot vide et
blanc l’aveugle, et s’il s’obstinait encore à ne rien voir, il aurait du toupet.
Et, comme sa famille désolée, les voisins goguenards qui défilent le
facteur qui vient d’arriver, le tarabustent et le pressent de questions :
– Parole d’honneur ! répond enfin Poil de Carotte, les yeux sur le pot,
moi je ne sais plus. Arrangez-vous.

vendredi 20 avril 2018

Poil de Carotte - Sauf votre respect




Sauf votre respect


Peut-on, doit-on le dire ? Poil de carotte, à l’âge où les autres
communient, blancs de cœur et de corps, est resté malpropre. Une nuit, il a
trop attendu, n’osant demander.
Il espérait, au moyen de tortillements gradués, calmer le malaise.
Quelle prétention !
Une autre nuit, il s’est rêvé commodément installé contre une borne, à
l’écart, puis il a fait dans ses draps, tout innocent, bien endormi. Il s’éveille.
Pas plus de borne près de lui qu’à son étonnement !
Madame Lepic se garde de s’emporter. Elle nettoie, calme, indulgente,
maternelle. Et même, le lendemain matin, comme un enfant gâté, Poil de
Carotte déjeune avant de se lever.
Oui, on lui apporte sa soupe au lit, une soupe soignée, où madame Lepic,
avec une palette de bois, en a délayé un peu, oh ! très peu.
À son chevet, grand frère Félix et sœur Ernestine observent Poil de
Carotte d’un air sournois, prêts à éclater de rire au premier signal. Madame
Lepic, petite cuillerée par petite cuillerée, donne la becquée à son enfant. Du
coin de l’œil, elle semble dire à grand frère Félix et à sœur Ernestine :
– Attention ! préparez-vous !
– Oui, maman.
Par avance, ils s’amusent des grimaces futures. On aurait dû inviter
quelques voisins. Enfin, madame Lepic, avec un dernier regard aux aînés
comme pour leur demander :
– Y êtes-vous ?
lève lentement, lentement la dernière cuillerée, l’enfonce jusqu’à la
gorge, dans la bouche grande ouverte de Poil de Carotte, le bourre, le gave,
et lui dit, à la fois goguenarde et dégoûtée :
– Ah ! ma petite salissure, tu en as mangé, tu en as mangé, et de la tienne
encore, de celle d’hier.
– Je m’en doutais, répond simplement Poil de Carotte, sans faire la figure
espérée.
Il s’y habitue, et quand on s’habitue à une chose, elle finit par n’être plus
drôle du tout.

jeudi 19 avril 2018

Poil de Carotte - Le cauchemar



Le cauchemar

Poil de Carotte n’aime pas les amis de la maison. Ils le dérangent, lui
prennent son lit et l’obligent à coucher avec sa mère. Or, si le jour il possède
tous les défauts, la nuit il a principalement celui de ronfler. Il ronfle exprès,
sans aucun doute.
La grande chambre, glaciale même en août, contient deux lits. L’un est
celui de M. Lepic, et dans l’autre Poil de Carotte va reposer, à côté de sa
mère, au fond.
Avant de s’endormir, il toussote sous le drap, pour déblayer sa gorge.
Mais peut-être ronfle-t-il du nez ? Il fait souffler en douceur ses narines afin
de s’assurer qu’elles ne sont pas bouchées. Il s’exerce à ne point respirer
trop fort.
Mais dès qu’il dort, il ronfle. C’est comme une passion.
Aussitôt madame Lepic lui entre deux ongles, jusqu’au sang, dans le plus
gras d’une fesse. Elle a fait choix de ce moyen.
Le cri de Poil de Carotte réveille brusquement M. Lepic, qui demande :
– Qu’est-ce que tu as ?
– Il a le cauchemar, dit madame Lepic.
Et elle chantonne, à la manière des nourrices, un air berceur qui semble
indien.
Du front, des genoux poussant le mur, comme s’il voulait l’abattre, les
mains plaquées sur ses fesses pour parer le pinçon qui va venir au premier
appel des vibrations sonores, Poil de Carotte se rendort dans le grand lit où
il repose, à côté de sa mère, au fond.

