vendredi 28 juillet 2017

Sieur RENARD - Marie-Alice


C’était un rude hiver ! La neige avait tout recouvert et le renard affamé rodait autour de la ferme. Mais le fermier, toujours prudent, avait bien enfermé ses poules.

- Quel hiver ! Mais quel hiver ! se lamentait le fermier.

- On n’en voit pas la fin  renchérissait sa femme. Les provisions diminuent. Si au moins tu pouvais trouver quelque chose à manger. Un peu de poisson ou un morceau de viande ne serait pas de refus.

- Crois-tu que ce soit possible ? demanda le fermier. En faisant un trou dans la glace, je pourrais peut-être prendre du poisson. C’est entendu, réveille-moi tôt, j’irai à la pêche demain.

Caché derrière la fenêtre, le renard avait tout entendu.

- J’irai moi aussi à la pêche demain, se dit-il en se frottant les pattes de devant. Et une petite idée, une toute petite idée fit son chemin dans son esprit mauvais.

 Le lendemain matin, le fermier s’en alla de bonne heure. En chemin, il pensait déjà au bon repas qu’ils feraient le soir car il en était certain : il attraperai du poissons…

Tout en se dirigeant vers un lac gelé, il fredonnait une chanson :

«  Petits poissons, au court-bouillon,

Petits poissons, dans ma maison,

Petits poissons, vous serez bons,

Petits poissons, allons, allons ! »

Caché derrière une touffe d’arbustes, le renard ne perdait pas le fermier de l’œil.

- Chante toujours, mon bonhomme ! se dit-il et il le suivit de loin.

 Le fermier et lui, ce n’était pas une histoire d’amour. Par le passé, ils avaient eu pas mal de disputes. Le fermier défendait ses poules. Mais lui trouvait que les poules étaient faites pour être mangées. Les deux conceptions étaient opposées et les points de vue ne pouvaient jamais se rapprocher.

 Bientôt, le fermier arriva au bord du lac. A l’aide d’une pique, il fit un trou dans la glace et entra sa ligne. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il attrapa du poisson. Beaucoup de poisson. Le renard, toujours sur ses talons se disait :

- Attrape, attrape encore, fermier niais…Tes beaux poissons, tu ne sais pas qui va les manger… Et déjà il se pourléchait les babines.

 Lorsqu’il vit le fermier empaqueter les poissons dans un grand sac, le renard s’en alla en direction de la ferme par un raccourci. Il se coucha au beau milieu de la route et attendit que le fermier passe.

Dès qu’il l’aperçut, le fermier pensa :

- Ma parole, c’est ce vaurien de renard. Il sera mort de froid ou de faim.

Arrivé près de lui, il le prit par la queue, le secoua, le pinça. Le renard ne bougeait pas.

- Il est mort et bien mort, dit tout haut le fermier. En voilà une surprise. Quel beau col de renard ma femme va pouvoir porter cet hiver. Quant à moi, je serai tranquille pour toujours. Il ne mangera plus mes poules. Comment faire ? Je ne peux pas prendre à la fois mon sac et le renard. Je vais laisser le sac ici et rentrer à la ferme pour y chercher un traîneau.

 Le fermier s’en alla, laissant le renard pour mort et à côté de lui, son sac de poissons. L’occasion était inespérée pour le renard. Dès que le fermier ne fut plus en vue, il se leva, déchira le sac d’un coup de dents et mangea le plus de poissons qu’il put. Ceux qui restèrent, il les emmena dans sa tanière pour les dévorer à son aise après sa digestion.

Lorsqu’il revint avec son traîneau, le fermier ne trouva qu’un sac vide et troué et quelques reliques d’un festin mais point de renard. Il rentra tout penaud à la ferme où sa femme se moqua de lui :

- À ton âge, gros balourd, tu t’es encore fait duper par le renard. Ce en serait pas à moi qu’une chose pareille arriverait… Et pour le consoler, elle lui tendit un bol de café fumant.

jeudi 27 juillet 2017

Le moulin magique - Brigitte Fournier


Il y a très très longtemps , dans un petit village au bord de l’océan, inaccessible des hommes, vivaient de gentils lutins.
Au fil des ans, ils avaient acquis la bonté et une grande sagesse. Tous étaient très âgés mais chez les lutins, l’âge ne compte pas, car personne ne peux les apercevoir.

Heinkel, est l’ancien du village, le gardien de la magie, le protecteur des objets magiques récoltés depuis toutes ces longues années et âgé de plus de deux cent-cinquante ans.

Evidemment, c’est le plus sage et le plus malin.

Ce matin-là était différent, Heinkel savait que quelque chose allait se passer!

Très tôt, bien avant que les lutins ne partent pour leur journée de travail, un inconnu arriva dans le village ce qui embêtât beaucoup Heinkel car jamais auparavant, aucun être humain n’était parvenu jusqu'à eux.

En général, les hommes avaient peur des pouvoirs magiques des lutins, et cela arrangeait bien Heinkel car son travail était d’aider les enfants qui en avaient besoin et surtout pas les hommes qui passaient leurs temps à ce battre et détruire la nature.

Après chaque guerre, les lutins remettaient de l’ordre suivant leur spécialité .

Hayden guérissait les arbres après l’arrachage des branches que les hommes utilisaient pour la confection des arcs et des flèches .

Heutel s’occupait des fleurs qui avaient été piétinées sans aucune pitié.

Harold soignait les animaux , il les connaissait tous et tous lui faisaient totalement confiance .

Et Horgen rendait l’eau limpide et cristalline afin que les enfants puissent la boire et s’y baigner sans aucun problème.

Voilà pourquoi l’arrivée de cet inconnu dérangeait beaucoup le village.

- Qui es-tu et que viens-tu faire ici demanda Heinkel.

- Je m’appelle Macimo, je suis pécheur. Cette nuit, il y a eu une tempête et mon bateau a fait naufrage. J’ai eu la chance de m’accrocher à un tonneau et le courant m’a fait échouer ici.

Ce qu’il ne dit pas aux lutins, car il en avait peur lui aussi, c’est que son bateau n’avait pas chaviré, mais que l’équipage l’avait jeté par dessus bord, car il dérobait l’eau et la nourriture.

- Ne t’inquiète pas lui dit Horgen, tu es un pécheur, tu vis sur l’eau et bien moi, je vais t’aider!

- C’est très aimable à toi mais comment peux-tu m’aider ? demanda Macimo.