mercredi 18 avril 2018

Poil de Carotte - C'est le chien



C’est le chien

M. Lepic et sœur Ernestine, accoudés sous la lampe, lisent, l’un le journal,
l’autre son livre de prix ; madame Lepic tricote, grand frère Félix grille ses
jambes au feu et Poil de Carotte par terre se rappelle des choses.
Tout à coup Pyrame, qui dort sous le paillasson, pousse un grognement
sourd.
– Chtt ! fait M. Lepic.
Pyrame grogne plus fort.
– Imbécile ! dit madame Lepic.
Mais Pyrame aboie avec une telle brusquerie que chacun sursaute.
Madame Lepic porte la main à son cœur. M. Lepic regarde le chien de
travers, les dents serrées. Grand frère Félix jure et bientôt on ne s’entend
plus.
– Veux-tu te taire, sale chien ! tais-toi donc, bougre !
Pyrame redouble. Madame Lepic lui donne des claques. M. Lepic le
frappe de son journal, puis du pied. Pyrame hurle à plat ventre, le nez bas,
par peur des coups, et on dirait que rageur, la gueule heurtant le paillasson,
il casse sa voix en éclats.
La colère suffoque les Lepic. Ils s’acharnent, debout, contre le chien
couché qui leur tient tête.
Les vitres crissent, le tuyau du poêle chevrote et sœur Ernestine même
jappe.
Mais Poil de Carotte, sans qu’on le lui ordonne, est allé voir ce qu’il y
a. Un chemineau attardé passe dans la rue peut-être et rentre tranquillement
chez lui, à moins qu’il n’escalade le mur du jardin pour voler.
Poil de Carotte, par le long corridor noir, s’avance, les bras tendus vers la
porte. Il trouve le verrou et le tire avec fracas, mais il n’ouvre pas la porte.
Autrefois il s’exposait, sortait dehors, et sifflant, chantant, tapant du pied,
il s’efforçait d’effrayer l’ennemi.
Aujourd’hui il triche.
Tandis que ses parents s’imaginent qu’il fouille hardiment les coins et
tourne autour de la maison en gardien fidèle, il les trompe et reste collé
derrière la porte.
Un jour il se fera pincer, mais depuis longtemps sa ruse lui réussit.
Il n’a peur que d’éternuer et de tousser. Il retient son souffle et s’il lève
les yeux, il aperçoit par une petite fenêtre, au-dessus de la porte, trois ou
quatre étoiles dont l’étincelante pureté le glace.
Mais l’instant est venu de rentrer. Il ne faut pas que le jeu se prolonge
trop. Les soupçons s’éveilleraient.
De nouveau, il secoue avec ses mains frêles le lourd verrou qui grince
dans les crampons rouillés et il le pousse bruyamment jusqu’au fond de la
gorge. À ce tapage, qu’on juge s’il revient de loin et s’il a fait son devoir !
Chatouillé au creux du dos, il court vite rassurer sa famille.
Or, comme la dernière fois, pendant son absence, Pyrame s’est tu,
les Lepic calmés ont repris leurs places inamovibles et, quoiqu’on ne lui
demande rien, Poil de Carotte dit tout de même par habitude :
– C’est le chien qui rêvait.