- Je vais réunir le village et leur demander de l’aide pour te construire un nouveau bateau.

- Il n’est pas question de couper mes arbres afin de lui construire un bateau gronda Hayden.

Heinkel promis de réfléchir a une solution pour le nouveau bateau mais actuellement tous avaient du travail.

Tard, après la veillée, alors que chacun avait regagné son lit, Harold alla trouver Heinkel et lui dit : "Aujourd’hui, j’ai soigné une mouette qui avait une aile abîmée et elle m’a raconté ce qui est vraiment arrivé à Macimo. C’est un menteur et un voleur et nous ne pouvons pas l’aider pour son bateau".

- Je le sais déjà lui répondit Heinkel, le vent me l’a soufflé à l’oreille et je sais quoi faire pour nous en débarrasser et qu’il quitte à jamais notre village. Dans mon coffre magique, je possède un objet qui va m’aider fortement dans la réalisation de mon stratagème.

Dans ce coffre, il y avait énormément de choses : la boîte de couleurs de l’arc en ciel, le sac de poudre d’étoiles, les graines magiques qui font que l’herbe soit si tendre et verte et d’autres merveilles encore qu’il gardait précieusement.

Le matin, un peu avant le réveil des lutins, Heinkel pris dans son coffre le moulin magique.

C’était un moulin ordinaire fait de bois avec une jolie poignée en porcelaine blanche et de petites fleurs bleues dessinées sur le tiroir .

Heinkel avait un petit sourire et ses yeux pétillaient de malice.

Son grand âge ne l’empêchait pas de jouer de vilains tours à ceux qui le méritaient, d’ailleurs, certains s’en souviennent encore.

Heinkel s’installa sur un banc a côté de l’arbre favori de Hayden et attendit le moment propice pour mettre son plan à exécution.

Il n’attendit pas longtemps, en effet, peu de temps après, les lutins arrivèrent accompagnés de Macimo.

C’est à ce moment que Heinkel commença à tourner lentement la poignée du moulin magique.

Macimo n’en croyait pas ses yeux .

Du tiroir du moulin sortaient des dizaines de pièces d’or et plus il tournait la poignée plus les pièces sortaient.

Il en sortait tellement qu’elles roulèrent jusqu’aux pieds de Macimo qui s’empressa de les ramasser afin de vérifier qu’il ne rêvait pas. Jamais il n’aurait pu croire qu’une telle chose existait, il s’approcha de Heinkel ou plutôt du moulin, car une méchante idée venait de lui traverser l’esprit.

Heinkel regarda Macimo et vit dans ses yeux que son plan avait fonctionné , il était content , Macimo allait bientôt quitter le village.

- Crois-tu avoir assez de pièces pour acheter ton nouveau bateau , lui demanda Heinkel.

- Je pense que cela suffira , répondit Macimo, les yeux toujours fixés sur le moulin. Mais comment fais-tu ,il y a sûrement une formule magique pour avoir autant d’or.

- C’ est très simple, lui répondit Heinkel, il suffit de demander ce dont tu as besoin et le moulin te le fournira.

Ce qu’Heinkel avait omis volontairement de dire a Macimo c’est que le moulin ne fonctionnait qu’a la condition que l’utilisateur soit très poli. Pour le faire fonctionner il fallait lui dire "S’il te plaît, petit moulin, donne moi ceci ou cela" de même pour qu’il arrête "s’il te plaît , petit moulin arrêtes toi ."

La nuit venue, lorsque le village était profondément endormi, Macimo se leva et s’habilla sans faire de bruit .

Il se dirigea vers la maison d’Heinkel, car à la minute même où il avait vu le moulin et les pièces d’or, il avait décidé de le voler.

Il pensait "Je vais êtres riche, je ne devrai plus jamais travailler, je construirai la plus grande et la plus belle maison qui existe, j’épouserai la plus jolie fille de la région et je deviendrai le chef de mon village ! Avec toutes ces pièces d’or, enfin les villageois me respecteront."

Il s’empara du moulin et se sauva à toute vitesse. Il couru jusqu’au bord de l’océan où la veille il avait repéré une petite barque. Il mit l’embarcation à l’eau et le moulin bien à l’abri sous le siège. Il commença à ramer de toutes ses forces afin de s’éloigner le plus rapidement possible du village.

Il rama toute la nuit, se guidant avec les étoiles fin de ne pas se perdre.

Macimo était pressé de rentrer chez lui et de pouvoir faire toutes les choses auxquelles il avait rêvé.

Tout en ramant, il réfléchit "Si j’utilise le moulin au village et qu’un voisin le voit, il va certainement vouloir le voler donc, je vais demander au moulin de sortir toutes les pièces qu’il a dans le tiroir ensuite, je le cacherai dans les rochers après, je rentrerai riche et fière chez moi."

Aussitôt dit, aussitôt fait, Macimo sort le moulin qu’il avait mis à l’abri sous le siège de la barque, tourne la poignée et dit : "Donne-moi beaucoup d’or ."

Evidemment , Macimo ne sait pas qu’il faut dire "S’il te plaît, petit moulin, donne moi de l’or."

Comme il continue à tourner la poignée de plus belle, ce ne sont pas des pièces d’or qui sortent du tiroir mais du sel des kilos et des kilos de sel.

Macimo crie : "Arrête - toi, mais arrêtes ce n’est pas du sel que je demande mais de l’or."

Macimo crie de plus en plus fort , il s’énerve , mais rien n’arrête le petit moulin.

La barque s’alourdit et cela risque de la faire chavirer .

Macimo se rend bien compte qu’il s’est fait avoir par les lutins et ne sachant plus quoi faire, il prend le petit moulin et le jette le plus loin possible dans l’eau.

Depuis ces nombreuses années, le petit moulin continue a déverser du sel dans la mer, personne n’a pu lui demander poliment de s’arrêter et voilà pourquoi toutes les eaux des océans sont salées.

mercredi 26 juillet 2017

Les sabots de Noël - Fernand Desonay


Sur la terre d'Orient, loin, bien loin de l'autre côté des mers et des montagnes, par une nuit bleue où l'on entendait voler les anges, vint au monde, comme vous savez, le Petit Jésus de Bethléem.

Il vint au monde, et ce fut dans une étable parce que son père n'était qu'un pauvre ouvrier charpentier.

Et parce que saint Joseph était pauvre, sa naissance fut tout d'abord annoncée aux pauvres gens : des bergers et des bergères qui gardaient leurs moutons dans la            campagne. C'est un ange du ciel qui vint avec une harpe, leur chanter le message. Il avait une robe de neige, des cheveux dorés, un diadème d'argent avec une étoile à cinq branches, et une voix musicale. Il chantait d'une façon si mélodieuse que les bergers se mirent debout, tout remplis d'allégresse. Mais avant de courir vers l'étable, comme ils avaient le cœur généreux et qu'ils connaissaient les usages, ils garnirent leur bissac de fromages de chèvre, d’œufs frais, de pommes mûres et de gâteaux de miel.

Liseth, la pastoure, n'avait pour tout bien qu'une tourterelle captive. Elle aurait voulu l'offrir à l'Enfant-Dieu. Mais le chef des bergers lui donna à entendre que les parents du nouveau-né n'auraient que faire d'un oiseau roucoulant. Et Liseth suivit les bergers, le coeur gros parce qu'elle avait les mains vides.

En arrivant devant l'étable, le groupe des bergers menait grand bruit. Il y avait des cris, des rires pleins de fête, des airs de galoubet. Dans la lumière de l'étoile, on entendait le concert des anges. Liseth, en bonne petite fille qu'elle était, se disait : « On va réveiller le petit poupon! n Et comme ses sabots de bois claquaient : clic! clac! clic! clac! sur le sol sec, Liseth, de peur de tirer de son sommeil l'Enfant-Dieu, sur le seuil abandonna ses deux sabots.

Se poussant les uns les autres pour bien vite admirer le nouveau-né, les bergers entrèrent; et Liseth, déchaussée, les suivit. Elle voyait à peine, car elle était petite et au dernier rang. Les plus âgés et les plus bavards étaient juste devant la crèche, dépliant les mouchoirs à carreaux pour déposer l'humble offrande du pauvre. Le chef présenta un agneau. Un autre joua un air de cornemuse. Liseth, qui n'avait pu apporter sa tourterelle, n'avait rien à donner que son cœur de fillette et le silence dévotieux de ses petits pieds nus.

Après qu'ils eurent beaucoup questionné Marie qui devenait lasse et joseph tout chenu dont la tête s'appesantissait, les bergers se retirèrent louant Dieu et toujours chantants.

Liseth était si émue en même temps que si déçue de n'avoir pu regarder de près le Petit Jésus qu'elle en oublia ses sabots. Marie, qui s'était levée après le départ des bergers pour changer les langes de son fils, vit sur le seuil de l'étable les petits sabots abandonnés.

« Ils appartiennent à cette petite fille qui se tenait derrière les autres, dit-elle à Joseph. Elle a le cœur gentil, l'âme compatissante et déjà maternelle puisqu'elle s'est déchaussée afin de ne pas éveiller l'Enfant. Pour l'adorer, elle est demeurée les pieds nus sur la terre froide. En vérité, en vérité, je vous le dis, pour l'amour de cette fillette, les petits sabots seront bénis ».

Et Marie prit les humbles chaussures de bois qu'elle déposa sur la crèche.

A ce moment, on frappa discrètement à la porte de l'étable. Joseph, quoiqu'il fût bien las, s'empressa d'aller ouvrir. Dans le carré de lumière apparut alors une petite fille qui, timide, roulait un coin de sa robe entre ses doigts. C'était Liseth qui venait rechercher ses sabots. Elle les vit entre les mains de jésus; et leurs sourires se rencontrèrent si beaux, si lumineux que le visage de la petite pastoure devint aussitôt plus resplendissant que celui du plus beau séraphin du chœur céleste.

Marie fit signe à la petite fille de s'approcher; et comme elle allait lui rendre les deux petits sabots, voici que l'Enfant-Dieu fit son premier miracle. Des roses, des violettes, des lys des champs, des hyacinthes et des mélisses fleurirent et embaumèrent, pour Liseth, la double conque des sabots de bois. Et Liseth, après avoir baisé doucement les boucles blondes du nouveau-né, s'en fut, avec les sabots sur son cœur et de la joie pour toujours .

 Vous saurez que , depuis ce temps-là, tous les ,petits enfants du monde mettent leurs sabots dans la cheminée. Et parce qu'Il se souvient de l'attention gentille de la petite pastoure, l'Enfant Jésus, du haut du ciel, continue de remplir de ses bénédictions et de ses présents vos petits sabots de Noël.

mardi 25 juillet 2017

Conte de Noël - François Doubior



Il était une fois dans les Flandres au nord de l'Europe une famille ordinaire composée du Père et de la Mère Doubi et de leurs huit enfants qui avaient pris forme de moutons a l'approche de la Fête de Noël. En effet, la Mère Doubi pour calmer la turbulence de sa progéniture, pendant que le Père Doubi, d'un œil, surveillait les opérations, avait, après avoir installé une crèche célébrant la future nativité de l'enfant Jésus, imaginé de placer huit petits moutons au seuil de la crèche. Ces huit petits moutons, dit la Mère Doubi, vous représentent, mes chers petits, dit-elle, l’œil lourd de sous-entendus et le sourire malicieux, pendant que le Père Doubi acquiesçait dodelinant de la tête. Mes chers petits, pendant les quatre semaines que durera l'Avent, vous devrez redoubler de sagesse. Au fur et à mesure que nous approcherons de la Fête de Noël, vos efforts seront récompensés et je vous rapprocherai ainsi de l'enfant Jésus. Il vous faudra courage et ténacité pour pouvoir progresser et parvenir ainsi au cœur de la crèche.
Quatre semaines, c'est long pour des enfants pleins de vie, enclins aux pires bêtises et méchancetés qui caractérisent leur jeune âge, mais la perspective d’accéder au "saint des saints", de mériter le salaire promis par le Père et la Mère Doubi, bref de participer à une course a "l’étoile", de damer le pion au petit frère ou a la petite sœur, était un puissant aiguillon qui, d'un coup de baguette magique, avait transformé la turbulente progéniture de Mère Doubi en de doux et dociles petits moutons.

L'histoire ne dit pas qui accéda le premier auprès de l'Enfant Jésus.....Faut pas faire de jaloux!!!

lundi 24 juillet 2017

La légende de la sauge - Amina



En ce temps là, Hérode, le méchant, le cruel roi avait ordonné à ses soldats de tuer tous les petits garçons qui n'avaient pas deux ans. Il était ainsi certain de faire disparaître l'Enfant Jésus. La Vierge Marie s'était sauvée dans la campagne avec son Petit, caché dans son grand manteau bleu. Elle courait, elle courait; car elle entendait derrière elle les chevaux des soldats.