mardi 17 avril 2018

Poil de Carotte - Les perdrix



Les perdrix


Comme à l’ordinaire, M. Lepic vide sur la table sa carnassière. Elle
contient deux perdrix. Grand frère Félix les inscrit sur une ardoise pendue
au mur. C’est sa fonction. Chacun des enfants a la sienne. Sœur Ernestine
dépouille et plume le gibier. Quant à Poil de Carotte, il est spécialement
chargé d’achever les pièces blessées. Il doit ce privilège à la dureté bien
connue de son cœur sec.
Les deux perdrix s’agitent, remuent le col.
MADAME LEPIC
Qu’est-ce que tu attends pour les tuer ?
POIL DE CAROTTE
Maman, j’aimerais autant les marquer sur l’ardoise, à mon tour.
MADAME LEPIC
L’ardoise est trop haute pour toi.
POIL DE CAROTTE
Alors, j’aimerais autant les plumer.
MADAME LEPIC
Ce n’est pas l’affaire des hommes.
Poil de Carotte prend les deux perdrix. On lui donne obligeamment les
indications d’usage :
– Serre-les là, tu sais bien, au cou, à rebrousse-plume.
Une pièce dans chaque main derrière son dos, il commence.
MONSIEUR LEPIC
Deux à la fois, mâtin !
POIL DE CAROTTE
C’est pour aller plus vite.
MADAME LEPIC
Ne fais donc pas ta sensitive ; en dedans, tu savoures ta joie.
Les perdrix se défendent, convulsives, et, les ailes battantes, éparpillent
leurs plumes. Jamais elles ne voudront mourir. Il étranglerait plus aisément,
d’une main, un camarade. Il les met entre ses deux genoux, pour les contenir,
et, tantôt rouge, tantôt blanc, en sueur, la tête haute afin de ne rien voir, il
serre plus fort.
Elles s’obstinent.
Pris de la rage d’en finir, il les saisit par les pattes et leur cogne la tête
sur le bout de son soulier.
– Oh ! le bourreau ! le bourreau ! s’écrient grand frère Félix et sœur
Ernestine.
– Le fait est qu’il raffine, dit madame Lepic. Les pauvres bêtes ! je ne
voudrais pas être à leur place, entre ses griffes.
M. Lepic, un vieux chasseur pourtant, sort écœuré.
– Voilà ! dit Poil de Carotte, en jetant les perdrix mortes sur la table.
Madame Lepic les tourne, les retourne. Des petits crânes brisés du sang
coule, un peu de cervelle.
– Il était temps de les lui arracher, dit-elle. Est-ce assez cochonné ?
Grand frère Félix dit :
– C’est positif qu’il ne les a pas réussies comme les autres fois.