Taque-tac – Taque-tac – Taque-tac.

Marie dans sa frayeur s'approcha d'une rose et lui demanda :
- Rose, jolie rose, ouvre tes pétales afin que je puisse, dans ton cœur, cacher l'Enfant Jésus que les soldats du méchant roi Hérode veulent faire mourir.
Mais la rose refusa parce qu'elle craignait d'abîmer ses pétales et de ne plus pouvoir dresser fièrement la tête au-dessus de toutes les autres fleurs.
Triste de ce refus, la Vierge Mère s'en alla. Derrière elle, elle entendait, très près, toujours plus près, les chevaux des soldats.

Taque-tac – Taque-tac – Taque-tac.

Dans le champ qui bordait la route, fleurissait un grand coquelicot.
- Coquelicot, joli coquelicot, ouvre tes pétales afin que je puisse, dans ton cœur, cacher l'Enfant Jésus que les soldats du méchant roi Hérode veulent faire mourir.
Mais le coquelicot refusa parce qu'il craignait de perdre ses belles couleurs et de voir sa tige se courber.
Triste de voir cet égoïsme, Marie s'en alla encore. Derrière elle, elle entendait très prés, toujours plus près, le pas des chevaux des soldats.

Taque-tac – Taque-tac – Taque-tac.

Au bord du chemin, fleurissait une toute petite fleur bleue, la sauge.
- Sauge, ma petite saugette, veux-tu bien cacher mon fils dans ton petit cœur bleu?
Et sans hésiter, la petite sauge écarta si fort et si fort ses pétales que la Vierge Marie et son Enfant Jésus purent tous deux s'y blottir.

Taque-tac – Taque-tac – Taque-tac...

Le pas des chevaux s'était rapproché tout près, toujours plus près. Les soldats étaient là; mais ils ne voyaient ni la mère, ni l'enfant, ni la petite fleur qui, au bord du chemin, les abrite.

Taque-tac – Taque-tac – Taque-tac...

Le pas des chevaux s’éloignaient toujours plus, toujours plus. Les soldats passés, ils ne reviendront pas. Alors la Vierge sortit de la sauge, son Enfant dans les bras, et avant de partir, elle bénit la petite fleur accueillante :
- Sauge, petite saugette, puisque tu as sauvé mon Petit Enfant, Il te donne le pouvoir de sauver ceux qui ont un corps souffrant.

Et c'est grâce à cette bénédiction que l'on guérit, avec la sauge, tant et tant de maladies.

dimanche 23 juillet 2017

Les sabots - Maurice Bardy


C’était, il y a longtemps, à une époque où les loups couraient la campagne limousine.
Un jour de ces lointaines années un homme traversa Neuvic puis, par les Garennes, descendit vers Châteauneuf. Il devait venir de loin, sûrement de bien au-delà de l’horizon, car sur le sol enneigé ses souliers laissaient des empreintes où se voyait l’usure des chaussures déformées, avachies, trouées par de longues marches. De plus, la pauvreté semblait être un des états du voyageur, il allait nu-tête et ses vêtements, trop légers pour la saison, étaient un ridicule obstacle pour le froid de décembre qui devait mordre sauvagement ce corps émacié.

Pourtant l’inconnu ne paraissait pas souffrir des intempéries. Il allait avec un léger sourire et régulièrement rajustait le balluchon qu’il avait au dos.

Dans Neuvic, il n’avait frappé à aucune porte pour solliciter une soupe et un quignon ni mendié un ou auprès des passants.

“Mais qui est cet homme?” s’exclamèrent Jeantou et Léonard, deux jeunes amis qui buvaient chopine de rouge dans une auberge à l’entrée de Châteauneuf. L’inconnu passa le pont de la Combade et attaque la côte qui mène au bourg. Par la vitre, face à leur table, les deux copains avaient belle et longue vue sur l’arrivant qui grimpait lentement. Lorsqu’il passa devant l’auberge la chopine était vide et payée. La curiosité des deux amis avait pris décision. Avec cent pas de retard, elle suivrait l’étranger.

L’homme traversa le bourg, monta à Sainte-Marie puis, de Murat, par un chemin forestier, il gravit la pente menant à la Croix-Chevaux. Il allait toujours à la même allure. Malgré la neige épaisse qui rendait l’ascension pénible, il ne fit aucune halte et ses deux pisteurs avaient grand peine à le suivre malgré des sabots bien cloutés mais pénétrés par la neige.

Au carrefour de la Croix-Chevaux, l’homme ne s’arrêta pas. Sans hésitation, il prit un sentier sur lequel sa sèche carcasse se courbait pour éviter les branches lourdes de neige. Arrivé à une clairière où se réunissaient cinq chemins ou sentier, il stoppa. Ses regards circulaires fouillaient la forêt rendue lumineuse par la neige. Puis ses pas le menèrent à un gros chêne contre lequel il appuya son dos après avoir posé son balluchon.

“Le bourg reprend des forces!” murmura Léonard.

Lui et Jeantou, bien cachés, ne perdaient pas de vue l’inconnu qui sursautait aux moindres bruits et l’on sait combien le silence des forêts est plein de sons, murmures, froissements, craquements qui font confidences aux initiés de la vie secrète des sous-bois.

La neige crissa sous de pas. L’homme sursauta. D’un sentier déboucha une jeune femme d’une merveilleuse beauté. Le visage légèrement hâlé avait un ovale aux traits d’une incomparable finesse. Son corps svelte se moulait dans un tailleur dont le bleu-marine faisait rayonner sur les épaules une longue chevelure blonde.

“Quelle belle créature!” murmura Jeantou.

“Pour sûr!...Une perfection!”

La femme s’immobilisa un court instant. Le temps, sans doute, de se persuader que l’homme était bien là. Alors, elle eut un sourire, un petit cri de bonheur et courut vers l’inconnu qui l’enveloppa de ses bras. Aussitôt se furent des baisers. Entre chaque étreinte la femme caressait le visage de l’homme en lui murmurant des mots d’amour que Jeantou et Léonard auraient bien voulu entendre.

“De bien belles retrouvailles. La séparation a dû être longue au vu de si fougueuses effusions.”

“Pour sûr! Et Chapeau pour tant d’amour et de tendresse.” balbutia Jeantou, tout ému.

Maintenant, calmés les amoureux se regardaient. Leurs yeux brillants, leurs visages rayonnants montraient leur bonheur. Un bonheur que, sans nul doute, ils voulaient garder pour eux seuls. Une dernière fois, ils se prirent un baiser et partirent sur un chemin qui n’était pas celui d’où la femme était arrivée.

Jeantou et Léonard les suivirent. Une courbure du sentier les cacha, un instant, aux regards des deux amis.

Après le virage, les empreintes des pas du couple s’arrêtaient. Jeantou et Léonard regardèrent partout: sur le chemin, dans les sous-bois, au fond des fossés, furetèrent autour des broussailles, ce fit peine perdue. Au-delà des dernières traces la neige était immaculée.

“Comment diable ont-ils disparu?”

“Comme des sorciers qu’ils sont!...D’ailleurs Jeantou, ne sens-tu pas cette odeur de soufre qui flotte dans l’air? “

“Pour sûr t’as raison!”

En réalité, il n’y avait à respirer que les bonnes senteurs de la forêt mais l’imagination est fertile quand des faits étranges se produisent.

Soudain la bise se leva. La neige ébouriffée vola en une blanche et aveuglante poussière. Les branches secouées déversèrent leurs charges sur les deux hommes qui s’ébrouèrent mais ne purent empêcher un froid coulis de descendre le long de leur dos. Et puis! Et puis les loups hurlèrent. Sang glacé, la peur au ventre, Jeantou et Léonard restaient immobilisés, pétrifiés. Le premier Léonard se ressaisit.

“Ils viennent droit sur nous! Déguerpissons!”

“Oui! Oui fuyons vite!”

Jambes soudain déliées, légères, rapides telles celles des gazelles, ils partirent comme des flèches que rien n’arrêtent. Avalant creux, bosses, pentes rudes et glissantes, ignorant leurs poitrines oppressées, leurs coeurs affolés, ils allaient à perdre haleine, suffocant, trébuchant sur leurs jambes aux pieds nus, libres de leurs lourds sabots laissés en chemin.

Ils ignoraient la douleur des branches qui fouettaient, des ronces qui griffaient. Pour eux une seule obsession: courir, courir encore et encore. Et pour garder moral et énergie Jeantou criait malgré son souffle court.

«Tombant, levant.

L’i arribaran.»

Ce proverbe limousin, il le hurlait à ses pauvres jambes et à celles de Léonard.

Enfin leur bonne étoile mit fin à leur calvaire. Elle les mena sains et saufs dans un village qu’ils connaissent.

“Sauvés !…Nous sommes sauvés !…Ouf !”

Rassemblant leurs dernières forces, ils frappèrent à une porte. C’était celle de l’auberge du hameau. Ivres de fatigue ces deux miraculés commandèrent, en guise de remontant, une chopine de rouge. Puis, en roulant une cigarette, ils contèrent leur aventure.

L’aubergiste n’en crut évidemment pas un mot, mais, comme il était un gai luron, il entra dans le jeu et sut dans le moindre détail l’équipée de ses clients. Il servit, à son compte, une deuxième chopine que l’on but avant une troisième, une quatrième et une cinquième qui était un litre.

A ce stade de beuverie Jeantou et Léonard s’écroulèrent. Sur le sol de terre battue, ils cuvèrent jusqu’au lendemain matin. L’aubergiste charitable les couvrit et mit dans la cheminée l’énorme bûche qu’il gardait pour la nuit du surlendemain qui était celle de Noël. Lui-même passablement éméché alla se coucher en bredouillant ce proverbe :

« Lorsqu’on a bu un coup

tout le pays est plat

et les bœufs ont le lait. »

Lorsque Jeantou et Léonard contaient leur équipée, personne ne voulait les croire. Par contre à Châteauneuf, à Neuvic, dans les bourgs alentours, et d’autres lieux plus éloignés ils avaient bien des rieurs.

Et pourtant cette histoire est aussi vraie que celle de France. Ce fut beaucoup plus tard, en une certaine année de notre fin de siècle, que l’aventure de Jeantou et Léonard s’avéra authentique.

Voici les faits qui corroborent le récit de Jeantou et Léonard qui, bien sûr, aujourd’hui ne sont plus. L’un est parti célibataire, l’autre, Jeantou, s‘en est allé en laissant une nombreuse descendance. Basile est l’un de ses arrière-petits-fils. Celui-ci perpétuera la lignée. Bon sang ne saurait mentir, d’autant que ses vingt-cinq ans s’apprêtent à prendre épouse. Ce mariage se fera très bientôt. Mais pour l’heure, Basile et Nina, sa fiancée, s’ils pensent à ce grand jour, sont aux préparatifs d’une randonnée pédestre pour le lendemain dimanche. La météo prévoit un temps doux pour ce jour de fin décembre. Il faut en profiter !

L’aube hivernale avec ses brumes les a vus partir sac au dos et jambes vaillantes pour l’itinéraire musclé qu’ils ont concocté. Il leur faudra résistance et énergie. Le physique et le mental devront répondre présents et ne pas faillir.

Par routes, chemins, sentiers, au cœur de la forêt au sol mordoré ils ont marché au gré de leurs pas avec des pauses pour récupérer, se restaurer. Ils ont, aussi, fait des haltes pour des baisers et des étreintes car ces choses-là sont bien naturelles pour des amoureux.

Cependant au soir tombant, la randonnée n’est pas terminée. Loin sont encore douches bienfaisantes et fauteuils relaxes. Les jambes de Basile et Nina, lourdes de kilomètres, demandent grâce, les rotules grincent, les pieds se traînent. Corps courbatus, muscles flapis crient leurs douleurs. Où sont vigueur et entrain du départ ?

Basile a pris le sac de Nina laquelle appuie se fatigue sur l’épaule de son fiancé.

“Courage Nina ! Nous arrivons bientôt à la Croix-Chevaux.”

Juste à cet instant et bizarrement pour la saison, un méchant zèbre d’éclair et son pète –sec de tonnerre d’enfer déchargent leur colère sur la forêt. La terre, surprise, a un tremblement et la peur glace Basile et Nina. Figés, ils attendent le deuxième éclair qui va les foudroyer.

Celui-ci n’est pas venu. L’orage a fui mais sa formidable déflagration a dû crever le ciel car de gros flocons de neige tombent sans presse mais drus.

Brusquement la bise se lève. Les confettis blancs aveuglent. Dans l’impossibilité de s’orienter Basile et Nina marchent au hasard, au pifomètre. La forêt les a piégés !