lundi 16 avril 2018

Poil de Carotte - Les poules



Les poules

– Je parie, dit madame Lepic, qu’Honorine a encore oublié de fermer les
poules.
C’est vrai. On peut s’en assurer par la fenêtre. Là-bas, tout au fond de la
grande cour, le petit toit aux poules découpe, dans la nuit, le carré noir de
sa porte ouverte.
– Félix, si tu allais les fermer ? dit madame Lepic à l’aîné de ses trois
enfants.
– Je ne suis pas ici pour m’occuper des poules, dit Félix, garçon pâle,
indolent et poltron.
– Et toi, Ernestine ?
– Oh ! moi, maman, j’aurais trop peur !
Grand frère Félix et sœur Ernestine lèvent à peine la tête pour répondre.
Ils lisent, très intéressés, les coudes sur la table, presque front contre front.
– Dieu, que je suis bête ! dit madame Lepic. Je n’y pensais plus. Poil de
Carotte, va fermer les poules !
Elle donne ce petit nom d’amour à son dernier-né, parce qu’il a les
cheveux roux et la peau tachée. Poil de Carotte, qui joue à rien sous la table,
se dresse et dit avec timidité :
– Mais, maman, j’ai peur aussi, moi.
– Comment ? répond madame Lepic, un grand gars comme toi ! c’est
pour rire. Dépêchez-vous, s’il te plaît !
– On le connaît ; il est hardi comme un bouc, dit sa sœur Ernestine.
– Il ne craint rien ni personne, dit Félix, son grand frère.
Ces compliments enorgueillissent Poil de Carotte, et, honteux d’en être
indigne, il lutte déjà contre sa couardise. Pour l’encourager définitivement
sa mère lui promet une gifle.
– Au moins, éclairez-moi, dit-il.
Madame Lepic hausse les épaules, Félix sourit avec mépris. Seule
pitoyable, Ernestine prend une bougie et accompagne petit frère jusqu’au
bout du corridor.
– Je t’attendrai là, dit-elle.
Mais elle s’enfuit tout de suite, terrifiée, parce qu’un fort coup de vent
fait vaciller la lumière et l’éteint.
Poil de Carotte, les fesses collées, les talons plantés, se met à trembler
dans les ténèbres. Elles sont si épaisses qu’il se croit aveugle. Parfois une
rafale l’enveloppe, comme un drap glacé, pour l’emporter. Des renards, des
loups même, ne lui soufflent-ils pas dans ses doigts, sur sa joue ? Le mieux
est de se précipiter, au juger, vers les poules, la tête en avant, afin de trouer
l’ombre. Tâtonnant, il saisit le crochet de la porte. Au bruit de ses pas, les
poules effarées s’agitent en gloussant sur leur perchoir. Poil de Carotte leur
crie :
– Taisez-vous donc, c’est moi !
ferme la porte et se sauve, les jambes, les bras comme ailés. Quand il
rentre, haletant, fier de lui, dans la chaleur et la lumière, il lui semble qu’il
échange des loques pesantes de boue et de pluie contre un vêtement neuf
et léger. Il sourit, se tient droit, dans son orgueil, attend les félicitations, et
maintenant hors de danger, cherche sur le visage de ses parents la trace des
inquiétudes qu’ils ont eues.
Mais grand frère Félix et sœur Ernestine continuent tranquillement leur
lecture, et madame Lepic lui dit, de sa voix naturelle :
– Poil de Carotte, tu iras les fermer tous les soirs.

dimanche 15 avril 2018

Poil de carotte - Jules renard




Poil de carotte est une longue nouvelle ou un roman autobiographique de Jules Renard publiée en 1894, qui raconte l'enfance et les déboires d'un garçon roux mal aimé.



Poil de carotte est un enfant mal aimé, qui, pour lutter contre les humiliations quotidiennes et la haine maternelle, n'a que la ruse, cette arme des faibles. Sans doute est-ce dans cette enfance malheureuse qu'il faut chercher les sources du scepticisme et de l'ironie de Jules Renard (1864-1910), son art de la litote, son style dense et précis, sa cruauté d'observation.Le récit se présente comme une suite de courts récits, sans ordre chronologique.

François Lepic, surnommé « Poil de carotte » à cause de ses cheveux roux et ses taches de rousseur, grandit entre une mère qui le hait et un père indifférent. Il est également victime des humiliations de son frère Félix et de sa sœur Ernestine. Il est lui-même bourreau, lorsqu'il massacre de petits animaux...


1. Les poules
2. Les perdrix
3. C'est le chien
4. Le cauchemar
5. Sauf votre respect
6. Le pot
7. Les lapins
8. La pioche
9. La carabine
10. La taupe
11. La luzerne
12. La timbale
13. La mie de pain
14. La trompette
15. La mèche
16. Le bain
17. Honorine
18. La marmite
19. Réticence
20. Agathe
21. Le programme
22. L'aveugle
23. Le jour de l'an
24. Aller et retour
25. Le porte-plume
26. Les joues rouges
27. Les poux
28. Comme Brutus
29. Lettres choisies de Poil de Carotte à M. Lepic et quelques réponses de M. Lepic à Poil de Carotte
30. Le toiton
31. Le chat
32. Les moutons
33. Parrain
34. La fontaine
35. Les prunes
36. Mathilde
37. Le coffre-fort
38. Les têtards
39. Coup de théâtre
40. En chasse
41. La mouche
42. La première bécasse
43. L'hameçon
44. La pièce d'argent
45 Les idées personnelles
46. La tempête de feuille
47. La révolte
48. Le mot de la fin
49. L'album de Poil de Carotte