La fatigue ?…Ils ne la sentent plus. Trébuchant, tombant, se relevant, s‘aidant ils vont avec, en tête, ce lancinant leitmotiv : marcher, marcher encore et encore pour qu’une route, un sentier familier croisent leurs pas.

Pendant cette pénible et angoissante avancée Basile subtilement ; pense à son arrière-grand-père fuyant les loups. Pour Nina et lui, les fauves sont la neige, le vent, le froid qui guettent leur chute sans relève pour les glacer, les ensevelir.

Heureusement leur bonne étoile les a veillés. Elle les mène aux abords de la clairière des cinq chemins. Basile situe, enfin, leur position.

“Nina ! Nina ! Je reconnais l’endroit. Sauvés ! Sauvés ! Nous sommes sauvés ! Courage Nina la route est proche.”

Un dernier effort les fait déboucher dans la clairière. Que voient-ils ?

Un couple qui, appuyé au tronc d’un grand sapin, semble ignorer la tempête. Ils se sourirent, se parlent et parfois des rirent fusent. La femme jeune et divinement belle a lis sa tête sur l’épaule de l’homme.

“Elle lui murmure de tendres mots” chuchote Basile à Nina qui, grelottante mais pleine de sympathie pour ces deux amoureux, articule :

“Du vent, du froid, de la neige ils paraissent s’en moquer. Faut croire que pour eux seuls, là-haut, le soleil brille et illumine leur amour.”

Soudain, en Basile jaillit une fulgurante révélation. Une vérité toute simple et lumineuse.

“C’est lui ! C’est elle ! Ce sont eux j’en suis certain ! C’est le couple vu par grand-père et Léonard.”

Elle et lui se sont retournés. Souriants, ils regardent les arrivants. L’homme ramasse un balluchon posé à ses pieds et s’avance accompagné de la femme.

“Nous vous attendions ” dit-il.

De son balluchon, il sort deux paires de sabots qu’il tend à Basile et Nina.

“Voici notre cadeau pour ces fêtes de Noël”

“Pourquoi un tel présent ?”

“Ces sabots, dit la femme, sont ceux de Jeantou, votre aïeul et de Léonard, son ami. Ils les avaient laissés en chemin pour fuir plus vite une meute de loups qui, en ces temps lointains, couraient la campagne et avaient tanières en cette forêt. ”

Lui, dans un éclat de rire, conclut l’équipée des ancêtres :

“Ce jour-là, mon épouse et moi avons détourné des fauves, sinon Basile vous ne seriez pas arrière-petit-fils de Jeantou. ”

Avec une infinie douceur, c’est Elle qui ajoute :

“Aujourd’hui, avant de vous quitter, mon mari et moi formons, en cette fin d’année, le vœu pour que votre couple soit aussi uni et heureux que le nôtre. Ne brisez jamais les merveilleux liens qui vous enchaînent l’un à l’autre. Soyez pour toujours les amoureux d’aujourd’hui. Un bel amour ne meurt jamais. Il défit la mort car il est éternel. D’ailleurs, n’en sommes nous pas la preuve !”

“Adieu mes amis ! Nous vous quittons.”

Pour ce salut leurs voix se sont mêlées. Ils s’éloignent. Par un sentier habillé de neige ils vont, main dans la main, au cœur de la forêt. Basile et Nina, chacun tenant une paire de sabots, les regardent s’éloigner. Au coude du chemin, ils disparaissent.

“Ton grand-père disait donc vrai !”

Trop ému pour parler, Basile opine de la tête.

La neige ne tombe plus. Le vent n’a plus sa colère, son souffle devenu sociable porte l’aboiement d’un chien. Une proche maison, pleine de chaleur, ouvrira sa porte pour accueillir Basile et Nina fatigués, bouleversés mais heureux.

Maurice Bardy, décembre 2000.

NB : Cette rencontre avec Lui et Elle est le secret de Basile et Nina.

Vous qui venez de lire leur équipée et celle de Jeantou et Léonard, n’en parlez à personne car qui pourrait vous croire ?

Et pourtant ! Et pourtant !

Si le hasard, les affaires, l’amitié vous mènent chez Basile et Nina, regardez bien. Dans un coin sont deux paires de sabots en noyer. Ils sont la preuve de l’authenticité de ce récit.

MB

samedi 22 juillet 2017

Une mère peu ordinaire - Aline Conord



C’est en s’installant dans son panier que la chatte Chiffonnette vit un œuf, un magnifique œuf blanc posé là, par hasard.
- Mais, à qui peut-il bien être ? Pensa-t-elle, il n’est pas venu tout seul ?
Elle alla vite dans la basse-cour, demanda à la cane qui couvait patiemment ses œufs.
- Tu n’aurais pas égaré un œuf chez moi par hasard ?
- Sûrement pas ! J’en ai déjà sept et ça me suffit ! A chacun sa couvée, allez ouste !
Chiffonnette alla trouver la poule et lui posa la même question, celle-ci lui répondit méchamment.
- Dis donc, si tu crois que tu vas me donner tes œufs à couver, tu te trompes d’adresse ma vieille !
La chatte n’en crut pas ses oreilles, quelle idiote cette poule je sais bien que les chattes ne pondent pas.
Chiffonnette rentra dans son panier douillet et parla à son œuf.
- Pauvre petit œuf, que vais-je faire de toi ? Que vas-tu devenir ?
Tout en parlant, elle lécha l’œuf et le prit délicatement sous ses pattes. Comme c’est doux, pensa-t-elle. Et si je le couvais comme la poule et la cane ? On verra bien ce qui va sortir de cet œuf tombé du ciel.

Pendant des semaines, Chiffonnette couva son œuf, elle faisait très attention de ne pas l’écraser, elle dormait très mal et se mit à maigrir.
Elle n’osait pas sortir du panier pour manger car elle avait peur que l’œuf attrape froid. Elle se souvenait que les œufs en couveuse restaient toujours à bonne température pour réussir l’éclosion.
- Je mangerais plus tard, lorsque le petit sera là !
Elle ne doutait pas une seconde que ce petit serait un mâle. Et comment vais-je l’appeler ? Tiens pourquoi pas Crépuscule, j’ai eu cet œuf au crépuscule. Non ! Ce n’est pas joli ; s’il était venu la nuit, je l’aurais appelé nuit et matin pour matin. C’est ridicule ces noms. Je pense que Babyton, ce serait pas mal du tout. Allez va pour Babyton.

Ses efforts furent récompensés, un matin, Chiffonnette entendit : crac-crac, elle sentit sous ses poils un coup de bec.
Chiffonnette s’écarta du panier et regarda avec admiration ce petit œuf bouger. C’était la première fois qu’elle assistait à la naissance d’un poussin, son poussin.
- Comme c’est beau ! Soupira-t-elle, je vais t’aider mon petit !
Lorsque le poussin sortit de sa coquille Chiffonnette le lécha et lustra son duvet ; c’était doux et chaud. Elle jeta les morceaux de coquille hors du panier et à ce moment le poussin poussa de petits piaillements.
- Piou ! Piou !
- Bienvenue Babyton ! Je suis ta maman et toi tu es le plus joli poussin que j’ai mis au monde !
- Piou ! Piou ! Continuait le poussin.
- Tu dois avoir faim ? Mais au fait que mange un poussin ? Avec ton bec, tu ne peux pas me téter et d’ailleurs je n’ai même pas de lait !
- Piou ! Piou !Piou !
- Attends, ne t’affole pas, maman va te chercher à manger. Une souris, je vais te chercher une souris ! ! ! Suis-je bête, les poussins ne mangent pas de souris. Et surtout pas question de demander à la poule ou la cane, elles sont tellement méchantes qu’elles inventeraient n’importe quoi, pour empoisonner mon poussin

Chiffonnette alla dans la basse-cour et regarda discrètement comment se nourrissaient les poules. Il y en avait une qui grattait la terre et d’un coup de bec ramassa un ver.
- C’est çà, se sont des vers que mangent les poussins !
Mais pour attraper des vers lorsque l’on n’a pas de bec, comment fait-on ?
Chiffonnette était rusée. Elle alla dans le hangar, là où le fermier rangeait son matériel de pêche. Elle trouva un grand pot en plastique remplis de vers pour la pêche. Elle attrapa le pot et toute contente de son exploit, l’emporta pour nourrir son petit.
- C’est bon, n’est-ce pas Babyton !
- Piou ! Piou !

Le poussin grandissait de jour en jour. Il ressemblait à un canard, mais pas un canard gris ou noir, il était tout blanc.
- C’est parce que, je le lave trop ! Pensa Chiffonnette.
Elle était fière de sa progéniture et aujourd’hui, elle décida de le sortir pour le montrer à toute la basse-cour.
Ce fut vraiment une catastrophe pour le pauvre poussin. Babyton ne voulait pas jouer avec les autres canetons dans la mare, il trouvait l’eau trop sale. En plus un vilain canard boiteux le traita de poule mouillée. Un autre s’était moqué de son bec volumineux. Babyton est revenu dans le panier douillet en larmes, c’était une épreuve terrible qu’il venait de vivre.
- Maman, Maman ! Hurla Babyton, les canards sont méchants et ils sentent mauvais !
Ils sont méchants car ils ignorent que tu es un canard de race supérieure. Regarde tes plumes comme elles sont blanches et lustrées, c’est parce que je les ai bien lavées. Sois fier et avance dans la cour la tête haute, ne fréquente plus jamais ces canards sauvages !
- Piou ! Piou ! Pleurnicha Babyton, mais alors, si je ne suis pas un canard ni un chat, qui suis-je ? Réponds-moi je suis tellement malheureux !

Très contrariée, Chiffonnette lui raconta de nouveau sa naissance.
- Un jour, tu es tombé du ciel, dans mon panier. Je t’ai soigné, chouchouté, dorloté comme une maman oiseau. Je t’aime mon poussin, c’est moi qui t’ai couvé et donné ce nom Babyton ; aussi ne me le reproche pas !
Sans doute t’ai-je trop lavé, et c’est pour cela que tu es différent des autres ! N’es-tu pas content d’être un canard peu ordinaire ?
- Mais Maman, j’aimerais tant patauger dans la boue comme les autres ! J’aimerais tellement manger du maïs et non du poisson que tu me donnes tous les jours ! J’aimerais aussi courir et nager !
- Nager ? Sûrement pas ! Tu sais comme j’ai peur de l’eau et si je devais te récupérer dans une mare, je me noierais ! Non ! Ne me dis plus de bêtises ?
- Piou ! Piou ! Gémit Babyton.
Chiffonnette regrettait amèrement d’avoir été si dure avec son petit. Comme il est malheureux ! Mais d’où vient-il ? Les canards ne veulent pas de lui. Les poules, n’en parlons pas ! Il est si beau et délicat, la vie dans la ferme ne lui convient pas. Demain je l’emmènerais loin d’ici. Cet endroit si peu hospitalier n’est pas pour lui.

Le lendemain Chiffonnette fit ses bagages, prit Babyton et quitta la ferme.
Je vais t’emmener dans les bois, nous chasserons et nous rencontrerons certainement des oiseaux de ta race !
Le premier jour Babyton était heureux, la forêt en cette période d’automne avait revêtu son manteau de feuilles rousses. Les champignons pointaient leurs têtes curieuses à travers la mousse.
- Salut les amis ! Cria Babyton, en voyant les écureuils rassembler leurs noisettes pour l’hiver.
- Sauvons-nous ! Cria un écureuil, voilà une chatte et son petit qui ne feront qu’une bouchée de nous !
- Ne vous sauvez pas ! Dit de nouveau Babyton, je suis votre ami et j’aimerais jouer avec vous !
Même les oiseaux s’envolaient au passage de Chiffonnette et de Babyton. Les mulots, les souris, tous ces animaux avaient peur des chats. Babyton pleurait :
- Tu vois bien Maman, même ici on ne veut pas de moi ! Je viens de nulle part.
- Calme-toi, c’est normal que les oiseaux aient peur des chats, depuis toujours nous les chassons. Ils n’ont pas remarqué que tu étais des leurs. Essaye de chanter ou de siffler, ils te reconnaîtront !
Babyton gonfla son petit torse et poussa un cri tellement rauque que tous les oiseaux se mirent à rire.
- Drôle d’oiseau ! Piailla un merle, mais où as-tu appris à t’égosiller de la sorte, dans un pigeonnier ?
- C’est ça, moquez-vous de moi vilain merle ! Protesta Babyton. Maman, partons de cet endroit, ce n’est pas ma place ici.
- Attendons demain, nous venons à peine d’arriver et je suis si fatiguée. Au levé du jour tu changeras peut-être d’avis !

La nuit Babyton eut beaucoup de mal à dormir. Les chouettes, les chats huants et les hiboux n’arrêtaient de scruter les deux fugitifs.
- Je ne suis vraiment pas un animal de la forêt, pensa Babyton, c’est lugubre la nuit. Ce doit être difficile de vivre en pleine nature. Je préférais la ferme même si les canards ne m’aimaient guère.
Au petit matin, la rosée vint mouiller le museau de Chiffonnette. Une légère brise finit par réveiller les deux dormeurs.
- Comme il fait froid ! Cria Babyton, vite maman on rentre à la maison !
- Oh ! Bailla Chiffonnette, il y avait bien longtemps que je n’avais dormi aussi profondément !
Elle s’étira, et secoua ses pattes.
- Vois-tu Babyton, à la maison nous prenons de mauvaises habitudes. Le panier est trop confortable, il fait trop chaud, et nous ne savons plus apprécier la nature. Cette escapade dans la forêt, m’a fait le plus grand bien.
Jamais Chiffonnette ne fut aussi loquace ; elle était ravie, sa véritable nature avait pris le dessus. Pour un peu elle serait redevenue sauvage. Pas le petit Babyton, il détestait cette forêt et n’avait qu’une hâte, rentrer le plus rapidement possible.
- Bien, maugréa Chiffonnette, rentrons si tel est ton désir. Je pense que tu es un garnement trop gâté. Mais avant de retourner à la maison, allons faire une ballade au marché.
- Au marché ? Qu’est-ce qu’un marché ? Questionna Babyton.
- Tu verras c’est très amusant, il y a des marchands de légumes, de poissons et même des animaux.
- Cela sert à quoi, un marché ?
- Les enfants et les grandes personnes se promènent, bavardent, font des provisions. C’est l’occasion de se retrouver et de parler de la pluie ou du beau temps. C’est une fête, et peut-être rencontrerons quelqu'un qui connaît tes origines !

Encore une fois Chiffonnette prit tout son temps pour bien laver son petit. Les voilà tous les deux sur la place du village. Il y avait foule et Babyton était tout énervé à la vue de ces gens qui se bousculaient pour approcher les marchands.
Soudain, une voie stridente interpella le poussin :
- Eh ! Toi, le poussinot, tu ne serais pas le petit de la Franquette ?
- Chiffonnette regarda d’où provenait cette voie. Elle vit alors un superbe perroquet dans une cage dorée.
- C’est à nous que vous parlez ? Demanda-t-elle.
- Et oui, ma petite dame ! renchérit l’oiseau. Figurez-vous que votre petit poussin ressemble étrangement à ma cousine Franquette !
- A ce nom, Chiffonnette tressaillit. Elle comprit de suite que ce perroquet arrogant, devait connaître la véritable identité de son cher petit
- Dites-moi mon brave, que savez-vous au juste de votre cousine ?
- C’est une bien longue histoire madame. Voyez-vous, l’année dernière, toute la troupe faisait son numéro. Nous sommes des artistes dans la famille. Nous faisons partie d’un cirque et nous voyageons de ville en ville. Je disais donc, nous étions dans ce village et c’était jour de repos pour toute l’équipe. Nous avions décide de faire une ballade dans les champs. Ma cousine, avait déjà son œuf et elle le promenait partout. C’était une bonne mère ! Nous avions faim, aussi nous nous sommes rassasiés dans un champs de blés. Hélas, le fermier n’était pas loin et dés qu’il nous a vus, il a lâché ses chiens sur nous.
- Je commence à comprendre ! Dis Chiffonnette.
- Ensuite nous avons couru, ma pauvre Franquette avait bien du mal à tenir l’œuf sous son aile. Aussi, quand nous sommes passés devant une cour de ferme, j’ai crié : jette ton œuf ! On viendra le récupérer demain. On a eu la plus grosse trouille de notre vie.
- Seulement le lendemain, lorsque nous voulions aller chercher l’œuf, nous ne l’avons jamais retrouvé. Depuis, nous errons de ville en ville, nous espérons le retrouver.
- Aujourd’hui, je pense que le petit doit être née, et comme votre poussin ressemble à Franquette, le doute n’est pas permis. Je crois que c’est le sien. Une chatte n’a jamais donné naissance à un poussin !

Chiffonnette a écouté cette histoire, elle comprend que le perroquet a raison, malgré tout elle l’interroge.
- Dites-moi pourquoi, mon poussin n’a pas d’aussi jolies plumes colorées, comme les vôtres ? Et pour quelle raison, votre cousine n’est pas là ?
- Pour ce qui est la couleur des plumes, c’est normal, Franquette est toute blanche. C’est la race des grands seigneurs ! Et si ma cousine n’est pas là ; c’est qu’elle est bien malade depuis la disparition de son œuf. Elle se laisse mourir. Autrefois elle dansait et moi je chantais, mon frère Frédo, jouait de la contrebasse. Mes sœurs faisaient les cœurs, je vous avais bien dit que nous sommes tous artistes dans la famille. Et le petit Babyton, vous auriez du l’appeler baryton !

Lorsque Babyton entendit toute cette conversation, une immense joie envahit son cœur de petit oiseau.
- Je suis un perroquet ! Je suis un perroquet ! Cria-t-il. Comme je suis heureux, je sais qui est ma famille. Emmène-moi vite voir ma maman. Je suis impatient de la connaître.
Babyton, tout à sa fougue ne se rendait pas compte, combien ces mots faisaient mal à Chiffonnette. Elle était heureuse qu’il retrouve ses origines, mais dieu que cet événement était cruel à vivre. Elle se reprochait d’avoir eu cette idée de venir au marché. Maintenant elle en était certaine, son poussin ne serait plus jamais avec elle.

Les choses allèrent rapidement ensuite, Chiffonnette se rendit dans la caravane du perroquet. Lorsque Franquette vit son fils, elle accourut en larmes et se jeta dans les bras du petit. La scène était émouvante, Chiffonnette pleurait, Babyton aussi mais ses larmes n’étaient certainement les mêmes que ses deux mamans.

Chiffonnette voulait s’esquiver discrètement en laissant là les retrouvailles si chaleureuses. Mais Babyton, qui la vit partir la supplia de rester, il ne pouvait pas se priver de sa maman nourricière. Aussi d’un commun accord, Jaco proposa à Chiffonnette de rester avec toute la famille perroquet. Tous reprirent la route et comme tout artiste continuèrent leur chemin.

Un jour si vous rencontrez une caravane transportant des oiseaux exotiques et une chatte peu ordinaire, arrêtez-vous, c’est certainement Chiffonnette !